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Les plus belles courses de Moss : Portugal 1958, un fair-play d’une autre époque

Le 12 avril dernier, le monde de la Formule 1 pleurait la mort de Stirling Moss, parti à 90 des suites d’une longue maladie. Celui qu’on surnomme « le champion sans couronne » reste l’un des meilleurs pilotes de son époque voire même de tous les temps. Il ne manque qu’un titre mondial à un palmarès que nombre de pilotes lui envieraient. Nous allons ainsi revenir sur certaines courses marquantes de sa carrière, avec cette fois une démonstration de sportivité sans commune mesure en Formule 1.

1958 doit être l’année Moss selon la fin de saison 1957. Après des débuts difficiles, le mariage Moss – Vanwall tient toutes ses promesses avec trois victoires lors des quatre dernières courses de la saison. Le pilote anglais est ainsi confiant pour la saison qui arrive, d’autant plus que Fangio ne sera pas son rival numéro 1. Après quatre titres de champion du monde, l’Argentin court ici sa dernière saison et ne vise pas une sixième couronne mondiale. Ses rivaux principaux seront ainsi l’armada Ferrari (Hawthorn – Collins – Musso), et son coéquipier Tony Brooks.

Comme l’année précédente, la saison démarre en Argentine et Moss doit trouver une autre voiture que sa Vanwall pour participer. Les nombreuses modifications techniques imposées par la C.S.I pour cette nouvelle saison font que nombre de voitures ne sont pas adaptées, et seules Ferrari et BRM ont confirmé leur engagement. On y retrouve notamment l’obligation d’utiliser une essence dérivée du commerce (avec un taux d’octane plus élevé que la normale) et la réduction de la longueur des Grands Prix. Le format passe de 500km à seulement 300 km, un format qui est désormais utilisé depuis plus de 60 ans.

Rob Walker lui fournit alors une Cooper qui dispose d’une grande originalité pour l’époque : son moteur est placé à l’arrière et non à l’avant comme toutes les autres monoplaces de l’époque. Il ne se qualifie ainsi que septième à deux secondes de la pole de Fangio… sur dix voitures au départ ! Mais bien servi par l’agilité de cette petite monoplace anglaise, il remonte rapidement dans le classement et prend la tête dans le 35e tour pour ne plus la lâcher. Il s’impose devant Musso et Hawthorn, qui devraient être ses plus sérieux rivaux cette saison.

Moss remporte le GP d'Argentine en ouverture de la saison 1958

Pour le second rendez-vous de la saison à Monaco, tout le plateau est désormais là, et Moss démontre que la Vanwall et lui sont clairement LES favoris de cette saison 1958. S’il ne se qualifie que huitième sur la grille, il remonte rapidement dans le classement et prend la tête dans le 33ème tour. Hélas, le spectre de la casse mécanique le rattrape puisqu’il casse son moteur sept tours plus tard et doit abandonner en conséquence. Heureusement pour lui, Hawthorn abandonne également quelques tours plus loin et ne gagne que le point du meilleur tour en course. Trintignant gagne pour la seconde fois à Monaco devant Musso qui prend les commandes du championnat et Collins.

Moss mène cependant l’intégralité du Grand Prix des Pays-Bas avec à la clé le meilleur tour en course alors que Hawthorn ne finit que second, mais après cette course le vent va tourner en faveur de la Ferrari. Régularité contre panache, c’est ainsi que peut être résumé le duel Hawthorn-Moss pour la saison 1958.

En Belgique, Brooks gagne pour Vanwall mais Moss n’a pu défendre ses chances, trahi par son moteur dans le premier tour. Hawthorn termine lui second avec le meilleur tour en course. A Reims, l’Anglais de Ferrari gagne sa seule course de la saison devant l’Anglais de Vanwall, lui reprenant trois points alors que le constructeur italien perd l’un de ses meilleurs éléments. Musso s’est en effet tué dans le neuvième tour de course après une violente sortie de piste.

Vanwall l'emporte au GP de Belgique 1958
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En Grande-Bretagne, le scénario belge se reproduit, avec Hawthorn second derrière Collins cette fois, et Moss qui abandonne sur casse moteur alors qu’il était second. Les deux hommes sont victimes de leurs machines en Allemagne, et Moss parvient malgré tout à ramener le point du meilleur tour en course. Brooks gagne pour Vanwall, mais Ferrari perd cette fois Collins, qui s’est tué dans le dixième tour alors qu’il était en tête.

À ce moment de la saison, Hawthorn est en tête du championnat pilotes avec 30 points au compteur, devant les 24 points de Moss. Ce dernier n’est cependant arrivé que quatre fois dans les points contre six pour Hawthorn, qui devra désormais retrancher ses plus mauvais résultats (à ce moment précis son meilleur tour en course à Monaco). Le Grand Prix du Portugal va rentrer dans l’histoire pour le geste chevaleresque de Moss, ainsi que d’une bourde qui va lui coûter le titre mondial.

Les qualifications donnent une petite idée du niveau des deux prétendants à la couronne mondiale. Moss signe la pole avec seulement cinq centièmes d’avance sur Hawthorn, alors que derrière seuls Lewis-Evans et Behra sont dans la même seconde. La Vanwall parvient à garder l’avantage dans le premier tour, mais Moss commet une petite erreur dans la boucle suivante et permet à Hawthorn de prendre le commandement.

Moss au GP du Portugal 1958

La Ferrari garde la tête dans les tours qui suivent, mais ses freins à tambour fatiguent rapidement et Moss reprend le contrôle des opérations. Hawthorn s’accroche autant qu’il le peut mais ses tambours crient grâce et il doit anticiper ses freinages, réduire son rythme pour ne pas finir dans le décor. La Vanwall de tête adopte un rythme de sénateur, pensant que la Dino 246 n’est plus une menace.

Aux deux-tiers de la course, Hawthorn s’arrête pour faire réparer ses freins avant qui ne répondent plus. Il repart troisième derrière Behra et claque record du tour sur record du tour pour rattraper le Niçois. Devant, les hommes de Tony Vanderbilt présentent un panneau à Moss pour l’avertir des chronos d’Hawthorn, qui a repris le point du meilleur tour en course à 175 km/h de moyenne. Hélas, l’Anglais comprend mal le panneau et garde son rythme, persuadé que son temps au tour n’a pas été battu…

Hawthorn parvient à reprendre la deuxième place à Behra, qui perd même le podium après avoir été passé par Lewis-Evans. Mais dans le dernier tour, il part en tête-à-queue et cale dans une échappatoire. Il se retrouve ainsi contraint de rouler à contresens pour relancer sa voiture en profitant de la déclivité de la piste. Il sauve sa deuxième place et les sept points qui vont avec, mais les commissaires de piste le disqualifient pour cette manœuvre.

C’est alors que Moss réalise le geste le plus chevaleresque de sa carrière, celui qui lui coûtera le titre mondial. Il intervient en faveur d’Hawthorn en insistant sur le fait qu’il a fait ce demi-tour dans une échappatoire et non sur la piste. Qui plus est, il a empêché les commissaires de toucher à la Ferrari pour éviter que son rival soit disqualifié pour aide extérieure. À la suite de ces éléments de bonne foi, Hawthorn est définitivement crédité de sa seconde place et des sept points qui vont avec. Moss se retrouve désormais à quatre points d’Hawthorn, qui retranche donc son meilleur tour de Monaco.

Monza voit les dernières chances de titre de Moss s’envoler. S’il claque la pole avec une seconde d’avance sur le reste du peloton, il doit abandonner dans le 18ème tour alors qu’il est second derrière Hawthorn. Ce dernier termine second derrière Brooks, et compte huit points d’avance sur Moss. Le calcul est simple : Moss doit gagner sans qu’Hawthorn ne termine deuxième. Hélas pour lui, il gagne avec le meilleur tour en course, mais Phil Hill laisse passer Hawthorn, qui devient champion du monde pour un point. Pire, son coéquipier Stuart Lewis-Evans est gravement brûlé dans un accident, et meurt de ses blessures quelques jours plus tard.

Une petite incompréhension et une esprit chevaleresque ont ainsi condamné Moss à perdre un titre qui lui était promis. Son talent a hélas été également contrarié par la fiabilité parfois hasardeuse des Vanwall, qui lui ont coûté plus d’un bon résultat. Ses performances ainsi que les trois victoires de Brooks offrent cependant le titre à l’officine britannique… qui voit son patron Tony Vandervell quitter le navire à la suite de problèmes de santé (et la perte de Lewis-Evans). Moss se retrouve à devoir chercher un nouveau volant pour 1959, et possiblement un nouveau rival : Mike Hawthorn se tue le 22 janvier 1959 dans un accident de la route lors d’une course sauvage contre Rob Walker.

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Né avec le rêve de rejoindre Schumacher, Senna ou encore Prost au firmament de la Formule 1, aujourd'hui j'essaie de raconter leur histoire, ainsi que celle de tous les pilotes et de toutes les écuries qui ont fait, font et feront la légende d'un des plus beaux sports du monde.

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