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Nostalgie Australie : 1996, entre accidents et révélations

Depuis 1996, le Grand Prix d’Australie est celui qui inaugure traditionnellement la saison de Formule 1. Seul le Covid-19 et les Jeux du Commonwealth en 2006 lui ont empêché d’assumer ce statut. Disputé depuis cette date à Melbourne, il a offert des courses parfois ennuyeuses, parfois riches en rebondissements. Retour sur le cru 1996, avec la révélation d’un jeune Québécois au nom évocateur, venu tout droit de l’IndyCar…

En ce début d’année 1996, deux transferts accaparent toute l’attention des journalistes et des passionnés. Le premier est celui de Michael Schumacher de Benetton chez Ferrari. Considéré comme le meilleur pilote du monde et double champion du monde en titre, il a été recruté à prix d’or par la Scuderia qui veut en faire son fer de lance. Jean Todt, le patron cantalien des Rouges a été clair à ce sujet : Ferrari doit le recruter si elle veut retrouver sa gloire d’antan. Bien évidemment, un tel pilote ne peut être que flanqué d’un « porteur d’eau », et étonnamment c’est Eddie Irvine qui est recruté à ce poste. Le Nord-Irlandais a visiblement accepté de faire le dos rond pour courir chez Ferrari, alors qu’il est réputé pour son caractère assez marqué. Ayrton Senna en avait l’expérience au Japon en 1993…

Mais l’autre attraction du début de saison est à chercher du côté de Williams, avec un nom mythique de retour. Près de 14 ans après la mort de son père à Zolder, Jacques Villeneuve débarque dans la discipline reine du sport automobile. Auteur d’excellents chronos en essais privés, il va essayer de confirmer ses excellentes performances outre-Atlantique. Il est ainsi le vainqueur en titre des 500 Miles d’Indianapolis… viserait-il la mythique Triple Couronne ? Il fait donc équipe avec Damon Hill, qui rempile pour sa quatrième saison dans l’écurie de Grove. Après une campagne 1995 décevante, il doit absolument se racheter d’autant plus que sa Williams FW18 semble être et de loin la meilleure monoplace du plateau.

Une autre bonne nouvelle est le retour de Mika Häkkinen chez McLaren, après son terrible accident d’Adélaïde en novembre dernier. Sauvé par le sang-froid de Sid Watkins, il est revenu d’entre les morts pour reprendre le volant d’une Formule 1. S’il est littéralement couvé par Ron Dennis et son agent Didier Cotton pour éviter toute intrusion, il se révèle performant dès ses premiers tours de roue. Un véritable miracle quand on sait ce qu’il a dû traverser, et il se révèle plus chanceux que Wendlinger qui n’avait jamais retrouvé son niveau d’avant Monaco 1994.

Dès les essais, Villeneuve fait taire les derniers sceptiques et montre qu’il ne sera pas le second de Hill. Ses ambitions sont claires : gagner et pourquoi pas jouer le titre dès sa première saison. Aux avant-postes dès les essais, il signe la première pole de la saison devant Damon Hill. C’est la première fois depuis Mario Andretti lors du Grand Prix des Etats-Unis en 1968 qu’un rookie signe la pole pour sa première course ! En deuxième ligne, Irvine surprend aussi en devançant Schumacher qui n’a pas été épargné par les problèmes. Häkkinen lui est cinquième devant les Benetton, qui avec Alesi et Berger vont avoir du mal à conserver leurs couronnes…

Le départ est donné, et Villeneuve garde la tête au prix d’un superbe envol, alors que les Ferrari passent Hill. Mais derrière, un carambolage se crée et oblige la direction de course à brandir le drapeau rouge. Surpris par un accrochage entre Coulthard et Herbert devant lui, Brundle décolle sur leurs voitures et pulvérise sa Jordan-Peugeot dans le mur. La monoplace irlandaise finit coupée en deux au niveau du moteur, complètement détruite… mais Brundle est lui indemne. Mieux encore, en dur au mal qu’il est, il court vers les stands et pourra prendre le second départ avec l’aval de Sid Watkins. Derek Warwick n’aurait pas renié un tel courage…

Un deuxième départ est donné, mais cette fois Hill contient les Ferrari tandis qu’Alesi prend la cinquième place. Dans le tour suivant, Irvine assume son statut de numéro 2 et laisse passer Schumacher, tandis que Brundle part en tête à queue et cale, ce qui le contraint à abandonner. La course se calme rapidement et rien ne se passe à l’avant du peloton jusqu’au 10ème tour. Emporté par sa fougue, Alesi tente une manœuvre osée sur Irvine pour reprendre la quatrième place dans le troisième virage. Hélas, il part de si loin qu’il se rate et percute le train arrière de la Ferrari avec son ponton gauche, le contraignant à l’abandon.

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En tête, c’est un petit train qui s’est formé avec Villeneuve qui se maintient en tête devant Hill et Schumacher. Ces trois-là sont roues dans roues depuis une quinzaine de tours, et l’Allemand est le premier à s’arrêter dans le 19ème tour pour effectuer le premier de ses deux arrêts. Les Williams restent en piste car sur une stratégie à un seul arrêt, et la situation s’anime enfin dans le 33ème tour.

Villeneuve s’est arrêté quatre tours plus tôt et compte près de 40 secondes de retard sur Hill. L’Anglais s’arrête dans ce tour mais ne repart qu’au bout de 18 longues secondes. Il est immédiatement repassé par son coéquipier québécois, qui n’hésite pas à prendre tous les risques pour rester devant ! Derrière, c’est la soupe à la grimace pour Ferrari : Schumacher abandonne suite à un problème de freins. Williams n’a plus rien à craindre du reste du peloton désormais…

Mais dans les derniers tours de course, la situation semble se gâter pour Villeneuve. Alors qu’il est toujours en tête devant Hill, ce dernier reçoit de l’huile sur son casque, provenant du V10 Renault de son coéquipier. Auteur d’une magnifique course jusqu’ici, le fils du grand Gilles doit laisser passer Hill à quelques tours de l’arrivée pour ménager son moteur et sauver un doublé Williams. Avec une minute d’avance sur Irvine, il peut conduire à sa main pour ramener sa monoplace blessée à l’arrivée. Il ne rejoindra pas cependant Giancarlo Baghetti dans la légende de la Formule 1. Le pilote italien reste ainsi le seul à avoir gagné son premier Grand Prix pour sa première participation en championnat du monde (en dehors de Farina qui avait gagné à Silverstone en 1950).

Damon Hill remporte donc ce premier Grand Prix de la saison devant Jacques Villeneuve. Ce dernier a démontré qu’il est un futur champion du monde en puissance avec cette superbe performance, seulement trahi par une durite d’huile. Il sera ainsi à surveiller toute la saison. Preuve de son exploit, tout le Québec l’a adopté comme nouveau héros national, comme le fut son père Gilles de son temps chez Ferrari. Justement, la Scuderia a montré un niveau de performance intéressant vu que Schumacher a pu suivre les Williams en début de course. Irvine signe son premier podium pour les Rouges… sans savoir qu’il ne fera jamais aussi bien de toute la saison. Cette première course de la saison va hélas se répéter bien souvent tout au long de cette année 1996, avec des Williams presque toujours intouchables.

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Né avec le rêve de rejoindre Schumacher, Senna ou encore Prost au firmament de la Formule 1, aujourd'hui j'essaie de raconter leur histoire, ainsi que celle de tous les pilotes et de toutes les écuries qui ont fait, font et feront la légende d'un des plus beaux sports du monde.

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