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Les pilotes F1 qui ont brillé ailleurs: Sébastien Bourdais, le rêve américain

Le monde de la Formule 1 n’est pas spécialement réputé pour être tendre envers les pilotes, en particulier s’ils courent en fond de grille. C’est ainsi qu’au fil des années, nombre d’entre eux n’ont pu exprimer leur réel talent au volant d’une F1, faute d’un matériel performant. Mais le monde du sport automobile ne se limite pas à la F1, et bon nombre de pilotes ont pris une éclatante revanche pour devenir des grands de ce monde très sélectif.

A l’image de Yannick Dalmas, né près du circuit du Castellet, Sébastien Bourdais est né à la clinique du Tertre Rouge au Mans en 1979, près du virage éponyme du circuit des 24 Heures du Mans. Entre les 24 Heures et son père Patrick qui a participé plusieurs fois à la classique mancelle, il commence rapidement le karting et obtient de bons résultats au début des années 1990. Passant à la monoplace, il devient vice-champion de Formule Renault en 1997, puis champion de France de F3 deux ans plus tard avant de se lancer en Formule 3000. Initialement vice-champion de la discipline en 2002, il récupère le titre à la suite du déclassement de Tomas Enge, ce dernier ayant été contrôlé positif au cannabis. En parallèle, il court au 24 Heures du Mans en 1999 et 2000, terminant cette année-là quatrième à plus de 20 tours des trois Audi victorieuses.

La Formule 3000 est alors le meilleur tremplin pour accéder à la F1, mais à la suite du retrait d’Arrows courant 2002 et barré par Franck Montagny pour être pilote essayeur chez Renault, les portes lui sont closes. Après avoir pensé au DTM, il décide finalement de participer pour la saison 2003 au championnat américain CART chez Newman/Haas Racing, l’une des plus grosses écuries du championnat. Il impressionne tous les observateurs dès sa première saison en gagnant trois courses et en terminant quatrième du championnat, gagnant le titre de « Rookie of the Year ».

En 2004, le championnat est renommé ChampCar et va durer quatre saisons, de 2004 à 2007. Le point commun de tous ces championnats c’est que le vainqueur se nomme Sébastien Bourdais. Vainqueur de 28 courses en 4 ans, il est tout simplement intouchable et domine ses rivaux les uns après les autres, de Paul Tracy à Oriol Servià en passant par les ex-pilotes F1 Justin Wilson ou Robert Doornbos, en gagnant toujours avec une large avance. Il est le premier pilote à gagner un tel championnat quatre fois de suite, et de telles performances lui ouvrent enfin les portes de la Formule 1.

Le 10 août 2007, Toro Rosso confirme l’engagement du pilote français pour la saison 2008, et il impressionne les observateurs en Australie. Profitant des nombreux abandons, il se retrouve quatrième à deux tours de l’arrivée, tenant tête à Heikki Kovalainen (McLaren) et Fernando Alonso (Renault) depuis une dizaine de tours. Hélas, son moteur Ferrari le lâche et il doit abandonner, marquant cependant les deux points de la septième place. La suite de sa saison est plus discrète, il doit attendre Valence pour atteindre sa première Q3 et retrouver le top 10 en course. En Belgique, la malchance le frappe de nouveau alors qu’il est troisième à l’entame du dernier tour, il est victime de la pluie et ne termine que septième, doublé par Heidfeld et Alonso (en pneus pluie), mais aussi Vettel et Kubica (en pneus pour le sec). A Monza, la panne de son système anti-calage ruine sa course alors qu’il s’était qualifié quatrième, et il termine à deux tours de Vettel qui s’impose. Au Japon, il termine sixième avant de se faire disqualifier pour avoir gêné Massa dans les stands. Sébastien termine cette première saison en F1 avec 4 points, alors qu’il aurait potentiellement pu en marquer 22 (son rythme en Italie aurait pu lui permettre de décrocher le podium), et il est conservé pour la saison 2009.

Hélas, la Toro Rosso STR4 marque le pas, et Bourdais est dominé par son nouvel équipier, Sébastien Buemi. Huitième en Australie alors qu’il était onzième à trois tours du but (accident Kubica-Vettel et disqualification d’Hamilton), il ne score de nouveau qu’à Monaco, terminant huitième après un âpre combat face à Giancarlo Fisichella. Après neuf courses, Toro Rosso le licencie et le remplace par le jeune Jaime Alguersuari.

Il décide donc de se concentrer sur les 24 Heures du Mans et sur le championnat de Superleague Formula, qui fait courir des voitures aux couleurs de grands clubs de football. Il termine trois fois second de l’épreuve mancelle, en 2007 (même si sa 908 s’est arrêtée sur la ligne), en 2009 (à un tour de la voiture victorieuse, la faute à un problème de suspension et à un accrochage), et en 2011 (échouant à 13 petites secondes de l’Audi R18 victorieuse). En Superleague Formula, il gagne deux courses pour le FC Séville en 2009, et une troisième pour l’Olympique Lyonnais en 2010.

En 2011, il revient aux Etats-Unis quatre ans après avoir quitté le ChampCar, cette fois en IndyCar avec le Dale Coyne Racing. Malgré une voiture loin de pouvoir jouer le titre, il ne court que sur les circuits routiers et parvient à signer plusieurs top 10. Il retrouve le chemin du podium en 2013 avec le Dragon Racing, et gagne à Toronto en 2014. Il est victime d’un terrible accident lors des qualifications pour les 500 Miles d’Indianapolis 2017, et rate huit courses le temps de se faire opérer de multiples fractures du bassin ainsi que d’une fracture de la hanche. Après quatre courses, il est huitième du championnat 2019, avec un podium en Alabama. Pendant ce temps, il a réussi à gagner la catégorie GTE Pro au Mans en 2016, sur une Ford GT.

Les Etats-Unis furent clairement le terrain de jeu favori de Sébastien Bourdais. Malgré une carrière F1 clairement indigne de son talent, il aura su briller outre-Atlantique, à l’instar de ses compatriotes Nelson Philippe et Simon Pagenaud (seul Français à être devenu champion d’IndyCar), entre ses titres en ChampCar et ses performances en IndyCar. L’enfant du Mans n’a cependant toujours pas inscrit son nom au palmarès de la classique mancelle, malgré trois secondes places.

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Né avec le rêve de rejoindre Schumacher, Senna ou encore Prost au firmament de la Formule 1, aujourd'hui j'essaie de raconter leur histoire, ainsi que celle de tous les pilotes et de toutes les écuries qui ont fait, font et feront la légende d'un des plus beaux sports du monde.

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