Au volant des courses,  Formule 1

GP d’Emilie-Romagne : Lewis Hamilton, comment tout avoir, jusqu’à la chance

Pour cette seconde manche de la saison, la Formule 1 se déplace sur le tracé d’Imola, qui semble acter son retour définitif dans le calendrier de la discipline. Entre des qualifications serrées et une course en partie disputée sous la pluie, les rebondissements ont été nombreux. Et au milieu de cette cohue, un pilote a fait la différence de façon notable : Max Verstappen. Le Hollandais volant a été intouchable dans cette course, dominateur de bout en bout… mais Hamilton derrière lui a encore aligné les astres.

Alors que le monde et surtout l’Europe affronte une troisième vague de Covid-19 (à se demander si ce cauchemar prendra fin un jour), plusieurs Grand Prix ont été reportés, voire possiblement annulés. Avec des dates par conséquent laissées vacantes, certaines pistes ont sauté sur l’occasion dont celle d’Imola. Après une édition 2020 riche en rebondissements malgré un nombre de dépassements très faibles, elle accueille de nouveau la Formule 1, après avoir quitté le calendrier après la saison 2006.

Si cette piste est une référence en matière de pilotage, le spectacle est parfois aux abonnés absents tant les dépassements y sont difficiles. Ainsi en 2005, un seul dépassement a été enregistré sur toute la course ! Et ce n’était pas Michael Schumacher sur Fernando Alonso, l’Espagnol résistant à ce qui aurait pu être la seule victoire de l’Allemand à la régulière cette saison. Hamilton reste ainsi le vainqueur en titre, et devrait se battre face à Verstappen pour garder sa couronne.

Les essais sont marqués par des annulations de temps par dizaines, parfois pour quelques millimètres derrière la ligne notamment au virage 9, celui de Piratella. Pendant ce temps, Mazepin continue son apprentissage compliqué de la Formule 1 avec deux tête-à-queue lors de la première séance d’essais, au tout début et à la toute fin. Une tradition désormais… Verstappen lui sort les crocs et se place régulièrement à l’avant des diverses sessions d’essais libres, assumant son statut de favori.

Les qualifications se révèlent plus que serrées, et notre rookie russe se fait une fois de plus remarquer en Q1. Manquant de temps, il dépasse Giovinazzi et l’empêche de réaliser un tour rapide, l’éliminant de facto… Tsunoda lui se met dans le mur à la Variante Alta et se voit contraint de partir dernier. Les Williams elles passent en Q2, et Russell manque de peu de passer en Q3, qu’il rate d’un dixième seulement ! Latifi lui se qualifie 14ème, son meilleur résultat dans l’exercice. La bataille pour la pole est impressionnante d’intensité et Hamilton triomphe de nouveau, avec moins d’un dixième d’avance sur Pérez qui signe la meilleure qualification de sa carrière et Verstappen. Les huit premiers se tiennent en 487 millièmes, la Q3 la plus serrée depuis 2012 ! Norris voit son dernier tour annulé alors qu’il aurait pu être troisième sur la grille et se retrouve septième… devant Bottas qui signe une qualification bien décevante.

Mais le cœur de bien des suiveurs de la discipline chavire peu avant le départ, car de la pluie s’est abattue sur le circuit ! Max Verstappen devient alors l’un des favoris étant donné son aisance dans des conditions difficiles, tandis que le spectacle promet d’être au rendez-vous. Ainsi, Alonso tape le mur dans son tour de sortie, avant même de rejoindre la grille… Si la plupart des pilotes partent en pneus intermédiaires, Gasly et les Haas tentent le pari des maxi-pluie.

Et le spectacle ne fait que commencer. Verstappen confirme son surnom de Hollandais Volant en réalisant un superbe départ et en prenant la tête des opérations, non sans un petit contact avec Hamilton. Cependant, la voiture de sécurité est rapidement de sortie car Latifi a détruit sa voiture dans la montée vers la Variante Alta après un contact avec Mazepin. Le Russe n’y est cependant pour rien : la Canadien venait de repartir après s’être loupé à Acqua Minerale et s’est rabattu sur la Haas qui ne pouvait l’éviter…

Un tour plus tard, c’est l’autre Haas de Mick Schumacher qui est vue en tête-à-queue devant la sortie des stands. Le jeune Allemand a perdu le contrôle de sa monoplace en chauffant ses gommes et a laissé son aileron contre le mur. Ironie du sort, il doit parcourir deux tours avant de pouvoir rentrer aux stands pour réparer, ces derniers étant fermés à cause de ces dits débris… Il repart donc très loin d’un peloton qu’il n’aurait jamais pu suivre à la régulière.

La voiture de sécurité s’efface à la fin du sixième tour, et Verstappen fait immédiatement le trou en tête de course devant Hamilton et un surprenant Leclerc, qui a réussi à se défaire de Pérez. On retrouve ensuite Ricciardo, Gasly avec ses pneus pluie, Stroll et Sainz qui ont chacun gagné trois places, Norris, Bottas toujours autant à la traîne et un surprenant Russell. Qui plus est, Gasly dégringole au classement à cause de son mauvais choix de pneus mais persiste plusieurs tours avant de passer les intermédiaires et de repartir… derrière Schumacher. Il nous aura malgré tout offert une superbe bataille après le restart avec Norris et Sainz, qui eux se maintiennent aux avant-postes.

Rien de particulier n’est à signaler dans les tours suivants, si ce n’est la consigne d’équipe de McLaren dans le 17ème tour. Plus rapide que Ricciardo, Norris obtient de l’équipe le droit de le dépasser, et réalise rapidement une bonne opération en s’envolant devant son coéquipier australien. Devant, l’écart est fluctuant entre Verstappen et Hamilton qui jouent plus ou moins à l’élastique. Ainsi ce dernier varie d’autant plus lorsque les deux leaders tombent sur les retardataires et que la course sombre dans la torpeur…

Vers la mi-course, les pilotes commencent à tous passer les slicks mais le classement ne bouge pas, Verstappen reste en tête devant Hamilton et Leclerc tandis que Pérez subit sa pénalité pour avoir dépassé sous voiture de sécurité. Et à ce moment-là, il est compliqué de s’y retrouver puisque tout le monde est plus ou moins au même endroit sur la piste. C’est alors que dans le 31ème tour, l’impensable se produit…

En essayant de prendre un tour à George Russell, Lewis Hamilton se rate à Tosa, glisse et finit dans le bac à graviers, avant de se bloquer contre le mur de pneus ! Il met ainsi plus d’une minute à se sortir de ce pétrin en revenant sur la piste en marche arrière, ce qui est normalement interdit (bien qu’il ne revienne pas sur la trajectoire de course), et repart en septième position avec un aileron avant de guingois. Mais comme tout le monde le sait, la chance va lui permettre d’effacer cette erreur…

Alors qu’il revient aux stands, un énorme accident provoque l’entrée en piste de la voiture de sécurité. Les voitures de Russell et de Bottas gisent dans le bac à graviers de Tamburello, détruites. En revoyant les images, Bottas semble tasser quelque peu Russell qui essayait de le dépasser, et lui rouvre la porte trop tard : déséquilibrée sur l’herbe, la Williams se met à l’équerre et percute la Mercedes, terminant la course des deux pilotes. Après coup, Russell exprime sa façon de penser à Bottas, en lui assénant une claque tandis que Bottas lui répond par un doigt d’honneur… Les mauvaises langues pourront prétexter avec une bonne dose de mauvaise foi que Bottas, auteur d’une course insipide aurait vu là une opportunité d’aider Hamilton et de ne pas subir l’affront de se faire doubler par une Williams, qui plus est celle de son possible successeur. Plus sérieusement, cet accident reste un fait de course mais provoque un drapeau rouge, qui remet donc les écarts à 0. Une aubaine donc pour Hamilton, qui passe de perdre plus d’une minute à seulement perdre quelques places…

La course est relancée après 20 minutes d’interruption sous régime de départ lancé, et Verstappen s’envole immédiatement pour ne plus être rejoint, profitant d’avoir le champ libre. Il se défait rapidement d’un Norris survolté, qui a tenté le pari des pneus tendres et contient les deux Ferrari. Derrière, Tsunoda qui était remonté dans le top 10 sort de la piste à Tamburello et dégringole en fond de classement, tout comme Pérez trois tours plus tard qui perd le bénéfice de sa quatrième place. Avec l’erreur de Räikkönen derrière la voiture de sécurité, Hamilton est déjà septième et entame sa remontée… mais le DRS va clairement lui donner un côté mécanique.

Ainsi aidé par son aileron arrière mobile et la meilleure voiture du plateau, il écœure adversaires et téléspectateurs en réduisant le reste du peloton à de vulgaires chicanes mobiles. Il dépasse tour après tour Stroll, Ricciardo, Sainz, Leclerc et Norris sans avoir à fournir le moindre effort. Le mode opératoire est à chaque fois le même : DRS dans la ligne droite des stands et il dépose son adversaire à Tamburello. Aucune émotion, aucun combat, le roi Hamilton fait s’incliner un à un ses sujets qui auraient eu l’outrecuidance d’oser se battre contre lui. Norris résiste pendant quatre tours mais rien n’y fait, lui aussi doit céder face à son compatriote qui donne l’illusion de jouer à F1 2020 avec une difficulté assez faible…

Heureusement pour le suspense, Max Verstappen remporte sa première victoire de la saison et brise le mauvais œil qui planait sur lui en Italie. Il restait sur trois abandons lors des trois manches italiennes l’année précédente… Il devance donc Hamilton qui a réussi à sauver les meubles ainsi que Norris qui signe un superbe podium, le deuxième de sa carrière. Leclerc et Sainz complètent le top 5 avec leurs Ferrari, devançant Ricciardo, Stroll, un Gasly revenu de nulle part, Räikkönen et Ocon, ces trois derniers marquant leurs premiers points de la saison. Mais après la course, Räikkönen se voit pénalisé de 30 secondes pour ne pas être passé par les stands après son erreur derrière la voiture de sécurité. Ocon passe donc neuvième devant Alonso. Au championnat, Hamilton garde la tête pour un point grâce à son meilleur tour en course face à Verstappen, tandis que Norris est troisième devant Leclerc, Bottas et Sainz.

La chance : il en faut toujours une dose pour remporter un championnat du monde, et Hamilton en a fait la démonstration aujourd’hui. Sa deuxième place tient pour beaucoup à l’accident entre Bottas et Russell qui a sauvé sa peau en annulant les écarts, sans quoi il n’aurait pas pu remonter si haut dans la hiérarchie. Il démontre également que sa voiture lui permet d’exprimer tout son talent au volant, en atteste la course à oublier de Bottas qui a réussi à se mettre dans le mur avec Russell… qui allait le dépasser avec la seconde plus mauvaise monoplace du plateau !

Mais ce qui peut écœurer le plus certains fans est la facilité avec laquelle le Britannique est remonté dans la hiérarchie en fin de course. Nous voilà revenus aux grandes années Vettel ou Schumacher, où même rejetés en fond de classement, ils arrivaient à revenir aux avant-postes grâce à leur talent, leur voiture et aussi parfois une bonne dose de chance. Les vraies contre-performances d’Hamilton sont ainsi extrêmement rares et le rendent presque invincible, et cela dure depuis 2014. Ainsi, seul son titre de 2008 a été réellement disputé du début à la fin, avec un final en apothéose au Brésil qui représente le paroxysme de l’émotion que peut procurer la discipline. Rosberg doit son titre en 2016 à une casse moteur d’Hamilton en Malaisie, et depuis rien ni personne ne peut l’empêcher d’être sacré chaque année.

Vettel et Ferrari n’ont pas tenu la distance en 2017 et 2018, Bottas n’est autre qu’un nouveau Barrichello incapable de se mettre au même niveau comme l’a fait Rosberg, et aucune écurie ne pouvait réellement rivaliser avec Mercedes sur toute une saison. Toutefois, Max Verstappen semble avoir une voiture avec laquelle il peut malmener voire dominer les Flèches d’Argent, et Dieu sait à quel point cela serait salvateur pour la discipline. Mercedes écrase sans partage la discipline depuis 2014 et l’introduction du V6 hybride, et réduit l’intérêt de la discipline depuis 2017, et notamment ces deux dernières années aux intenses et passionnantes batailles en milieu de peloton. Et jamais Vettel ou Schumacher n’ont connu quatre saisons consécutives de domination absolue comme Hamilton, il suffit de regarder les saisons 2000, 2003, 2010 et 2012 pour s’en convaincre… Reste à espérer que le règlement 2022 rabattra les cartes et donnera une chance à d’autres équipes et d’autres pilotes de se montrer en haut des classements.

Né avec le rêve de rejoindre Schumacher, Senna ou encore Prost au firmament de la Formule 1, aujourd'hui j'essaie de raconter leur histoire, ainsi que celle de tous les pilotes et de toutes les écuries qui ont fait, font et feront la légende d'un des plus beaux sports du monde.

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