Formule 1,  Séries

Les Grands Prix de folie : Belgique 1998, Schumachergate et Jordan

Le dernier Grand Prix d’Allemagne nous a démontré que même en 2019, des courses totalement débridées où tout le monde peut gagner existent encore. Retour ce mois-ci sur quelques courses au scénario dingue, et qui n’ont rien à envier au niveau du spectacle ou du suspense.

Ce Grand Prix de Belgique 1998 est le plus fou qui se soit déroulé dans les Ardennes belges. Et pourtant, rien ne prédisposait cette épreuve, la 13ème du championnat 1998 à rentrer dans l’histoire de façon aussi fracassante.

À quatre épreuves de la fin, le duel Häkkinen-Schumacher fait rage et tourne pour le moment à l’avantage du Finlandais, qui compte sept points d’avance sur le Kaiser (77 à 70). Coulthard est relégué à 29 points et Irvine à 37, preuve de la domination des deux champions. Les qualifications disputées sur le sec offrent la première ligne aux McLaren, Häkkinen prend la pole devant Coulthard, Hill sur sa Jordan, Schumacher sur la meilleure Ferrari, Irvine et Villeneuve. Mais la célèbre météo belge va s’inviter à la fête le dimanche…

C’est un déluge biblique qui s’abat sur le toboggan des Ardennes sur les coups de 14 heures, et après moult discussions, le départ est donné normalement, donnant notamment un avantage au maître de la pluie qu’est Michael Schumacher. Les voitures s’élancent, et David Coulthard part à la faute à la sortie de la Source… Il tape le mur, revient sur la piste et provoque le pire carambolage de l’histoire de la Formule 1. Ce ne sont pas moins de 13 voitures qui vont être impliquées dans ce qui n’apparaît que comme un déluge de monoplaces détruites glissant jusqu’à l’Eau Rouge. Les débris divers volent en tous sens, et la course est logiquement interrompue après pareil cataclysme.

Miraculeusement, aucun blessé n’est à déplorer dans la catastrophe, qui aurait réellement pu virer au drame tant le nombre de voitures impliquées fut important. Un nouveau départ est donc donné une bonne heure plus tard, avec seulement 18 voitures. Faute de mulet disponible, Rosset, Barrichello, Panis et Salo restent sur le carreau et vont regarder la course depuis les stands. Le départ est donné, et nouvelle surprise, puisque Damon Hill prend la tête avec sa Jordan ! Derrière, Schumacher et Häkkinen se touchent, et la McLaren est percutée par la Sauber d’Herbert, achevant la course des deux pilotes. Avec Wurz qui finit également dans le mur, il ne reste plus que 15 voitures. Hill est en tête devant Schumacher, Irvine, Alesi, Villeneuve et Frentzen. La safety car est sort pour les deux premiers tours avant de relâcher la meute.

Au huitième tour, Schumacher trouve enfin la faille sur Hill et le maître de la pluie qu’il est se met en marche. Il colle ainsi trois secondes au tour minimum à tout le monde et ridiculise la concurrence, qui se contente de faire de la figuration. Hill garde cependant sa seconde place devant Ralf Schumacher, troisième depuis le 17ème tour, Alesi, Frentzen et Irvine. Le Kaiser est en position idéale pour reprendre la tête du championnat, mais vient alors ce fameux 25ème tour…

Coulthard navigue en fond de classement avec son mulet tant et si bien qu’il n’est que 9ème grâce aux nombreux abandons, et il ne devance que Trulli et Nakano. Il est si largué qu’il est sur le point de se prendre un tour par Schumacheret Jean Todt part au stand McLaren pour s’assurer que l’Ecossais sera fair-play avec Schumi. Mais en piste, l’incroyable se produit : Coulthard rate sa manœuvre pour s’écarte, et le pilote Ferrari le percute de plein fouet, y laissant son aileron avant et sa roue avant-droite tandis que la McLaren se retrouve sans aileron arrière. Il faut toute l’adresse de Schumacher pour ramener sa Ferrari blessée aux stands, voyant une victoire facile partir en fumée.

Furieux, il sort de sa voiture et part en direction du stand McLaren, bien décidé à expliquer sa façon de penser à Coulthard. Le ton monte rapidement, et seule l’intervention des mécaniciens des deux écuries empêche l’Allemand de coller son poing dans la figure de l’Ecossais. Dans le même temps, Irvine sur l’autre Ferrari abandonne après être parti à la faute. Et Fisichella percute Nakano en voulant lui prendre un tour. Comme Schumacher, l’Italien abandonne, alors que comme Coulthard, le Japonais fait réparer sa Minardi pour espérer grapiller un point si jamais la casse se poursuit.

La safety car revient de nouveau en piste pour apaiser les esprits et regrouper tout le monde, soit huit voitures dont deux reléguées à cinq tours de la tête. Eddie Jordan n’en revient pas, Hill est en tête devant Schumacher ! Suivent ensuite Alesi sur sa Sauber, la Williams de Frentzen, et Diniz dont l’Arrows est toujours en piste. Trulli est sixième et dans les points, mais à deux tours du top 5. Il compte trois tours d’avance sur Coulthard et Nakano, repartis une fois leurs ailerons arrière réparés.

La safety car s’efface pour le dernier quart de course, et Eddie Jordan décide de geler les positions en tête de course, conscient qu’il n’obtiendra pas un tel résultat à tous les Grands Prix. Sûrement échaudés par ce scénario à peine croyable, les pilotes vont se suivre jusqu’à l’arrivée, et le classement obtenu sous la safety car après l’accident de Fisichella sera le classement final.

Damon Hill gagne son 22ème Grand Prix en carrière et signe son 42ème podium, qui sera son dernier avant sa retraite fin 1999. Il s’agit également de la première des quatre victoires de l’écurie irlandaise, et par la même occasion, de son seul doublé. Ralf Schumacher signe son second podium en carrière et à ce moment son meilleur résultat en F1 (il gagnera six courses au total). Troisième, Jean Alesi termine pour la 32ème et dernière fois sur un podium. Il faudra attendre le Grand Prix de Barheïn 2012 et Romain Grosjean pour retrouver un pilote français sur un podium dans la discipline.

Bien évidemment, rien ne change au championnat à la satisfaction d’Häkkinen, que Coulthard a sauvé bien malgré lui. Les deux hommes s’expliqueront quelques années plus tard à propos de l’accident, l’Ecossais reconnaissant qu’il avait commis une grave erreur tandis que l’Allemand assume d’avoir surréagi et affirme avoir pardonné à Coulthard. Le championnat se joue à Suzuka lors de la dernière manche, et voit le Kaiser crever au 32ème tour, offrant à Häkkinen son premier titre de champion du monde.

Avatar

Né avec le rêve de rejoindre Schumacher, Senna ou encore Prost au firmament de la Formule 1, aujourd'hui j'essaie de raconter leur histoire, ainsi que celle de tous les pilotes et de toutes les écuries qui ont fait, font et feront la légende d'un des plus beaux sports du monde.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :