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Les pilotes de l’Est en F1 : Vitaly Petrov, la Russie rentre enfin en F1 !

Si l’URSS et les Etats-Unis se sont concurrencés dans bon nombre de domaines au cours de la Guerre Froide, force est de constater que le sport automobile n’en fait pas partie. S’il y avait bien des championnats en URSS et dans les pays du Pacte de Varsovie, aucune de leurs créations ne pouvait rivaliser avec ce qui se faisait de mieux en Europe. Il faut donc attendre de longues années après la disparition du Rideau de Fer pour voir des pilotes de l’Est arriver en Formule 1. Focus aujourd’hui sur Vitaly Petrov, le premier Russe à avoir piloté dans la discipline.

À l’image des Tchèques, les Russes se sont spécialisés dans le Paris-Dakar en catégorie camions avec en tête de file Vladimir Tchagin et ses fameux Kamaz. Il faut dire qu’en URSS les camions et autres engins conçus pour le chantier ou l’armement étaient mieux conçus que les voitures qui parcouraient ses routes… Mais avec la chute de l’empire soviétique, celle que l’on appelle désormais Russie a peu à peu rattrapé son retard sur l’ancien bloc de l’Ouest, et des pilotes ont commencé à émerger dans diverses disciplines.

Vitaly Petrov fait partie de ceux-là. Né en 1984 à Vyborg dans ce qui est encore l’URSS, il a un parcours atypique comparé à la majorité des pilotes puisqu’il ne vient pas du karting. Il a ainsi débuté sa carrière à seulement 17 ans, alors que la plupart des pilotes de cet âge aspirant à la Formule 1 courent en F3 ou en F4. Il court alors en Russie en coupe Lada, qu’il domine en 2002 en réalisant le Grand Chelem, ce qui attire l’œil de Renault.

Le constructeur français décide de le faire courir en Formule Renault italienne, européenne et dans le championnat hivernal britannique. Ce dernier lui permet de briller quelque peu avec une victoire et une quatrième place finale, alors qu’il n’a signé aucun résultat notable dans les deux autres championnats. Face à cette saison quelque peu compliquée, il prend la décision de revenir en Russie pour courir dans le championnat Lada Révolution. En deux saisons au volant de ces barquettes sportives de 215ch, il finit vice-champion en 2004 puis champion en 2005 avec 10 victoires. Il cumule avec ce championnat celui de Formule 1600 russe qu’il remporte aussi avec cinq victoires, terminant cette saison avec un bilan ô combien brillant au niveau national.

Vitaly Petrov en GP2 en Catalogne en 2009

Pour 2006, Petrov remet le cap sur l’Europe et court cette fois en Euro F3000, après quelques piges en 2003 et 2004. S’il ne remporte pas le titre, il signe malgré tout quatre victoires et signe aussi la pole lors des Masters Internationaux à Brno, sans pouvoir concrétiser en course. Cepandant, la Formule 3000 n’existe plus au niveau international, remplacée par la GP2. Il arrive en fin de saison chez David Price et ne fait pas mieux que 10ème bien qu’il n’abandonne que lors d’une des huit courses qu’il dispute.

Lors des deux années qui suivent, ses performances s’améliorent avec notamment deux victoires en saison régulière, mais il est à chaque fois dominé par ses coéquipiers (l’ex-pilote F1 Giorgio Pantano puis Luca di Grassi) et se fait une réputation de solide numéro deux. Bien décidé à montrer en 2009 qu’il vaut mieux qu’un simple porteur d’eau, il signe un superbe début de saison mais connaît un passage à vide en milieu de saison qui le force à s’incliner face à Nico Hülkenberg pour le titre. Leur rival Romain Grosjean a lui quitté le championnat en cours de saison pour remplacer Nelsinho Piquet chez Renault, limogé faute de résultats. Il faut aussi ajouter à tout ça une participation aux 24 Heures du Mans en 2007, qui se conclut cependant sur un abandon.

Toutefois, ses performances ont démontré qu’il pouvait en toute logique prétendre à un volant en Formule 1. Il est alors le seul Russe à être dans une telle position, seul Mikhaïl Aleshin a également couru en GP2 (4 courses en 2007). Et alors que Campos songe à lui comme pilote pour se lancer en F1, c’est finalement Renault qui comme pour Kubica le rappelle pour le faire courir avec le Polonais pour la saison 2010. Le Russe profite du partenariat signé entre Renault et Genii Capital, qui apporte 15 millions de dollars à l’écurie française pour obtenir ce volant, et rentrer dans l’histoire comme le premier représentant de son pays en Formule 1. Cependant, nombre d’observateurs sont dubitatifs quant à cette titularisation, et nombreux sont ceux qui pensent qu’il va énormément souffrir au cours de cette saison.

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La suite leur donnera globalement raison. Alors que Kubica se bat avec Massa et Rosberg derrière le quintet de tête et monte trois fois sur le podium, Petrov se retrouve englué dans le peloton et ne marque que très peu de points. A quelques exceptions notables, il se qualifie mal la plupart du temps et ne peut donc espérer jouer les points qu’à de rares occasions. Il termine ainsi septième en Chine sous la pluie en ayant notamment dépassé Schumacher, et signe une superbe course en Hongrie. Qualifié septième devant Kubica, il confirme en course et termine cinquième, son meilleur résultat de la saison. Neuvième en Belgique, il commet hélas de nombreuses erreurs ensuite… avant de voir son destin basculer malgré lui à Abu Dhabi lors du dernier Grand Prix.

Il se retrouve en effet malgré lui au milieu de la lutte pour le titre lorsque Webber et Alonso anticipent leurs arrêts aux stands. Les deux pilotes se retrouvent derrière le Russe, mais jamais Alonso ne pourra le dépasser de la course. Petrov termine sixième devant ceux qui étaient alors les leaders du championnat, et offre le titre à Vettel qui s’impose devant Hamilton. Il s’agit à ce jour du dernier Grand Prix disputé sans DRS, qui a été fortement préjudiciable à l’Espagnol qui est resté bloqué toute la course derrière le Russe… De ce résultat naîtra une haine aussi idiote que présente des supporters de l’Espagnol, furieux du comportement de Petrov qui a simplement fait sa course…

Avec seulement 27 points marqués contre 144 pour Kubica, c’est peu dire que Petrov s’est fait laminer. Comme prévu sa saison a été difficile, mais alors qu’il pensait devoir quitter la F1, son pays va ni plus ni moins que lui assurer son avenir. Vladimir Poutine souhaite en effet accueillir un Grand Prix en Russie à compter de 2014 et dans cette situation Petrov devient l’ambassadeur rêvé de ce projet. Il peut remercier Ecclestone d’avoir réalisé un vieux rêve… Ainsi soutenu par le gouvernement russe, ses sponsors et Eric Boullier, il est en toute logique reconduit pour 2011 malgré le rachat de l’écurie par le Groupe Lotus. Mais après le terrible accident de Kubica en rallye, il se retrouve associé à l’ancien coéquipier du Polonais chez BMW Sauber, l’ancien espoir Nick Heidfeld.

La Renault R31, conçue notamment par un certain James Allison a démontré un certain potentiel lors des essais de présaison avec notamment un système d’échappements soufflés. Ces derniers renvoient les gaz expulsés à l’avant du fond plat de la monoplace pour accroître l’appui aérodynamique, et Petrov démontre la performance de la voiture dès le Grand Prix d’Australie. Qualifié sixième, il réalise une superbe course et termine sur le podium à la régulière, le premier d’un Russe en Formule 1. Heidfeld fait de même en Malaisie, mais rapidement la R31 rentre dans le rang. Hormis une cinquième place au Canada, Petrov ne fait pas mieux que huitième, tandis que Heidfeld est limogé à la mi-saison et remplacé par Bruno Senna. Le Russe termine la saison avec 37 points, 3 de plus que Heidfeld qui n’a disputé que 11 courses et ne peut cette fois sauver son baquet.

Il est donc limogé fin 2011, mais ses sponsors attisent les convoitises des écuries de fond de grille. Il est finalement engagé par Catheram, la « moins pire » des trois écuries de remplissage avec Marussia et HRT en lieu et place de Jarno Trulli. Ces trois écuries sont arrivées en 2010 pour remplir la grille, mais sans jamais signer le moindre résultat notable. Et Vitaly Petrov ne pourra rien faire pour changer cela.

Associé à Heikki Kovalainen qui en est à sa troisième saison avec l’écurie, il ne passe jamais en Q2 de toute la saison. Il commet malgré tout aucune erreur en course, avec une non-participation et deux abandons tous liés à des problèmes mécaniques. Son coéquipier finlandais atteint plusieurs fois la Q2 mais ne fait jamais mieux que 13ème en course, là où Petrov va obtenir un résultat décisif au Brésil lors de la dernière course de la saison. Alors qu’il est en chasse de la Marussia de Charles Pic, il profite d’un drapeau bleu brandi pour laisser passer Alonso pour aller chercher le Français et achever la course au 11ème rang, ce qui offre à Catheram sur le fil la 10ème place du championnat constructeurs. 12ème, Charles Pic réalise le meilleur résultat de sa carrière… Avec 39 courses disputées, il est le pilote ayant couru le plus de GP sans signer de top 10.

Malgré cette belle performance, Petrov quitte la Formule 1 fin 2012 pour ne plus y revenir en tant que pilote. Après une expérience peu concluante en DTM, il se reconvertit dans l’endurance avec le SMP Racing et court quatre fois aux 24 Heures du Mans entre 2016 et 2019. Septième et troisième en catégorie LMP2 en 2016, il termine sur le podium en 2019 avec Aleshin et Vandoorne. On le revoit ainsi en Formule 1 lors du Grand Prix du Portugal l’an dernier où il est pressenti pour officier en tant que pilote-référent. Mais après avoir créé la polémique suite à des propos critiquant l’activisme de Lewis Hamilton et associant le logo « We Race As One » à la communauté LGBT, il ne peut finalement assumer ses fonctions. Son père a en effet été retrouvé mort, probablement assassiné et il rentre donc immédiatement en Russie.

Si la Renault R31 avait tenu toutes ses promesses, est-ce que Petrov aurait pu rester avec Renault devenue Lotus ? Si elle peut être posée, cette question semble pouvoir être répondue par la négative. Petrov avait un bon coup de volant et a su briller en quelques occasions, mais a manqué de régularité pour réellement s’imposer en F1. Entre coéquipier largement meilleur et matériel peu performant, il n’a en revanche jamais réellement aidé pour atteindre les sommets d’une discipline aussi exigeante. Il n’en reste pas moins le premier Russe à avoir couru, marqué des points et signé un podium dans la discipline.

Né avec le rêve de rejoindre Schumacher, Senna ou encore Prost au firmament de la Formule 1, aujourd'hui j'essaie de raconter leur histoire, ainsi que celle de tous les pilotes et de toutes les écuries qui ont fait, font et feront la légende d'un des plus beaux sports du monde.

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