Séries

Le duo Leclerc-Vettel : Grand Prix de Russie, faites revenir les V12 !

La venue de Charles Leclerc chez Ferrari était l’une des grandes nouvelles du mercato 2019, et force est de constater que le Monégasque n’a déçu personne. S’il était au départ numéro deux derrière Vettel, il a rapidement prouvé qu’il valait mieux qu’un rôle de porteur d’eau. S’il avait fallu attendre douze courses entre Bahreïn et Singapour, l’épisode 3 lui se déroule en Russie, juste après la victoire de Vettel à Marina Bay.

Il ne s’est écoulé qu’une semaine depuis le Grand Prix de Singapour, et nous voilà déjà en Russie pour la 16ème manche de la saison. Comme on le sait, les titres sont déjà joués ou presque et désormais Ferrari et Red Bull ont pour objectif de battre Mercedes sans espoir de se mêler dans la lutte pour le titre. Les Rouges sont ainsi les favoris pour perturber la marche triomphale des Gris, avec trois succès sur les trois dernières courses (Leclerc en Belgique et en Italie, Vettel à Singapour). Mais il ne faut pas oublier que les ambitions de Leclerc commencent à empiéter sur la hiérarchie initiale de Ferrari…

Quoi qu’il en soit, la presse n’a pas tant commenté la possibilité d’une stratégie favorisant Vettel, se focalisant sur le premier doublé de la saison pour la Scuderia. De plus, le championnat arrive à Sochi, qui avec ses parties extrêmement rapides semble plus taillé pour les monoplaces italiennes. Les qualifications sont ainsi les mêmes qu’à Singapour, avec Leclerc poleman pour la quatrième fois consécutive devant Hamilton et Vettel, qui n’a pu avoir un tour sans gêne en Q3. On voit cependant mal l’Anglais en mesure de se battre contre les Ferrari tant elles semblent performantes sur le tracé russe. Il faut cependant rappeler que les Flèches d’Argent sont invaincues en Russie depuis l’apparition de l’épreuve en 2014.

Leclerc en pole au GP de Russie ©FIA

Le départ est ainsi donné sous un grand soleil qui va rapidement se mâtiner d’une nouvelle lutte interne chez Ferrari. En effet, il était prévu que Vettel prenne l’aspiration de Leclerc pour doubler Hamilton… mais l’Allemand fait comme le Monégasque à Bahreïn et prend la tête ! Après une voiture de sécurité consécutive au vol plané de Grosjean après un contact avec Giovinazzi, la course est relancée et Vettel s’envole facilement.

La dispute se lance par radio, lorsque Ferrari demande à Vettel de rendre sa place à Leclerc dans le sixième tour. L’Allemand refuse catégoriquement et répond en larguant Leclerc de plus belle, ce dernier exigeant que Vettel se plie aux consignes d’équipe. La hiérarchie est non pas bousculée, mais purement et simplement balayée en ce début de course où Leclerc se mue en numéro un de l’écurie. La Scuderia, voyant Vettel s’envoler, décide alors de ménager la chèvre et le chou autant que possible. Laurent Mekies explique à Leclerc qu’il reprendra la tête plus tard dans la course, sans pour autant lui expliquer comment il compte s’y prendre. Cela ne calme en rien le Monégasque qui n’en finit plus de râler dans sa radio…

Ferrari décide donc de faire le contraire de Singapour et arrête Leclerc avant Vettel pour jouer l’undercut. Il s’arrête dans le 22ème tour et repart derrière les Mercedes, mais virtuellement leader vu que les monoplaces allemandes doivent s’arrêter elles aussi. Vettel ravitaille quatre tours plus tard et repart comme prévu quatrième, derrière Leclerc et les Flèches d’Argent.

Le départ "volé" de Vettel sur Leclerc ©RTBF

Mais un tour plus tard, la Ferrari SF-90H frappée du n°5 est arrêtée au niveau du virage 16 ! Le moteur de la monoplace italienne a rendu l’âme, la faute au boîtier électronique qui a lâché et laisse Vettel désemparé. « Bring back the f****** V12’s » lâche-t-il à sa radio, dépité et frustré (car les V12 des années 90, dernière époque à les avoir vus en F1 étaient loin d’être aussi fiables…)

Comme un cadeau ne vient jamais seul, Michael Masi décide de lancer une procédure de voiture de sécurité virtuelle, pour le plus grand bonheur des Mercedes qui profitent d’un arrêt aux stands gratuit. Hamilton repart en tête, devant Leclerc et Bottas. Ferrari tente un nouveau pari et fait rentrer de nouveau le Monégasque pour lui mettre des pneus tendres et lui permettre de remonter rapidement sur les Mercedes.

La meute est lâchée dans le 32ème tour, et la stratégie Mercedes est ici imparable : Hamilton s’envole en tête tandis que Bottas fait barrage derrière le quintuple champion du monde anglais. Leclerc mène ainsi la chasse pendant près de 20 tours, mais il ne peut attaquer le Finlandais sans faire souffrir ses gommes et se voit condamné à la troisième position, derrière Hamilton et Bottas qui n’en demandaient pas tant.

Le moteur de la Ferrari de Vettel rend l'âme © F1TV

Le triomphe Mercedes est aussi total qu’opportuniste. Sans les soucis de Ferrari et une stratégie parfaite, le scénario eut été tout autre, mais force est de constater que les Flèches d’Argent sont les monoplaces les plus constantes du plateau. Elles ne sont pas toujours les plus rapides, mais leur fiabilité et les stratégies de course de James Vowles leur permettent de prendre le dessus sur leurs adversaires la plupart du temps. C’est pourquoi Hamilton repart de Russie avec 322 points, 73 de plus que Bottas et 107 de plus que Leclerc, qui double Verstappen pour la troisième place au championnat.

Mais chez la Scuderia, ce Grand Prix a tourné au fiasco, à peine sauvé par ce podium. La situation s’est ainsi emballée dès le départ avec ce clash Vettel-Leclerc une fois l’Allemand devant. L’écurie italienne s’est retrouvée face à un dilemme : favoriser Vettel et son expérience, le numéro un initial, ou Leclerc et sa fougue, le numéro un des dernières courses ? La deuxième solution a ainsi été privilégiée, et la casse moteur de la Ferrari n°5 a enterré tous les espoirs des Italiens de convoiter la victoire, ouvrant un boulevard à Mercedes.

Les deux pilotes eux sont furieux contre l’écurie : à vouloir ménager l’un et l’autre, elle s’est mis les deux à dos. Vettel estime qu’au vu du scénario des premiers tours, il devait gagner quoi qu’il arrive (et cette casse moteur a de toute façon ruiné ses chances). Leclerc lui martèle que sa position aurait dû lui être rendue une fois la voiture de sécurité rentrée aux stands. Binotto tente d’expliquer tant bien que mal la situation de course à la presse, confirmant l’idée que Leclerc reprendrait la tête une fois la menace Hamilton éliminée mais que les temps de Vettel ne l’ont pas permis. Cependant, il donne une autre version de l’utilité de l’undercut de Leclerc sur Vettel.

« Nous ne voulions pas rendre la première place à Charles mais lui offrir de nouveaux pneus . Si Vettel avait suivi, nous aurions été vulnérables à une voiture de sécurité en laissant la tête à Hamilton. On a tenté de le garder en piste jusqu'à ce que ses pneus soient aussi abîmés. Lorsqu'il est ressorti des stands, Leclerc était devant. S'il n'avait pas abandonné, nous aurions eu le temps de décider s'il devait rester second ou pas... »
Vettel et Leclercc sous tension ? ©Eurosport

La presse italienne allume les mèches et parle de « guerre » entre les deux pilotes de la maison rouge. Entre tensions internes, ambitions incompatibles à toute hiérarchie, il y a fort à parier que nous tenons là une poudrière capable d’exploser à tout moment. Alors que Mercedes peut compter sur un tandem parfaitement complémentaire, les Rouges s’entredéchirent et essaient de satisfaire leurs deux pilotes… mais est-ce que cela tiendra jusqu’à la fin de la saison ?

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Né avec le rêve de rejoindre Schumacher, Senna ou encore Prost au firmament de la Formule 1, aujourd'hui j'essaie de raconter leur histoire, ainsi que celle de tous les pilotes et de toutes les écuries qui ont fait, font et feront la légende d'un des plus beaux sports du monde.

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