Senna-Prost-McLaren-Imola-1989
Formule 1,  Séries

Le retour des Grands Prix légendaires : Imola 1989, deux ruptures aux conséquences diverses

Avec un calendrier complètement remanié à la suite de la crise du COVID-19, plusieurs circuits et Grand Prix font leur retour en cette année 2020. Le Nürburgring, Imola et Istanbul sont de la partie, ainsi que le tracé de Portimao qui verra la Formule 1 courir pour la première fois au Portugal depuis 1996. Nous allons ainsi revenir sur certaines des plus belles courses qui se sont déroulées sur ces pistes et à Estoril, qui a accueilli la discipline entre 1984 et 1996. Retour cette fois sur le Grand Prix de Saint-Marin 1989, entre accident de Berger et tensions chez McLaren.

Il va sans dire que tout le monde espère plus ou moins un recul de la domination insolente des McLaren en ce début de saison 1989. En effet, il s’en est fallu de deux tours à Monza pour que l’écurie de Ron Dennis ne réalise le Grand Chelem, ce qui aurait été une première depuis 1952. (NB : Alfa Romeo en 1950 et Ferrari en 1952 n’ont techniquement pas réalisé le Grand Chelem du fait de la présence des 500 Miles d’Indianapolis au championnat). En même temps, on avait là la meilleure monoplace du plateau (McLaren MP4/4) dotée du meilleur moteur de la grille (V6 turbo Honda) et des deux meilleurs pilotes du plateau (Ayrton Senna et Alain Prost).

Comme dit le proverbe : « on ne change pas une équipe qui gagne! » Donc on prend les mêmes et on recommence. Toutefois, le Grand Prix du Brésil qui inaugure cette saison 1989 ne se passe pas exactement comme prévu pour les hommes de Ron Dennis. Senna arrache bien la pole alors que Prost n’est que cinquième, mais le Pauliste est accroché par Berger et perd trois tours dans cette mésaventure. Il termine onzième à deux tours, et prouve qu’il aurait pu gagner cette course dans cet accident au départ. Prost sauve l’honneur en terminant second, mais au prix d’une résistance acharnée face à Gugelmin et Herbert.

La sensation de cette course est à mettre à l’actif de Nigel Mansell, surprenant vainqueur au volant de sa Ferrari 639 à boîte séquentielle. Il exulte d’autant plus que la boîte ne tenait pas plus de quinze tours en essais ! Cette nouvelle technologie est vouée à se démocratiser dans les années suivantes, mais pour le moment elle n’en est qu’à sa première course.

Prost et Senna sont reconduits pour la saison 1989

Les nouvelles McLaren MP4/5 semblent encore au-dessus du lot, mais en interne l’ambiance s’envenime. En effet, Prost sent que le vent tourne chez McLaren, et pas en sa faveur. Il a ainsi appris de la part d’un haut responsable de Honda que Senna recevrait un traitement de faveur, en raison de sa jeunesse et de sa fougue. Dennis a beau lui assurer le contraire, le Français se sait sur la sellette à court terme car l’équipe va se dévouer corps et âme au Brésilien. Si tel est le cas, ce dernier ne supportera pas d’avoir un pilote pouvant réellement le concurrencer. Demandez à Derek Warwick pourquoi il n’a pas eu de volant chez Lotus en 1986…

Toutefois, les deux belligérants à la couronne décident d’un pacte de non-agression à la demande de Senna pour essayer de calmer des tensions de plus en plus vives. Le contenu en est simple : les deux pilotes ne doivent pas s’attaquer au premier freinage. Le but est d’éviter tout accrochage inutile en début de course, mais il va être aussi bien respecté que le pacte de non-agression entre l’Allemagne et l’URSS en 1939…

Pour ce second rendez-vous de la saison à Imola, les tests intensifs menés par McLaren semblent avoir porté leurs fruits. Si aujourd’hui on se plaint que les Mercedes collent presque une seconde au troisième, Senna colle plus d’une seconde et demie à Mansell troisième ! Seul Prost est dans le rythme à seulement deux dixièmes. Berger est cinquième à deux secondes, Piquet huitième à trois secondes…

McLaren-Prost-Senna-Imola-départ-1989
Les deux McLaren de Senna et Prost s'envolent en tête lors du départ du Grand Prix d'Imola en 1989
Vous aimerez aussi :

Le retour de Grands Prix légendaires : Nürburgring 1995, Alesi si proche de la victoire…

Ainsi le départ est sans surprise avec les deux McLaren qui s’envolent en tête. Mais dans le quatrième tour, le temps se fige sur un accident effroyable. Alors en cinquième position, Gerhard Berger perd le contrôle de sa Ferrari à la suite de la casse d’un aileron à l’entrée de la courbe de Tamburello. La monoplace percute le mur à près de 270 km/h, tournoie sur elle-même en glissant sur plusieurs dizaines de mètres avant de s’embraser. Tout le monde imagine alors le pire pour le pilote autrichien.

Heureusement pour lui, il ne faut qu’une dizaine de secondes pour que les pompiers interviennent et maîtrisent le feu avant de l’éteindre. Le gaillard pilote de la Scuderia est un véritable miraculé : il ne souffre que de brûlures aux mains et au dos ainsi que de quelques côtes fêlées. Il doit aussi sa vie à Philippe Streiff en quelque sorte, le pilote français ayant malgré lui fortement fait progresser la sécurité sur les circuits. Victime d’un terrible accident en mars dernier lors d’essais à Jacarepaguá, l’incompétence des secouristes l’a laissé tétraplégique à vie… Cela avait poussé Jean-Marie Balestre à sérieusement repenser l’organisation des secours lors de crashs aussi violents.

La course est donc arrêtée au drapeau rouge puis relancée pour 58 tours. Cependant, le système de classement n’est alors pas le même qu’actuellement. Aujourd’hui, le drapeau rouge remet les écarts à zéro et garde le classement établi sous la Safety Car. A l’époque, on fait alors un classement par addition du temps des manches. Pour résumer, le classement est déterminé par le résultat de la première manche (du départ au drapeau rouge) additionné au résultat de la seconde manche (du restart à l’arrivée). Ainsi le classement officiel ne correspond pas toujours avec le classement sur la piste.

Berger-crash-feu-Imola-1989
La voiture en feu de Berger à Imola 1989

Le second départ est donné, et cette fois Prost jaillit mieux que Senna pour prendre la tête. Mais le Pauliste ne s’en laisse pas compter : il se blottit derrière le Français et le repasse à Tosa. Prost est remonté contre son équipier, qui viole lui-même le pacte qu’il a voulu instaurer entre eux deux ! La rupture est ainsi définitive entre les deux pilotes, mais la course prime sur les débats internes. Senna mène donc devant Prost et Mansell qui est déjà très loin derrière…

Dans le milieu du peloton, Guy Ligier s’agite sur fond de brouilles sur la réglementation. En effet, trois voitures ont dû être réparées sous drapeau rouge : la Ligier de Grouillard qui a son aileron avant endommagé ainsi que son carénage avant, en compagnie de la Dallara de Caffi et de la Williams de Boutsen qui ont elles crevé. Or le règlement stipule que les voitures peuvent être réparées… à condition de ne toucher ni aux roues ni aux pneus. John Corsmit, commissaire sportif international, décide d’autoriser les réparations, mais oublie de préciser qu’elles ne seront autorisées qu’après le second départ. Ainsi les trois pilotes repartent dans l’illégalité, mais seul Grouillard reçoit le drapeau noir. Ligier juge la décision injuste à juste titre et se demande pourquoi Caffi et Boutsen ne subissent pas la même sanction.

Il faut dire que devant, la course n’est que peu animée : Senna et Prost se battent en tête mais personne ne peut rivaliser avec leurs voitures. Mansell puis Patrese cassent leurs voitures, Nannini est loin, très loin derrière… L’animation est à mettre au crédit de ceux qui se battent pour les derniers points. On trouve ainsi le jeune Nicola Larini, un temps sixième au volant de son Osella avant de chuter dans le classement. Prost part à la faute dans le 44ème tour et s’en sort sans dommage, mais lève le pied et laisse la victoire à Senna. Nannini complète le podium devant Boutsen, Warwick, Palmer, Caffi et Tarquini.

Podium-Imola-1989-Senna-Prost-Mclaren-tensions
Les tensions se font de plus en plus fortes chez McLaren au point que ça se manifeste sur le podium à Imola 1989

La course en elle-même fut peu intéressante, mais le podium fait exploser au grand jour les tensions chez McLaren. Prost, furieux contre l’action de Senna, refuse de sabler le champagne sur le podium avant de se calfeutrer dans son motorhome. Rejoint par Ron Dennis, il expose sa façon de penser à son patron, qui ne l’encaisse pas. Entre les déclarations peu amènes à l’encontre de Senna accompagnées de reproches vifs envers sa personne (il lui reproche notamment de manquer d’autorité), sa pire crainte vient de se réaliser : son tandem de rêve n’est plus capable de cohabiter.

Devant la presse, Senna précise qu’il a doublé Prost dans le quatrième tour et non le premier, mais sait qu’il a brisé ce fameux pacte. Il souhaiterait bien s’excuser auprès de Prost, mais celui-ci s’est enfermé dans sa paranoïa. Il est persuadé que tout le monde lui en veut, de McLaren à Dennis en passant par Honda et la presse, et décide de prendre les devants en quelque sorte. Il annule tout simplement un rendez-vous avec Mansour Ojjeh qui portait sur la prolongation de son contrat avec McLaren. De là à dire qu’il va changer d’écurie l’an prochain, il n’y a qu’un pas qu’il franchira dans quelques mois, mais Imola fut l’acte I de deux ans de fortes tensions entre Prost et Senna, qui culmineront à Suzuka en cette année 1989, puis en 1990.

Avatar

Né avec le rêve de rejoindre Schumacher, Senna ou encore Prost au firmament de la Formule 1, aujourd'hui j'essaie de raconter leur histoire, ainsi que celle de tous les pilotes et de toutes les écuries qui ont fait, font et feront la légende d'un des plus beaux sports du monde.

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :