Séries

Le duo Leclerc-Vettel : Grand Prix de Singapour, une victoire offerte par Ferrari ?

La venue de Charles Leclerc chez Ferrari était l’une des grandes nouvelles du mercato 2019, et force est de constater que le Monégasque n’a déçu personne. S’il était au départ numéro deux derrière Vettel, il a rapidement prouvé qu’il valait mieux qu’un rôle de porteur d’eau. Après la démonstration de Bahreïn, il faut attendre Singapour pour revoir les deux coéquipiers s’affronter directement, drama à la clé.

Il aura fallu attendre douze courses entre Bahreïn et Singapour pour revoir la Scuderia réellement à l’œuvre sur la hiérarchie Vettel-Leclerc. Douze Grands Prix, c’est plus d’une demi-saison, et il s’est passé bien des choses avant de courir dans la nuit de Marina Bay.

Au niveau du championnat, Lewis Hamilton s’est empressé de tuer le moindre soupçon de suspense qui aurait pu encore subsister. Bottas s’est presque éteint après Baku, et pointe déjà à 63 points de son coéquipier. La situation est encore pire pour les Ferrari : Leclerc est à 102 points et Vettel à 115, tous deux derrière la Red Bull Honda de Max Verstappen qui est lui à 99 points ! Autant dire qu’on sait déjà plus ou moins le classement final de ce championnat…

Malgré tout, les situations de Leclerc et Vettel sont bien différentes. Le Monégasque a ainsi connu quelques bas possiblement dus à son manque d’expérience. Dans le mur lors des qualifications à Baku ou auteur d’un Grand Prix de Monaco catastrophique, il perd également la victoire en Autriche dans les derniers tours face à un Max Verstappen déchaîné. Mais comme il faut perdre pour gagner, sa défense se muscle et offre de superbes passes d’armes, pour se conclure par ses premières victoires.

Charles Leclerc

En arrivant à Marina Bay, Leclerc reste sur deux succès coup sur coup. Sa première victoire en Belgique est hélas empreinte du sceau de l’accident mortel d’Anthoine Hubert en F2 la veille, à qui Charles rend hommage en la lui dédiant. La seconde elle restera dans le cœur de nombreux tifosi, enfiévrés par l’atmosphère de Monza. Bien décidé à ne pas se laisser impressionner par Hamilton, le jeune Monégasque livre une bataille incroyable pendant plus de 50 tours face à l’Anglais et à Bottas pour triompher sur les terres de Ferrari. « Carletto » est ainsi intronisé par les supporters de la Scuderia par une marée rouge unique au monde, qui voit le premier succès des Rouges depuis… neuf ans, et Alonso en 2010 !

Quid de Vettel alors ? Eh bien… lui aussi a connu des hauts et des bas, mais plus de bas que Leclerc, moins pardonnables vu son statut de quadruple champion du monde. Il a ainsi signé pour meilleurs résultats trois secondes places, à Monaco, au Canada et en Allemagne mais pas exactement dans les mêmes circonstances. Auteur d’une bonne course à Monaco et d’une superbe remontée depuis la dernière place à Hockenheim, Montréal lui offre le plus gros drama de la saison.

Dans le 48ème tour, il perd le contrôle de sa voiture dans les virages 3 et 4 et pour se rattraper bouchonne quelque peu Hamilton. A la surprise générale, Emanuele Pirro et les autres commissaires lui infligent une pénalité de cinq secondes une dizaine de boucles plus tard, offrant de facto la victoire à Hamilton. Profondément vexé, Vettel vient finalement sur le podium après être parti dans son motorhome… non sans avoir interverti les panneaux indiquant les deux premiers ! Ferrari elle fait appel de la décision, en vain, et cette décision provoque nombre de réactions d’anciens pilotes, jugeant pour la plupart cette pénalité abusive (nous en avions alors parlé plus en détails ici).

Vettel échange les numéro après une pénalité qui donne la victoire à Hamilton

Et est-ce que j’ai précisé que le Vettel de 2018 est toujours présent ? En effet, Seb nous a gratifié de deux superbes figures dont il se serait bien passé. A Silverstone tout d’abord, où dans le 37ème tour, il manque son freinage après Stowe et emboutit la Red Bull de Verstappen qui en décolle sous le choc. Si le Néerlandais peut repartir avec une voiture miraculeusement intacte, l’Allemand lui perd tant de temps qu’il ne fait pas mieux que… 16ème, derrière les Williams ! Et pendant qu’à Monza Leclerc signe la course de sa vie, Vettel… fait du Vettel 2018 et part en tête-à-queue dans la courbe Ascari dans le sixième tour, avant de manquer de peu d’emboutir Stroll, qui à son tour force Gasly à passer dans les graviers. Forcé de rentrer aux stands pour réparer, il reprend la piste dernier pour terminer 13ème, bien loin de son coéquipier.

L’avantage psychologique est donc à mettre au crédit de Charles Leclerc pour la 15ème manche du championnat du monde. Et alors qu’on promettait un week-end difficile pour les Rouges en raison du manque d’appui de la SF90-H, ces derniers déjouent totalement les pronostics. Charles signe rien moins que la pole position, sa troisième consécutive tandis que Vettel se place troisième. Hamilton sépare les monoplaces italiennes, qui devancent Verstappen, Bottas et Albon.

Le début de course est… lent ? En effet, les leaders tournent en 1’48, soit plus de 12 secondes plus lentement qu’en qualifications (alors qu’en début de course l’écart est habituellement situé entre 6 et 8 secondes) ! Ainsi, Norris tourne dans les temps du Leclerc, quand ailleurs les Formule 1.5 (ou toutes les autres écuries, même si on pourrait exclure Williams qui court dans sa propre catégorie) se retrouvent rapidement larguées… Les positions elles ne bougent pas pour le moment, Leclerc reste en tête devant Hamilton et Vettel.

Leclerc en pole au GP de Singapour ©XBP

Au 19ème tour, les premiers membres du top 6 font escale aux stands pour ravitailler, en la personne de Vettel et Verstappen. Ferrari permet ainsi à l’Allemand de réaliser un superbe undercut sur Leclerc qui s’arrête dans le tour suivant. Incrédule, le Monégasque ne comprend pas comment il peut se retrouver derrière son coéquipier et ne manque pas d’exprimer ses états d’âme à son ingénieur, car il sait que la course vient de se jouer.

Devant, les Mercedes sont en souffrance avec leurs pneus et Hamilton perd la tête dans le 27ème tour lors de son arrêt aux stands, dont il repart seulement huitième. Le classement n’a alors plus de sens, puisque Giovinazzi et son Alfa Romeo sont en tête ! Il faut remonter au Grand Prix du Brésil 2014 pour voir une voiture hors top 6 ou 8 selon les années mener une course, avec les cinq tours en tête d’Hülkenberg (Williams était en 2015 la troisième force du plateau, devant Red Bull). Qui plus est, il devance Gasly avec la Toro Rosso et Ricciardo avec la Renault, et mène pendant quatre tours. Vettel dépasse logiquement l’Italien dans le 31ème tour et reprend la tête des opérations.

Deux voitures de sécurité plus tard (la première provoquée par un accrochage entre Grosjean et Russell, la seconde après la casse moteur de Pérez), la course est relancée au 48ème tour. Pendant la seconde neutralisation, Leclerc demande à obtenir plus de puissance pour récupérer son dû (et accessoirement gagner ses trois premiers Grands Prix consécutivement comme Damon Hill et Mika Häkkinen). Bien évidemment, consigne lui est donnée de ne pas attaquer Vettel dans l’intérêt de l’écurie, on sait comment les choses se passent dans la maison rouge. Qui plus est, Kvyat et Räikkönen font ressortir Bernd Maylander une troisième fois après un accrochage au premier virage qui laisse le Finlandais sur le carreau.

Leclerc en piste durant le GP de Singapour ©Skysport

La course est ainsi jouée pour de bon et Vettel s’impose devant Leclerc et Verstappen. Après la terrible désillusion subie au Canada, ce succès, son premier de la saison, est plus que bienvenu au vu des galères qu’il traverse en piste. Derrière lui, son coéquipier fait grise mine, car il ne digère toujours pas de s’être fait voler la victoire de la sorte. Il semblerait cependant que les stratégistes de Ferrari (qui ont commis bien des bourdes jusqu’alors) n’aient pas anticipé l’ampleur de l’undercut de Vettel, qui se serait alors retrouvé en tête « par inadvertance ». Une occasion de lui offrir cette victoire et de le remettre en selle après ses bourdes à répétition ?

Quoi qu’il en soit, malgré la déception affichée du Monégasque, Ferrari retrouve des couleurs depuis quelques courses. C’est la première fois que la Scuderia aligne trois victoires de rang depuis… 2008 ! Derrière, les Mercedes se sont perdues dans leurs stratégies, comme quoi il n’y a pas que Ferrari qui peut se tromper sur toute la ligne. Ces dernières se retrouvent ainsi favorites pour la fin de saison dans ce qui sera il semble un long baroud d’honneur, Hamilton caracolant toujours en tête du championnat avec une avance plus que confortable sur ses poursuivants.

Né avec le rêve de rejoindre Schumacher, Senna ou encore Prost au firmament de la Formule 1, aujourd'hui j'essaie de raconter leur histoire, ainsi que celle de tous les pilotes et de toutes les écuries qui ont fait, font et feront la légende d'un des plus beaux sports du monde.

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