Séries

Les pilotes français chez Renault : Patrick Tambay, victime d’un déclin inéluctable

Cela fait quelques semaines que l’information est officielle : Esteban Ocon pilotera pour Renault pour 2020. Il remplace donc Nico Hülkenberg et devient le cinquième pilote français à piloter à temps plein pour Renault, Romain Grosjean n’ayant assuré qu’une sorte d’intérim en 2009. Retour donc ce mois-ci sur les quatre mousquetaires qui ont piloté les monoplaces de la Régie entre 1977 et 1985.

Nous sommes fin 1983 et les tensions entre Alain Prost et Renault atteignent un point de non-retour. Furieux de voir le titre lui échapper ainsi de nouveau pour si peu, il accuse directement la Régie d’être la principale responsable de ses échecs. C’en est trop pour les hommes de Larrousse, qui limoge le natif de la Loire alors qu’il était sous contrat pour 1984. Mais ce dernier n’a aucun mal à rebondir, bien au contraire. Il trouve en effet refuge chez McLaren en lieu et place de John Watson, et trouve une écurie bien différente de celle de 1980. Ron Dennis a en effet transformé l’écurie anglaise, qui ne cesse de monter en puissance, ainsi que le revenant Niki Lauda qui n’a rien perdu de son coup de volant.

Chez Renault, on doit donc trouver deux nouveaux pilotes, car le décevant Eddie Cheever n’a pas vu son contrat renouvelé. C’est ainsi que deux nouvelles têtes font leur apparition, en la personne de Derek Warwick et de Patrick Tambay. Le premier cité est alors l’un des grands espoirs de la discipline, que Renault est parvenue à recruter alors qu’il était très courtisé par une bonne partie de la grille. Tambay est quant à lui une tête bien connue du plateau, qui a su se faire un nom sur la grille.

Né à Paris en 1949, il commence sa carrière dans les années 70, en Formule Renault puis en F2. Il reste trois ans dans cette discipline et signe treize podiums, dont trois victoires à Nogaro avant de signer pour un double programme Can-Am et F1 en 1977. S’il est triomphal aux Etats-Unis, il ne peut marquer des points qu’à trois reprises avec une modeste Ensign engagée par l’équipe Theodore de Teddy Yip. Il faut cependant mettre à son actif une 5ème place aux Pays-Bas, privé d’un incroyable podium par une panne d’essence. Toutefois, son ami Villeneuve partant chez Ferrari en 1978, il récupère son volant chez McLaren. Il ne marque que 8 points avec pour meilleur résultat une 4ème place, et ne marque aucun point lors d’une saison 1979 cauchemardesque.

Reparti aux Etats-Unis pour gagner de nouveau le championnat Can-Am, il revient en F1 en 1981 avec Theodore et termine sixième du premier Grand Prix de la saison, avant de remplacer Jabouille chez Ligier après l’Espagne : un fiasco total puisqu’il ne voit pas l’arrivée. La mort de Villeneuve à Zolder lui offre une chance inattendue puisqu’il hérite du second volant Ferrari aux côtés de Pironi, et il gagne son premier Grand Prix en Allemagne… alors que son coéquipier frôle la mort et perd toute chance de jouer le titre. Peu épargné par les problèmes en 1983, il termine 4ème du championnat derrière son coéquipier Arnoux, et se voit remplacer par l’espoir transalpin Michele Alboreto, vainqueur de deux Grands Prix avec Tyrrell.

Revanchard, il signe donc chez Renault avec des ambitions claires : gagner ce titre pilotes qui lui a échappé l’an dernier. Quelque part, il se mue aussi en mentor pour le jeune Warwick, mais l’élève va finalement dépasser le maître. Ainsi, Tambay voit ses ambitions douchées au fur et à mesure de la saison, à l’exception du Grand Prix de France. Il réalise la pole et mène pendant près de 50 tours, mais il doit finalement s’incliner face à Niki Lauda. Ce sera son seul top 4 de la saison, il ne marque finalement que 11 points sur toute la saison entre problèmes de consommation, de fiabilité ou encore des accrochages et accidents. De plus, il est outrageusement dominé par Warwick. Tel Prost en 1981, il finit peu mais toujours bien placé, avec notamment quatre podiums et 23 points au total, alors qu’il a pour la première fois une voiture capable de se battre pour les avant-postes. La RE50 n’était pas à la hauteur, et la saison 1985 sera finalement la dernière de la première aventure Renault en F1.

Warwick et Tambay sont tous deux reconduits pour cette saison avec une nouvelle voiture, la RE60. Cependant, la situation est critique tant la Régie est criblée de dettes et victime d’un organisation désastreuse, les RE60 étant achevées la veille du premier Grand Prix ! Tambay signe cependant un début de saison encourageant, avec deux podiums et 10 points marqués en trois courses, ce qui le place alors troisième du championnat derrière De Angelis, leader, et Alboreto. Hélas, ce bon début de saison ne sera qu’un feu de paille, car Tambay ne marque qu’un seul point supplémentaire en France, alors que Warwick ne marque que 5 points, bien loin de ce qu’il réalisait l’année précédente. L’arrivée de la RE60B ne changera pas la donne, et Renault se retire en tant qu’écurie fin 1985, laissant les deux pilotes sur la touche.

Patrick Tambay termine sa carrière en 1986 chez Haas-Lola en compagnie du revenant Alan Jones. Le temps de terminer 5ème en Autriche, où il marque ses derniers points avant de quitter la discipline, l’écurie se dissolvant comme Renault l’année précédente. Pilote talentueux resté trop longtemps dans l’ombre, il aura fallu la mort de Villeneuve pour réellement percer dans la discipline, mais il fut emporté par le déclin de Renault. Écurie de pointe en 1983, elle n’a eu de cesse de reculer dans la hiérarchie en deux ans, rattrapée par les démons de la RS01 avant de déposer le bilan fin 1985. Jamais Patrick Tambay n’a eu la même opportunité que Prost dans la Régie Renault, condamné par une voiture trop peu fiable et manquant cruellement de performance, la faute à une organisation partie à vau-l’eau.

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Né avec le rêve de rejoindre Schumacher, Senna ou encore Prost au firmament de la Formule 1, aujourd'hui j'essaie de raconter leur histoire, ainsi que celle de tous les pilotes et de toutes les écuries qui ont fait, font et feront la légende d'un des plus beaux sports du monde.

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