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Les présentations de voitures insolites : BAR/Honda, des livrées pour le moins surprenantes

Qui dit mois de février dit lancement des monoplaces pour la nouvelle saison qui arrive. C’est l’occasion de présenter les nouvelles voitures ainsi que les pilotes, avec la livrée qui va avec. Si aujourd’hui la plupart des lancements se font dans la sobriété, certaines écuries ont eu par le passé fait dans l’extravagance ou l’inhabituel. Clap de fin cette semaine avec BAR, totalement rachetée par Honda en 2006.

Les années 90 marquent l’agonie de l’écurie Tyrrell, qui n’est plus que l’ombre d’elle-même. Loin de son passé glorieux avec Stewart, Cevert ou encore Depailler, elle doit ses derniers faits d’armes à Alesi et Blundell, qui reste le dernier pilote à avoir fini sur un podium au volant d’une Tyrrell. En 1997, plusieurs clients à un rachat se proposent, dont Audi qui hésite entre se lancer en F1 ou en Endurance, mais ils se font renvoyer sur les roses par l’oncle Ken. On connaît la suite en Endurance…

C’est finalement Craig Pollock qui rafle la mise pendant cette année 1997. Avec Adrian Reynard et soutenu par British American Tobacco (BAT), il rachète l’écurie pour un montant avoisinant les 300 millions de dollars. Le cigarettier anglais détient ensuite la moitié des parts de l’écurie, laissant 35% à Pollock et le reste à Reynard et Forsythe. Méconnu en Europe, il est le patron de l’écurie d’Indycar éponyme qui a notamment fait courir… Jacques Villeneuve.

Ce dernier rejoint BAR pour ses débuts en 1999, d’autant plus que Pollock est son mentor et ami et que Williams n’est plus que l’ombre de ses succès de l’ère Renault. Le fait que BAT est l’actionnaire majoritaire de l’écurie va l’inciter à prendre une décision plus que surprenante pour son lancement, qui va immédiatement la pousser sur le début de la scène.

Le 6 janvier 1999, la BAR 01 est présentée au public, et les combinaisons des pilotes attirent déjà l’œil des journalistes. Jacques Villeneuve et Ricardo Zonta affichent ainsi deux combinaisons aux couleurs bien différentes… tout comme leurs voitures ! BAT, conscient du fait que chaque écurie engage deux monoplaces, décide ainsi de faire la promotion de ses marques de tabac les plus vendues sur chacune de ses voitures. Villeneuve fait ainsi la promotion de Lucky Strike avec une voiture rouge et blanche aux couleurs du Canada du plus bel effet. Quant à Zonta, sa BAR est elle aux couleurs bleu et or de State Express 555, qui rappelle les heures glorieuses de Subaru et de Colin McRae en WRC.

Bien évidemment, la FIA ne l’entend pas de cette oreille et le fait immédiatement savoir à BAR. Il est clairement stipulé que les deux voitures d’une même écurie doivent avoir une livrée similaire, alors qu’ici les BAR 01 arborent deux schémas de peinture on ne peut plus opposés. Pollock et ses hommes résistent, avant de finalement plier et de trouver une solution intermédiaire. C’est ainsi que pour toute la saison, les monoplaces rouleront avec les couleurs de Lucky Strike d’un côté et de State Express 555 de l’autre, le tout « relié » par une sorte de fermeture éclair…

Le résultat bizarre de cette livrée va se confirmer en piste. Malgré un budget conséquent, jamais Villeneuve ou Zonta ne terminent dans les points même si le Québécois arrive à montrer un rythme intéressant en qualifications. Pour dire, c’est Mika Salo, remplaçant de Zonta pour trois courses qui signe le meilleur résultat de BAR avec une septième place à Saint-Marin… malgré des problèmes électriques en fin de course qui l’ont contraint à l’abandon. Villeneuve aligne ainsi 11 abandons avant de terminer une course !

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Les années passent et les résultats fluctuent, mais l’écurie prend un réel envol en 2003 avec le recrutement de Jenson Button, en provenance de chez Renault. Les résultats décollent enfin, avec de nombreux podiums et un titre de vice-champion du monde des constructeurs en 2004, derrière l’intouchable Ferrari. L’Anglais gagne même sa première course lors du Grand Prix de Hongrie 2006, la seule victoire de cette ère Honda qui a définitivement racheté BAR fin 2005.

Pour la saison 2007, c’est le Musée d’Histoire Naturelle de Londres qui accueille le lancement de la Honda RA107, et la stupeur est de nouveau au rendez-vous. La livrée ne présente aucun sponsor-titre et laisse au contraire la place à une photo de la Terre vue de l’espace, le tout au service de l’environnement. Honda souhaite ainsi mettre l’accent sur la conscience écologique avec une telle livrée, qui cependant empeste le greenwashing à plein nez.

Objectivement, il y a bien meilleur choix pour faire la promotion de la défense de l’environnement qu’une Formule 1. On parle ici de voitures quelque peu hors du temps, alors équipées de moteurs V8 surpuissants et qui sont source de pollution sonore et surtout atmosphérique. Qui plus est, voyager autour du monde implique l’utilisation d’avions, de camions etc. pour tout transporter. Faire la promotion de l’écologie avec un sport qui pour ses détracteurs pollue le monde entier pour faire tourner des voitures en rond est un peu un non-sens total.

Qui plus est, cette Honda RA107 est ratée de A à Z au point que la Super Aguri SA07 (une Honda RA106) est plus rapide et domine l’écurie mère ! Button ne marque que six points tout au long de la saison, tandis que Barrichello fait lui chou blanc pour la première fois de sa carrière… Button dira même : « Je courais avec le numéro 7. Eh bien, j’ai compris cette saison-là qu’aucun chiffre ne porte chance ! Au moins, nous sauvions la planète », signe des faibles performances de la voiture.

Honda se retire fin 2008 après une nouvelle saison ratée, seulement sauvée par un podium de Barrichello sous la pluie de Silverstone. L’écurie devient Brawn GP en 2009 et roule sur le championnat à la surprise générale, tandis que Button devient champion du monde pour la seule fois de sa carrière. Rachetée par Mercedes en 2010, elle écrase la concurrence (pour peu qu’elle existe) depuis désormais sept ans.

Deux histoires de livrées ont permis à BAR puis Honda de se démarquer de la masse. Cependant, ces histoires ont coïncidé avec un niveau de performances pour le moins désastreux à chaque fois. BAR reste la preuve que de l’argent seul ne suffit pas à offrir un niveau de performance suffisant pour jouer la gagne, voire rejoindre l’arrivée. Il n’en reste pas moins de l’écurie deux livrées chacune mémorables à leur façon.

Fondatrice et rédactrice en chef. Amoureuse de la course et du journalisme depuis des années, le ronronnement des moteurs m'a bercée depuis ma plus tendre enfance et rythme mon quotidien. F1nal Lap a pour but de rapprocher les amoureux de la F1 au plus près du Paddock au travers d'un contenu original et recherché. F1nal Lap, la F1 comme vous ne l'avez jamais vue !

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