Formule 1,  Séries

Les super-subs de la F1 : Mario Andretti, à la gloire des tifosi

Dans une saison 2020 marquée par l’épidémie de COVID-19, il est un pilote qui a fait sensation sans avoir de volant de titulaire. En effet, Nico Hülkenberg a réussi à terminer deux courses dans les points sur deux départs, alors qu’il ne devait pas courir de la saison. Il n’est cependant pas le premier pilote dans ce cas, et nous allons revenir ce mois-ci sur ces « super-subs ». Sans volant pour la saison comme Hülkenberg, ou propulsés du jour au lendemain dans une écurie de pointe, ils ont pour point commun d’avoir réalisé des performances extraordinaires. Retour cette fois sur Mario Andretti, quatrième pilote Ferrari dans une dramatique saison 1982.

Samedi 7 août 1982, 10h30. A cet instant, le petit monde de la Formule 1 se retrouve sur l’ancien Hockenheimring pour la douzième manche de la saison. Le circuit est noyé sous les eaux pour cette seconde séance de qualifications, mais nombre de pilotes sont en piste malgré tout. Les équipes profitent des conditions pour tester plusieurs pièces et gommes, dont Didier Pironi qui effectue des essais pour Goodyear. Mais alors qu’il est en piste, un drame va changer à jamais le cours de sa vie.

Dans la ligne droite vers le Stadium, il voit devant lui Derek Daly se déporter sur la gauche. Plus rapide que l’Irlandais de Williams, il plonge sur la droite… et voit trop tard la Renault de Prost, masquée par un mur de projections d’eau. La monoplace française roule à seulement 180 km/h alors que la Ferrari est elle lancée à plus de 280 km/h. Pironi décolle sur la roue arrière-droite de Prost et s’envole sur plusieurs dizaines de mètres avant de rebondir et de finalement se planter dans l’herbe.

Prost est le premier au chevet du Français, rapidement rejoint par Piquet, Cheever et Mansell. Le personnel médical est rapidement sur place, et les réactions de certains commissaires de piste laissent présager du pire. Pironi est conscient dans sa voiture mais souffre atrocement : sa jambe droite n’est plus que charpie, au point qu’un des médecins veut l’amputer sur place. Transporté à l’hôpital d’Heidelberg, il s’en tire à bon compte vu son accident, puisque ses organes vitaux n’ont pas été touchés. Sa saison, voire sa carrière sont cependant terminés pour de bon, et il ne deviendra pas le premier champion du monde français de l’histoire…

Ferrari elle est de nouveau frappée en plein cœur. Après la mort de Villeneuve à Zolder, voici que Pironi est condamné pour le reste de la saison 1982. Ce dernier doit sa vie aux modifications de Forghieri sur la 126 C2, notamment sur le renforcement du train avant de la voiture. Patrick Tambay porte désormais sur ses épaules la Scuderia, qui doit rapidement trouver un remplaçant à Pironi pour garder toutes ses chances au championnat constructeurs. Tambay fait cependant plus que bonne figure en s’imposant le dimanche, mettant un peu de baume au cœur des tifosi.

Les tractations traînent en longueur, si bien que Tambay court seul en Autriche et en Suisse. Mais en Italie, les tifosi verront bien deux Ferrari au départ, et le nom retenu est plus que ronflant en la personne de Mario Andretti. Le champion du monde 1978 avait pris sa retraite en Formule 1 à la fin de la saison précédente, après une année plus que compliquée chez Alfa Romeo. Il a cependant fait une pige en début de saison chez Williams pour remplacer Carlos Reutemann le temps d’une course, avant de repartir se consacrer à l’IndyCar. Il décide toutefois de courir pour Ferrari à l’occasion des deux dernières courses de la saison, en Italie et à Las Vegas. Italien d’origine et pilote Ferrari en 1971 et 1972 (avec une victoire en Afrique du Sud en 1971), il est accueilli tel un dieu par des tifosi extatiques.

Ces derniers entrent en fusion lors des qualifications, où l’Italo-américain signe ni plus ni moins que la pole position ! Il faut rappeler qu’il s’agit de son premier Grand Prix au volant d’une voiture à moteur turbo… Tambay est troisième, derrière Piquet et devant Patrese, tandis que Prost est cinquième devant Arnoux, confirmé pour 1983 chez les Rouges. Septième, Rosberg est le premier du clan Cosworth… à plus de trois secondes de la pole ! Monza étant une terre de vitesse, les turbos y sont tout bonnement invincibles.

Vous aimerez aussi :

Les super-subs de la F1 : Jean-Pierre Jarier, un essai non transformé

C’est ainsi que les tribunes sont pleines le dimanche pour acclamer Tambay et Andretti, qui savent mieux que personne qu’ils doivent gagner à tout prix. Hélas, l’Américain est victime d’un souci mécanique au départ : son limiteur de régime se met en route ! Il chute au quatrième rang, tandis qu’Arnoux a jailli de la troisième ligne pour prendre les commandes de la course devant Tambay et Patrese. La situation se décante rapidement en tête : les Brabham se retrouvent rapidement hors-course, et la victoire va se jouer entre les Ferrari et les Renault.

Arnoux a le champ libre grâce à son leadership et ne se prive pas de creuser l’écart en tête de course. Derrière lui, Tambay ne peut le suivre et se contente d’assurer la deuxième place. Mal parti, Prost est bien remonté au classement et occupe la troisième place devant Andretti qui est un peu plus lent que les leaders. L’Américain signe cependant une course magnifique et est en passe de ramener des points précieux pour Ferrari dans l’optique du classement constructeurs.

La course va être très calme en tête, Arnoux ayant creusé un écart conséquent sur ses poursuivants. Le seul coup de théâtre survient peu après la mi-course, où le V6 turbo de Prost rend l’âme. Le Français y perd un podium et ses dernières chances de titre… Son coéquipier lui signe une victoire de prestige en terre italienne, devant Tambay et un incroyable Andretti, qui pour son retour termine sur le podium ! Les trois pilotes sont acclamés par la foule, y compris Arnoux qui est déjà adopté par les tifosi. La saison 1983 promet d’être animée…

Quatrième, Watson parvient à repousser mathématiquement l’échéance du championnat. Avec 33 points contre 42 à Rosberg, il doit cependant gagner sans que le Finlandais ne marque un point. Derrière, c’est la soupe à la grimace chez Ferrari puisque les deux voitures ne sont qualifiées qu’en quatrième ligne. Pire, Tambay doit déclarer forfait pour la course, la faute à une hernie discale qu’il traîne depuis de longues semaines. De plus, les Renault monopolisent la première ligne. En cas de doublé, et si Andretti finit hors des points, le titre échapperait aux Rouges…

Les inquiétudes de Ferrari vont rapidement se dissiper lorsqu’Arnoux abandonne sur casse moteur dans le 20ème tour. Le titre est désormais acquis, surtout qu’Andretti est victime d’une casse mécanique quelques tours plus loin. Pour les pilotes, Watson se bat comme un beau diable mais ne peut rien faire face à un incroyable Michele Alboreto. Troisième des qualifications derrière les Renault, il confirme en piste et vole vers sa première victoire. Derrière, Watson paie son irrégularité et termine second devant un surprenant Cheever, Prost, Rosberg et Daly. Le Finlandais devient ainsi champion du monde 1982 avec une seule victoire, une première depuis Mike Hawthorn en 1958.

Ferrari quant à elle conquiert le titre constructeurs, mais avec pas moins de quatre pilotes différents. La Scuderia n’a ainsi fait courir qu’une voiture sur la moitié de la saison entre forfaits et accidents ! Pironi est malgré tout vice-champion du monde à cinq points seulement de Rosberg et à égalité avec Watson. Tambay est lui septième avec 25 points, alors qu’il n’a couru qu’une demi-saison. Seul Rosberg fait mieux sur les huit dernières courses de la saison avec 27 points. Andretti lui termine 19ème grâce à son podium de Monza.

Ce dernier ne courra plus jamais en Formule 1, préférant se concentrer sur les courses nord-américaines. Il officie juste une dernière fois en tant que suppléant de Patrick Tambay à Détroit en 1984, sans prendre le volant. Allongeant son palmarès de nombreux succès outre-Atlantique, il passe à un tour de rejoindre Graham Hill dans la légende lors des 24 Heures du Mans 1995, battu par la McLaren de Dalmas-Lehto-Sekiya.

De la Formule 1 au CART en passant par les courses sur terre ou encore le dragster, Mario Andretti a su s’illustrer au volant de bien des voitures différentes. Son retour pour deux courses chez Ferrari en 1982 montre toute l’étendue de son incroyable talent. Arrivé en Italie huit jours seulement avant le Grand Prix, il a été capable de signer une superbe pole position avant d’aller chercher un podium inattendu. Cela reste sa dernière belle performance en Formule 1, lui qui reste à ce jour le dernier Américain vainqueur dans la discipline.

Avatar

Né avec le rêve de rejoindre Schumacher, Senna ou encore Prost au firmament de la Formule 1, aujourd'hui j'essaie de raconter leur histoire, ainsi que celle de tous les pilotes et de toutes les écuries qui ont fait, font et feront la légende d'un des plus beaux sports du monde.

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :