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Les pires Ferrari de l’histoire : Ferrari F2005, la mal-aimée

Seule écurie présente en Formule 1 depuis 1950, la Scuderia Ferrari possède un palmarès inégalé dans la discipline. 16 titres constructeurs, 238 victoires, 9 pilotes champions du monde sur les monoplaces rouges, et des voitures iconiques comme la F2004 ou la 500 F2. Mais au milieu de tous ces titres et honneurs, la firme italienne a parfois fait des monoplaces clairement ratées. La dernière SF1000 doit ainsi plus ses deux podiums au talent et à la chance de Charles Leclerc qu’autre chose tant elle se traîne en piste. Elle est cependant loin d’être la Ferrari la plus loupée de l’histoire, comme nous allons vous le montrer ce mois-ci. La série se termine sur la F2005, ou possiblement la Ferrari la moins réussie de l’ère Todt.

Jean Todt peut être considéré comme le sauveur de la Scuderia Ferrari. Le natif de Pierrefort dans le Cantal avait déjà tout gagné ou presque avec Peugeot : WRC, Dakar, 24 Heures du Mans… En 1993, Luca di Montezemolo recrute le Cantalien avec le challenge suivant : ramener Ferrari sur le devant de la scène en Formule 1. Il faut dire que la F92A fut un échec cuisant et que la machinerie italienne est perclue de conflits internes qui l’empêchent de réellement avancer dans la hiérarchie. Le cas Prost en est un parfait exemple…

Premier étranger à diriger la Scuderia Ferrari, il prend ses fonctions au Grand Prix de France 1993. S’il ne peut faire gagner la F93A, Berger passe entre les mailles du filet en Allemagne l’année suivante pour offrir à Ferrari sa première victoire en F1 depuis près de quatre ans. Après une autre victoire d’Alesi au Canada en 1995, Todt décide ni plus ni moins que de recruter LE pilote de pointe de la discipline pour 1996, le double champion du monde en titre Michael Schumacher. Il débauche également de chez Benetton Ross Brawn et Rory Byrne, conscient qu’ils sont également les artisans d’un tel succès.

L’association prend un peu de temps à se mettre en place, surtout que la stratégie est la suivante : Schumacher est LE numéro 1, tandis que Irvine puis Barrichello seront dans l’ombre du Kaiser. Seul Irvine aura sa chance en 1999 avec la blessure de Schumi à Silverstone, mais échouera à vaincre Häkkinen. Après le final scandaleux de Jerez en 1997 puis la crevaison au Japon en 1998, 1999 donne à la Scuderia son premier titre constructeurs depuis 16 ans. C’est le début de l’ère Ferrari en Formule 1.

Jean Todt rejoint Ferrari en 1993 avec comme consigne de rallier l'écurie avec le top

Entre 2000 et 2004, Ferrari et Michael Schumacher vont rouler sur la discipline sans concurrence ou presque (Häkkinen en 2000 et Räikkönen en 2003). Si ce règne ne fut pas exempt de polémiques (Autriche 2001 et 2002 par exemple), il fut surtout source d’agacement pour la concurrence et les fans. Il n’était pas rare de voir l’acronyme FIA détourné en « Ferrari International Assistance »…

Le changement du système de points en 2003 n’entrava pas la domination des Rouges, bien que le championnat fut serré jusqu’au bout. Qui plus est, Ferrari commençait ses saisons avec des monoplaces de l’année précédente, afin de peaufiner ses nouvelles armes toujours redoutables. La F2004 est ainsi à l’origine d’une anecdote assez originale : lors de tests à Imola, Schumacher explosa le record de la piste avec une telle marge que les ingénieurs crurent qu’il y avait anguille sous roche. Après moult recherches, ils découvrirent purement et simplement que la F2004 était conçue à la perfection et qu’elle allait écraser cette saison 2004. Schumacher gagna ainsi 12 des 13 premiers Grands Prix (abandonnant à Monaco) et s’imposa également au Japon pour porter le record de victoires sur une saison à 13 ! Seul Sebastian Vettel égalera ce record en 2013.

C’est alors que la règlementation 2005 va enfin redistribuer les cartes, au grand bonheur des anti-Ferrari. La FIA doit réagir pour mettre un terme à cette domination et va opérer trois grands changements :

Ferrari décide d'aligner une Ferrari évoluée de l'année dernière, la Ferrari F2004M
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Ferrari décide donc de refaire comme en 2002 et 2003 et n’aligne qu’une F2004 améliorée pour ce début de saison 2005. Baptisée F2004M et mise en conformité avec le nouveau règlement, elle doit disputer les quatre premières manches de la saison avant de laisser place à la nouvelle F2005. Mais contrairement à ses devancières, elle va rapidement se montrer peu performante au point que la F2005 va arriver deux Grands Prix plutôt que prévu. Cette F2004M est larguée en qualifications, et en course seul Barrichello en tire quelque chose, terminant deuxième derrière Fisichella en Australie. Schumacher ne fait pas mieux que septième en Malaisie alors que Barrichello abandonne…

C’est donc à Bahreïn que la nouvelle F2005 fait son apparition. Elle semble plus performante que la F2004M puisque Schumi se qualifie second derrière Alonso et tient son rang dans les premiers tours, avant d’abandonner sur un problème d’hydraulique. Barrichello parvient lui à terminer neuvième… mais ses pneus sont tout simplement détruits. Ce sera là le gros problème de la Scuderia, qui toute la saison va se débattre avec des Bridgestone incapables de tenir la durée d’un Grand Prix.

À Imola, tous les espoirs sont permis pour Ferrari après une course sublime de Schumacher. Parti seulement treizième après une erreur dans son tour de qualification, il remonte peu à peu dans le classement pour terminer deuxième sur les basques d’Alonso. L’Asturien sort vainqueur d’un duel homérique avec la Ferrari, qui volait pourtant sur la piste en tournant deux secondes plus vite que tout le reste du peloton ! Ce sera le point culminant de la saison des Rouges.

Ferrari décide d'aligner une Ferrari évoluée de l'année dernière, la Ferrari F2004M

Les pneus Bridgestone vont être un véritable handicap tout au long de cette saison 2005, sauf à l’occasion du Grand Prix des Etats-Unis. Michelin étant incapable d’amener des pneus résistant aux exigences d’Indianapolis et aucun compromis n’étant trouvé, seules les voitures équipées de Bridgestone prennent le départ. Sous les huées d’un public américain floué, les Ferrari signent un doublé sans concurrence devant les Jordan et les Minardi, seules autres voitures au départ qui jamais n’auraient pu marquer tant de points à la régulière. Sur le podium, si Schumacher et Barrichello apparaissent sincèrement gênés, Monteiro n’en a cure et savoure son podium bien qu’il ait profité de circonstances uniques.

Au sortir d’une campagne nord-américaine plutôt fructueuse (il faut ajouter un double podium au Canada derrière Räikkönen), les Ferrari se sont replacées au championnat. Schumacher est 3ème avec 34 points, devant Barrichello qui en compte 29 et reste sur trois podiums consécutifs (Europe à la suite de la crevaison de Räikkönen dans le dernier tour, Canada et donc Etats-Unis). Ils sont proches du Finlandais qui compte 37 points, mais loin d’Alonso qui en compte 59…

Les F2005 brilleront encore épisodiquement jusqu’en Hongrie, où Schumacher signe la pole et termine deuxième derrière Räikkönen après avoir mené 28 tours. La fin de saison sera elle plus que compliquée pour les Rouges. Ils ne marquent ainsi que 14 points sur les six dernières courses, avec pour meilleur résultat une quatrième place de Schumacher au Brésil, deux places devant Barrichello qui termine lui cinquième en Belgique. Le Kaiser fait quelque peu illusion au Japon en menant trois tours, mais n’y termine que septième.

Dernier podium de Ferrari en 2005 offert par Schumacher au Grand Prix de Hongrie

C’est un miracle que Schumacher soit troisième du championnat du monde pilotes avec 62 points, devant Montoya et Fisichella qui disposaient des meilleures machines du plateau. Avec 38 points, Barrichello n’est lui que huitième, devancé par les pilotes Toyota. Ferrari arrache la troisième place du classement constructeurs, mais avec tout pile 100 points, soit 162 de moins que la saison précédente. Avec seulement neuf podiums dont une victoire chanceuse, une pole position, trois meilleurs tours en course et 108 tours en tête dont 73 à Indianapolis, on est très loin des chiffres des années précédentes.

Si un tel bilan peut apparaître satisfaisant pour bon nombre d’écuries sur la grille, il ne l’est à aucun moment pour la Scuderia Ferrari. C’est la fin d’une ère pour l’écurie italienne, qui laisse les deux titres à Renault et Alonso en cette année 2005. La FIA a accompli sa mission : mettre un terme à la domination italienne, ce qui fut fait de fort belle manière. Victime de pneus clairement inadaptés à la nouvelle réglementation, la F2005 n’a pu briller que sporadiquement (Saint-Marin et Hongrie). A la fin de cette saison, Rubens Barrichello quitte son rôle de laquais pour partir chez Honda, et se voit remplacé par son compatriote Felipe Massa. Ce dernier aura droit à une 248 F1 à moteur V8 bien plus réussie pour ses débuts chez Ferrari.

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Né avec le rêve de rejoindre Schumacher, Senna ou encore Prost au firmament de la Formule 1, aujourd'hui j'essaie de raconter leur histoire, ainsi que celle de tous les pilotes et de toutes les écuries qui ont fait, font et feront la légende d'un des plus beaux sports du monde.

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