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SÉRIE – Les circuits urbains américains : Long Beach, le « Monaco américain »

C’est une annonce qui fait grand bruit ce vendredi 2 octobre, Red Bull et AlphaTauri vont devoir se mettre rapidement à la recherche d’un motoriste. Honda quittera la F1 à la fin de la saison 2021 et ne souhaite donc pas s’engager dans la nouvelle ère de la Formule 1 à partir de 2022.

Les Etats-Unis sont depuis fort longtemps une destination convoitée par Bernie Ecclestone. Celui qui est déjà au milieu des années 70 le président de la Formula One Constructors Association (FOCA) lorgne sur le juteux marché américain. Il sait que le sport automobile connaît un succès fou outre-Atlantique, mais les Américains plébiscitent largement la Nascar et l’USAC (actuelle IndyCar). La Formule 1 n’y est pas aussi populaire malgré la présence d’un Grand Prix à Watkins Glen depuis plus d’une dizaine d’années.

C’est alors qu’une idée va germer dans l’esprit de l’homme d’affaires anglais Chris Pook. Lui qui rêve de créer une épreuve se rapprochant de Monaco mais aux Etats-Unis décide de lancer son aventure dans le port de Long Beach, situé à 30 km seulement de Los Angeles. Le résultat final donne des appréciations divergentes, la piste entourée de blocs de béton étant constituée de deux épingles qui lancent et concluent une longue pleine charge.

La piste a été inaugurée en 1975 avec une course de F5000, remportée par Brian Redman. Conscients des retombées économiques possibles, Ecclestone et la F1CA (ancêtre de la FIA) soutiennent financièrement le projet, et décident d’y envoyer la Formule 1 dès 1976. Le Grand Prix est alors nommé « Grand Prix des Etats-Unis Ouest » (puisque couru en Californie). L’épreuve de Watkins Glen, disputée au nord-ouest de New York devient alors le « Grand Prix des Etats-Unis Est ». Disputée en début de saison, elle ne sera jamais directement décisive dans l’attribution du titre mondial.

Pook décide de marquer le coup pour ce premier Grand Prix puisqu’il organise une course « rétro » avec nombre de grands noms de la discipline. Plusieurs champions du monde (Hill, Hulme, Brabham et même Fangio) ainsi que Gurney sont de la partie. Sur la piste, c’est Ferrari qui réalise une opération presque parfaite avec un doublé. Presque, car Lauda est second derrière Regazzoni, tandis que Hunt se fait sèchement reprendre par les pontes de McLaren. Après un accrochage avec Depailler, il a abandonné sa voiture sous le coup de la colère… alors qu’elle pouvait toujours courir ! Et on parle d’un pilote qui compte jouer le titre mondial…

L’édition 1977 est disputée sur le même tracé mais sous des auspices bien plus sombres, car deux pilotes ont perdu la vie entre ce Grand Prix et le précédent en Afrique du Sud. Alors que Tom Pryce avait été tué dans un accident aussi horrible que stupide, Carlos Pace est lui décédé dans un accident d’avion deux semaines avant la course. Le sport doit continuer malgré tout, et cette épreuve a failli ne pas avoir lieu suite au report du Grand Prix du Japon. Ceci a provoqué l’explosion des coûts de transport qui devaient être partagés entre Japonais et Américains. Pour la première fois de l’histoire, un Américain gagne à domicile en Formule 1. Enfin, presque américain puisque le vainqueur se nomme Mario Andretti, et s’il est bien américain, il est en revanche né en Italie. A noter également les débuts d’ATS, avec une sixième place acquise par Jean-Pierre Jarier. Une écurie prometteuse, mais au patron absolument irascible en la personne de Günther Schmidt.

Pour 1978, la ligne de départ est déplacée dans la pleine charge entre le Gazomet et l’épingle du Queen’s, nommée ainsi en l’honneur du paquebot Queen’s Mary amarré dans le port. Les pilotes sont derrière ce changement, afin de réduire le nombre d’accidents au départ. La course est un véritable succès : Pook a signé un juteux contrat avec la CBS, et ce sont pas moins de 1000 caméras qui filment la course ! Sur la piste, Andretti ne réitère pas son exploit de l’année précédente malgré une Lotus 79 supérieure à la concurrence. Il termine second derrière un Reutemann retrouvé après une saison 1977 compliquée face à Lauda. Il a profité de l’inexpérience de Villeneuve, parti à la faute à la mi-course alors qu’il menait la course.

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Ce même Villeneuve se rattrape magistralement lors de l’édition 1979 au volant d’une Ferrari 312 T4 dominatrice. Pole position, victoire, meilleur tour en course et tous les tours en tête : le Québécois réalise le seul Grand Chelem (et même le seul hat-trick) de sa carrière. Il commet cependant une bourde au départ qui lui vaut une amende salée… 

Bis repetita en 1980 pour le scénario du Grand Chelem, mais c’est cette fois le jeune Nelson Piquet qui en est l’auteur. Sa performance est d’autant plus incroyable que le Carioca signait là sa première pole position et sa première victoire ! Mais cet exploit est hélas éclipsé par le terrible accident dont a été victime Clay Regazzoni. Privé de freins à plus de 290 km/h au bout de Shoreline Drive, le Suisse termine sa course dans les blocs de béton après avoir percuté la Brabham de Zunino pour essayer de se ralentir. Sous la violence du choc, l’Ensign est pliée en deux, et des blocs de béton de quatre tonnes sont projetés à deux mètres de l’impact ! Gravement blessé mais vivant, Regazzoni restera paraplégique des suites de ce crash.

Colin Chapman défraie la chronique pour l’édition 1981, qui ouvre la saison. L’Anglais amène ici sa nouvelle création, la Lotus 88 à double châssis. L’idée est simple sur le papier : un premier châssis soutient tous les éléments essentiels de la voiture (moteur, coque, trains roulants, etc.) tandis que le second porte la carrosserie, les pontons et des ressorts rigides pour supporter la charge aérodynamique. Les deux parties sont reliées par des ressorts souples qui permettent au second châssis de monter et descendre pour exploiter l’effet de sol de façon optimale.

La voiture scandalise une grande majorité d’écuries, conscientes du danger financier que représente une telle voiture. Si elle venait à courir, le double châssis deviendrait une norme et engendrerait de lourds coûts de développement. Finalement refusée sur la grille face à l’hostilité de ses adversaires, la 88 ne courra jamais en F1. Elle manquait en réalité de mise au point et n’aurait pas pu être performante, la faute à un comportement bien trop erratique. En piste, Patrese signe la pole à la surprise générale, mais trahi par son moteur il ne verra pas l’arrivée. Jones gagne devant Reutemann et Piquet… soit l’ordre du championnat 1980.

Le circuit arbore un nouveau visage pour la saison 1982, avec un tracé resurfacé et redessiné. Il est sensiblement moins rapide que le précédent et jugé moins intéressant par les pilotes. Pendant ce temps, une querelle politique oppose Ecclestone et Balestre sur le règlement technique : le Français veut bannir l’effet de sol au profit des turbos pour 1983, alors que le Grand Argentier veut lui préserver les V8 Cosworth des « garagistes » britanniques… Furieux de l’installation d’une chicane dans la pleine charge, les pontes de Ferrari font courir les 126 C2 avec deux ailerons arrière mis bout à bout. Une véritable cour de récréation… Sur la piste, c’est le revenant Lauda qui s’impose devant la nouvelle star Rosberg et Villeneuve, mais le Québécois est disqualifié à cause de la manigance de Ferrari sur l’aileron arrière. Patrese hérite ainsi de la troisième place.

Toutefois, le Grand Prix est en danger, tant et si bien que l’édition 1983 sera la dernière. Pook perd de l’argent chaque année à cause des exigences d’Ecclestone, qui demande des sommes bien trop importantes. Il décide donc l’année suivante d’abandonner la Formule 1 pour accueillir le championnat CART, bien moins cher et beaucoup plus populaire aux Etats-Unis. Ecclestone se récrie et lui reproche de ne pas avoir poursuivi son partenariat avec la CBS, qui lui permettait de couvrir les frais demandés par la FOCA…

Le tracé est lui raccourci suite à la construction d’un nouvel hôtel. En piste, les Ferrari dominent les qualifications mais il ne faut pas chercher les vainqueurs à l’avant de la grille. Rosberg, furieux d’avoir été disqualifié au Brésil semble vouloir se venger en piste et envoie plusieurs pilotes dans le décor avant d’abandonner dans un accrochage avec Jarier et Tambay. C’est ainsi John Watson qui s’impose devant Niki Lauda… alors que les deux pilotes étaient partis 22ème et 23ème ! Watson reste à ce jour le seul pilote vainqueur en s’étant élancé au-delà de la 20ème place sur la grille de départ.

C’est sur cet exploit historique que se termine l’histoire entre Long Beach et la Formule 1. Pook abandonne les monoplaces européennes pour se recentrer sur les championnats américains, avec succès : Long Beach est la plus ancienne des courses sur circuit urbain des Etats-Unis. L’IndyCar y court toujours, ayant succédé au CART puis au ChampCar, ainsi que l’ALMS ou encore des formules de promotion. La Formule E y a également fait un tour en 2015 et 2016.

Si la Formule 1 n’avait pas rendu le tracé déficitaire à maintenir d’importantes exigences financières, il y a fort à parier que Long Beach serait au moins resté quelques années de plus au calendrier. Circuit pas si inintéressant malgré le fait qu’il soit situé en pleine ville, il a offert des courses parfois monotones, parfois surprenantes. Devenu un classique sur le sol américain, sa configuration ne le prédispose pas à revenir en F1… ce qui ne décevra personne outre-Atlantique.

Né avec le rêve de rejoindre Schumacher, Senna ou encore Prost au firmament de la Formule 1, aujourd'hui j'essaie de raconter leur histoire, ainsi que celle de tous les pilotes et de toutes les écuries qui ont fait, font et feront la légende d'un des plus beaux sports du monde.

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