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SÉRIE – Que sont-ils devenus ? Carlos Reutemann, de la course à la politique

La Formule 1 est le rêve de nombreux aspirants pilotes, et à ce jour seuls quelques centaines de privilégiés ont pu le réaliser. Toutefois, une carrière ne dure pas toute une vie, et bon nombre de pilotes se sont reconvertis par la suite. Si certains sont restés dans le monde du sport automobile, d’autres ont choisi des voies différentes. La série s’ouvre cette semaine sur le plus connu d’entre eux, Carlos Reutemann qui est devenu homme politique dans son Argentine natale.

La surprise est totale lors du premier Grand Prix de la saison 1972, disputé en Argentine. Le poleman est en effet un néophyte absolu en la présence de Carlos Reutemann, qui dispute ici son premier Grand Prix ! Il s’agit là du premier fait d’armes de celui qu’on surnommera « El Lole » et qui saura se faire remarquer à bien d’autres reprises tout au long de sa carrière.

Né à Santa Fe en 1942, il vient à la compétition automobile assez tard puisqu’il commence sa carrière au milieu des années 60, en voitures de tourisme. Il faut attendre 1969 pour le voir briller en monoplace avec un titre national de Formule 2 en poche, qui le propulse dans le championnat européen. Au volant d’une Brabham et soutenu par l’Automóvil Club Argentino (Automobile Club d’Argentine), il se fait rapidement remarquer en accrochant Jochen Rindt dès sa première sortie. Mais aux accidents succèdent les victoires tant et si bien qu’il se retrouve vice-champion la saison suivante, derrière un certain Ronnie Peterson.

Cette performance lui vaut un volant chez Brabham pour la saison 1972, et il surprend ainsi tout son monde en allant chercher la pole en Argentine. Un exploit rendu possible par ses gommes Goodyear, les plus tendres disponibles pour cette épreuve. Son coéquipier Graham Hill est 16ème à plus de deux secondes… Mais il ne concrétise pas en course et termine septième à deux tours, ce qui n’a pas empêché le public argentin de l’aduler dès le début.

Il doit attendre 1974 pour connaître ses premières victoires. Si sa nouvelle Brabham BT44 est rapide et lui permet de remporter trois Grands Prix, il ne restera qu’un outsider toute la saison. Il abandonne ainsi en Argentine dans le dernier tour alors qu’il était en tête, au désespoir des fans locaux. Il ne termine que deux autres fois dans les points en dehors de ses victoires et ne finit qu’en sixième position. 1975 voit l’Argentin se montrer beaucoup plus régulier malgré une seule victoire, si bien qu’il termine troisième du championnat derrière Lauda et Fittipaldi.

Sa saison 1976 chez Brabham vire au cauchemar. L’arrivée du V12 Alfa Romeo plombe sérieusement l’écurie de Bernie Ecclestone et Reutemann ne marque que quelques points en Espagne. Cependant, Enzo Ferrari lui offre une chance inespérée en l’incorporant chez les Rouges suite à l’accident de Lauda en Allemagne. Toutefois, l’Argentin ne courra qu’en Italie, l’Autrichien étant revenu à la compétition six semaines seulement après avoir frôlé la mort. Il est cependant désigné premier pilote de la Scuderia pour 1977, après l’abandon volontaire de Lauda au Japon qui lui coûte le titre.

Cette saison va hélas montrer certaines limites de « Lole ». Après deux bons premiers Grands Prix, il est complètement dominé par Lauda qui parvient à remporter le titre haut la main dans un climat qui lui est hostile. Il faut attendre 1978 pour revoir l’Argentin capable de rejouer devant à la régulière. Dominé par les imbattables Lotus 79, il parvient à gagner quatre courses pour terminer troisième derrière Andretti et le regretté Peterson. Il a en outre écrasé le néophyte Villeneuve, qui a malgré tout gagné à domicile au Canada.

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Chapman fait donc appel à Reutemann, qui voit là l’occasion rêvée de remporter la couronne mondiale. Hélas, il déchante rapidement devant les performances de la Lotus 80. L’écurie anglaise s’est fourvoyée à concevoir une voiture-aile totalement inefficace, et ses pilotes vont rapidement faire de la figuration. S’il signe quatre podiums lors des sept premiers Grands Prix, Reutemann ne signe plus un seul top 6 par la suite et termine la saison en septième position.

Conscient qu’il risque gros, il file chez Williams en 1980 en remplacement de Clay Regazzoni mais doit accepter un contrat de second pilote face à Jones. Vainqueur à Monaco, il se contente d’être régulier sur le reste de la saison et d’assurer le titre constructeurs pour Williams. Il se fait également remarquer en terminant troisième du Rallye d’Argentine sur une Fiat 131 Abarth, où il participe contre la coquette somme de 300 000 dollars ! Mais en 1981, il décide de s’émanciper et de faire comme Lauda il y a quatre ans chez Ferrari. Mal lui en prend, car il perd le titre dans la dernière course de la saison à Las Vegas face à Piquet qui le coiffe au poteau.

Reutemann revient donc en 1982 mais ne reste que deux courses, le temps de signer un 46ème et dernier podium en carrière. Il arrête définitivement la Formule 1 et laisse un goût d’inachevé avec ce titre 1981 perdu sur le fil. On le reverra une dernière fois en sport automobile lors du Rallye d’Argentine 1985 sur une Peugeot 205 T16 Evo 1. Comme en 1980, il termine troisième, et reste à ce jour le seul pilote à être sur le podium d’un rallye WRC (depuis la création du championnat en 1979) et d’un Grand Prix de F1.

L’Argentine le revoit cependant à partir de la fin des années 80, mais sur un tout autre terrain. C’est ainsi que Carlos Reutemann fait son entrée dans la politique argentine. Soutenu par le président de l’époque, Carlos Menem, il devient en 1991 gouverneur de la province de Santa Fe, et ce jusqu’en 1995. Il est toutefois critiqué pour une décision prise début 1992, où il décide de détruire des archives de l’Etat, qui concernent notamment la dictature militaire ayant écrasé le pays entre 1976 et 1983 sous l’impulsion des militaires mené par le général Videla. Si une partie de ces archives est sauvée malgré tout, Reutemann sera visé par une plainte en 2010 pour « destruction de preuves concernant les crimes contre l’humanité perpétrés par la dictature militaire ».

Cette décision s’inscrivait dans la politique de Carlos Menem d’amnistier et/ou de gracier tous les dirigeants et grands généraux au pouvoir lors de la dictature. De nombreuses figures telles que Videla furent ainsi « pardonnées » par Menem. En 1999, Reutemann redevient gouverneur de Santa Fe, mais en raison de la crise économique que traverse le pays son second mandat est plus complexe. Sa gestion des inondations qui frappent la région en 2003 ainsi que la répression de manifestations en 2001 avec plusieurs morts l’ébranlent fortement. Malgré tout, il devient sénateur par la suite et restait alors un candidat crédible aux élections présidentielles, ce qu’il a toujours refusé.

Carlos Reutemann est aujourd’hui hospitalisé suite à de graves problèmes de santé. Opéré d’un cancer du foie en 2017, il est désormais hospitalisé depuis plus d’un mois dans un état grave mais stable. Atteint par une hémorragie digestive en mai, il est revenu un mois plus tard pour d’autres complications. A 79 ans, l’homme aux deux carrières fructueuses mais quelque peu inachevées nous a malheureusement quittés le 7 juillet 2021.

Né avec le rêve de rejoindre Schumacher, Senna ou encore Prost au firmament de la Formule 1, aujourd'hui j'essaie de raconter leur histoire, ainsi que celle de tous les pilotes et de toutes les écuries qui ont fait, font et feront la légende d'un des plus beaux sports du monde.

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