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Le retour de Grands Prix légendaires : Nürburgring 1995, Alesi si proche de la victoire…

Avec un calendrier complètement remanié à la suite de la crise du COVID-19, plusieurs circuits et Grand Prix font leur retour en cette année 2020. Le Nürburgring, Imola et Istanbul sont de la partie, ainsi que le tracé de Portimao qui verra la Formule 1 courir pour la première fois au Portugal depuis 1996. Nous allons ainsi revenir sur certaines des plus belles courses qui se sont déroulées sur ces pistes et à Estoril, qui a accueilli la discipline entre 1984 et 1996. Retour pour ce premier épisode sur le Grand Prix d’Europe 1995, où Schumacher reprit à Alesi sa victoire du Canada pour trois petits tours.

Le Grand Prix d’Europe 1995 est la 14ème manche de la saison, et voit le retour du circuit du Nürburgring après 10 ans d’absence. Il s’agit de l’ancienne boucle sud complètement remise à neuf en 1984 pour 82 millions de marks de l’époque (soit près de 42 millions d’euros !), et qui fut l’hôte de deux Grands Prix en 1984 et 1985. Si elle est parfaitement rénovée et sûre, le tracé en revanche n’est que peu au goût des pilotes de l’époque, qui le jugent ennuyeux et artificiel.

Dix ans plus tard, peu de choses ont changé si ce n’est que la chicane Veedol qui a été resserrée. Le tracé est toujours ce qu’il est, mais les fans allemands n’en ont cure car ils tiennent là une deuxième occasion d’admirer leur héros, en la personne de Michael Schumacher. Déjà victorieux à six reprises cette saison, il compte 15 points d’avance sur Damon Hill et se dirige tout droit vers un second titre consécutif. Leur confrontation n’est cependant pas exempte de tout reproche : les deux victoires d’Herbert (Grande-Bretagne et Italie) résultent d’un accrochage entre les deux prétendants à la couronne.

Les qualifications donnent cependant l’avantage à Hill, qui se qualifie second derrière son coéquipier Coulthard. Schumacher parvient à accrocher le troisième temps devant Berger, un étonnant Irvine, Alesi et Herbert. Avec quelques consignes d’équipe, Hill pourrait s’envoler en tête pendant que Schumacher serait bouchonné par Coulthard, mais chez Williams l’écurie est prépondérante sur les pilotes.

Grand Prix d'Europe 1995 - Nurburgring - Schumacher

Il a plu le matin de la course et plusieurs pilotes sont sortis de la piste pendant le warm-up. Si la météo vient à se calmer avant le départ, seules les Ferrari et les McLaren tentent le pari des slicks sur la grille. Et avant même le coup d’envoi, Coulthard refait la même erreur qu’à Monza et plante sa Williams dans les graviers… Par chance, il peut prendre son mulet et il profite des déboires de Papis pour garder sa position sur la grille.

Il garde ainsi la tête au départ, mais derrière Hill se rate et perd deux places au profit de Schumacher, qui n’en demandait pas tant et d’un étonnant Irvine. Derrière, les Ferrari tiennent le rythme en slicks tandis que les McLaren se font doubler par tout le peloton. Après six tours de course, elles n’ont derrière elle que Délétraz (définition de la chicane mobile) et Moreno qui est parti des stands avec sa Forti !

A contrario, Berger et surtout Alesi se retrouvent bien placés au classement. L’Avignonnais est même l’homme en forme de ce début de course puisqu’il double Herbert puis Irvine pour prendre la troisième place. Après une vague d’arrêts dans le 11ème tour, il prend la tête devant Irvine qui s’arrête quelques boucles plus loin. La Ferrari devance ainsi Coulthard, Schumacher, Hill et Berger. Les deux prétendants au titre se bataillent pour la troisième place et manquent de peu de s’accrocher une fois de plus, emportés par leur fougue.

Alesi en tête du Grand Prix d'Europe 1995 disputé sur le Nurburgring
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Alesi lui garde le contrôle des opérations pendant que Schumacher se livre à un chassé-croisé avec les deux Williams pour la deuxième place. Le Français semble avoir fait la bonne opération du jour car il n’a qu’un seul arrêt à faire. De plus, sa voiture est plus légère en essence et après 28 tours, il compte plus de 40 secondes d’avance sur Schumacher ! Deux tours plus tard, il bute sur Herbert à qui il veut prendre un tour et lui fait savoir sa façon de penser…

Il s’arrête ainsi dans le 34ème tour pour faire un seul arrêt, qui lui prend près de 16 secondes. Schumacher lui opte pour une stratégie beaucoup plus agressive avec trois arrêts aux stands, qui lui impose de rouler sur un rythme de qualifications. L’Allemand voit Hill buter sur Alesi au point d’y laisser son aileron avant et beaucoup de temps, pour ne repartir que quatrième après réparations. Avec une voiture plus lourde et des pneus qui vont souffrir plus que les autres, Alesi est désormais sous la menace d’un Schumacher déchaîné.

L’Allemand ravitaille dans le 52ème tour pour la troisième fois alors qu’il a recollé à Alesi, et dispose de pneus frais ainsi que de peu d’essence. Il a désormais 15 tours pour rattraper la Ferrari et gagner à domicile, devant tout un parterre de fans acquis à sa cause. Dans le 59ème tour, c’est Hill qui part à la faute dans le virage RTL et termine dans le mur, le contraignant à abandonner. Schumacher se retrouve alors avec 23 points d’avance au championnat, mais il sait que les 27 sont possibles.

Schumacher reprend la tête du Grand Prix d'Europe 1995, disputé sur le Nurburgring, devant Alesi

Alesi lui bute encore et toujours sur les retardataires, qui lui font perdre un temps précieux. Il sait que le Kasier est bien plus rapide et de voir ces chicanes mobiles incapables de s’écarter malgré les drapeaux bleus le met dans tous ses états. Ainsi, il perd le contrôle de sa 412 T2 dans la chicane Veedol en essayant de doubler Brundle et perd cinq secondes sur Schumacher à six tours de la fin. La jonction est désormais faite. Alesi se livre alors à une résistance sans merci pour ramener sa Ferrari en tête, au prix de blocages de roue et de fermeture de portes incessantes. Mais les retardataires le gênent encore et toujours, d’autant plus que le Kaiser attend son heure. Elle vient dans le 65ème tour, juste après que Diniz et Häkkinen se soient sortis dans le virage RTL. Schumacher prend l’aspiration d’Alesi et force le passage dans la chicane Veedol, ne lui laissant aucune chance.

La Ferrari doit s’avouer vaincue, et Schumacher s’impose donc devant un magnifique Alesi et Coulthard, qui sauve l’honneur pour Williams. L’Allemand réussit un superbe coup au championnat avec cette victoire : avec 27 points d’avance sur Hill et seulement trois courses restantes, un top 4 lui offrirait le titre. L’Anglais est lui vivement moqué par la presse spécialisée, qui le juge incapable d’aller chercher un titre mondial… Il se reporte désormais sur 1996, qui devrait il l’espère lui sourire davantage.

Au fond, cette course rend justice à Schumacher après le Grand Prix du Canada. Large leader, il avait été victime d’un problème électronique et avait laissé la victoire à Alesi. Il ne devait sa cinquième place finale qu’à un accrochage en fin de course entre Berger et Brundle qui se battaient pour cette position. Cette fois, le Kaiser a repris son bien au prix d’une stratégie audacieuse et d’un coup de volant sans pareil. Il remportera ainsi le titre 1995 lors du Grand Prix suivant au Pacifique, son dernier pour Benetton avant de partir pour 11 saisons chez Ferrari avec le succès que l’on sait.

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Né avec le rêve de rejoindre Schumacher, Senna ou encore Prost au firmament de la Formule 1, aujourd'hui j'essaie de raconter leur histoire, ainsi que celle de tous les pilotes et de toutes les écuries qui ont fait, font et feront la légende d'un des plus beaux sports du monde.

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