Formule 1

SÉRIE – Les circuits urbains américains : Phoenix, trois petits Grands Prix et puis s’en va…

C’est désormais officiel : Miami accueillera un Grand Prix dans ses rues à compter de 2022. La Formule 1 fera donc une seconde escale aux Etats-Unis avec l’épreuve disputée à Austin sur le Circuit des Amériques. Miami sera le premier GP urbain disputé sur le sol américain depuis plus de 30 ans, lui qui en a connu pas moins de cinq entre 1976 et 1991. Nous allons ainsi revenir sur ces cinq tracés, et clap de fin cette semaine sur Phoenix, hôte de la Formule 1 entre 1989 et 1991.

Courra, courra pas aux Etats-Unis ? C’est la question qui se pose en cette fin de saison 1988 après que Détroit ait abandonné pour de bon l’idée d’accueillir la Formule 1. Si les pilotes sont ravis de quitter la Rust Belt pour de bon, Bernie Ecclestone est catégorique : il y aura un Grand Prix des Etats-Unis en 1989 ! Il se tourne ainsi vers bon nombre de circuits, sondant notamment Laguna Seca, Road Atlanta et… Miami, avec 30 ans d’avance il faut croire. Ce ne sont pas les circuits qui manquent au pays de l’Oncle Sam.

Mais au final, c’est Phoenix, la capitale de l’Etat d’Arizona qui remporte la mise et l’épreuve qui va avec. Ecclestone a été aidé par Jack Long, un promoteur ainsi que de l’inévitable Chris Pook, qui aura tout tenté pour implanter durablement la Formule 1 outre-Atlantique. Ainsi en janvier 1989, Terry Goddard, le maire de Phoenix annonce la tenue du Grand Prix pour minimum cinq ans sur un circuit urbain, le tout pour un montant de huit millions de dollars. Tout le monde espère alors que ce circuit ne sera pas une nouvelle spéciale de rallye comme le fut Détroit… Qui plus est, le public américain aura son chouchou à soutenir, le local Eddie Cheever qui espère briller au volant de son Arrows.

Le bilan final est mitigé, mais en faveur de ce tracé. La piste est comme tous ces circuits urbains américains, dicté par le quadrillage que sont les rues avec une seule courbe placée sur un parking. Mais miracle : la piste est d’une qualité acceptable, assez large et aux normes de la FISA. Au moins les erreurs ne viendront pas d’une piste qui se décompose au fil des tours. Ils courent cependant en plein mai dans une ville au milieu du désert…

Lors de cette première édition 1989, Ayrton Senna montre que son talent sur les circuits urbains est tout simplement inégalable. En qualifications, il colle près d’une seconde et demie à son rival Prost… qui est pourtant second ! Aller chercher le Pauliste à la régulière reviendrait à décrocher la lune… Nannini arrache la deuxième ligne devant Mansell et les surprenants Brundle et Caffi. Mais l’Italien de Benetton se blesse lors du warm-up, ce qui va ruiner sa course…

Hélas pour Ecclestone, le Grand Prix est boudé par les habitants de Phoenix. Seuls quelques milliers de spectateurs sont au rendez-vous pour la course, ce qui aujourd’hui eut été en accord avec les drastiques restrictions sanitaires… Gérard Crombac décrit l’ambiance en ces mots : « celle de Montlhéry le jour d’une course de voitures de production ». Autant dire que le spectacle ne sera pas dans les tribunes. Qui plus est, la chaleur est écrasante dans l’Arizona, si bien qu’on annonce des pointes de température à 80°C dans les cockpits ! De quoi faire de ces F1 les saunas les plus rapides du monde… Et si la FOCA tente de réduire la distance de la course de 10 tours, Ken Tyrrell s’y oppose fermement et oblige le peloton à couvrir les 80 tours initialement prévus. Le bûcheron anglais se prendra un violent retour de bâton…

Au départ, Senna se voit menacé par Prost mais parvient à conserver son leadership avant de s’envoler en tête. Les McLaren volent sur la course, tandis que derrière eux Nannini disparaît rapidement des radars. Sa blessure du matin l’empêche de piloter correctement et le force à renoncer après seulement une dizaine de tours. Devant, Senna commence à perdre du temps, la faute à un moteur récalcitrant alors que Prost remonte peu à peu. Les choses ne se passent pas forcément mieux pour leurs rivaux : Mansell se retrouve avec une boîte hors d’usage au bout de 29 tours… mais repart 6 tours plus tard après réparation !

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Plus les tours avancent et plus il semble évident que Prost va passer Senna tant le moteur du Brésilien est en train de rendre l’âme. Dans le 34ème tour, ce dernier laisse passer Prost qui peut désormais s’envoler vers une victoire tranquille. Il mène devant un surprenant Alex Caffi, second avec sa Dallara ! Il doit cependant remettre des pneus neufs et repart derrière Berger, Patrese, et Cheever. Cependant, ce top 5 peut devenir un top 4 car Berger rencontre des problèmes de boîte. Mais dans le 53ème tour, il se fait mettre dans le mur par son coéquipier Andrea de Cesaris à qui il essayait de prendre un tour. Ah Andrea…

Après 65 tours de course, on compte pas moins de 17 abandons, et certains pilotes peuvent réaliser un gros coup. Alors que Prost mène tranquillement, Cheever sur ses terres menace Patrese pour la seconde place. Palmer est quatrième… devant la Rial de Danner ! Parti bon dernier, l’Allemand est en train de réaliser un coup de maître avec ses premiers points qui l’attendent. Et il prend la quatrième place dans le 71ème tour lorsque Palmer abandonne sur panne d’essence. Ken Tyrrell doit s’en mordre les doigts… Prost gagne ici son deuxième Grand Prix de la saison devant Patrese et Cheever. Quatrième, Danner obtient un résultat miraculeux, tout comme Herbert en souffrance toute la course mais à l’arrivée et Boutsen qui doit ce point à une casse moteur de l’AGS de Tarquini.

Devant ce jeu de massacre dans des tribunes vides, Ecclestone décide de faire de Phoenix le premier Grand Prix de la saison, mais l’échec se répète. Les Américains fuient de nouveau la course, au point que le Grand Argentier songe à arrêter les frais dès 1991. La fin du rêve américain pour la Formule 1 ? Pas assez de spectacle, voitures trop sophistiquées, pilotes inaccessibles… Les reproches sont multiples, d’autant plus que la FOCA demande des sommes exorbitantes pour courir. Les plateaux américains connaissent de facto bien plus de succès, entre frais bien moins importants et pilotes tout autant reconnus et populaires.

Mais cette édition 1990 est pleine de surprises. Les pneus Pirelli marchent à la perfection, et si Berger arrache la pole, il devance… la Minardi de Pierluigi Martini ! L’Italien réalise la meilleure qualification de sa carrière, la meilleure également de Minardi. On retrouve ensuite de Cesaris et Alesi, magnifique quatrième avec sa Tyrrell puis Senna, Piquet, Prost… et Grouillard sur l’Osella ! Les pneus Pirelli permettent bon nombre de miracles aujourd’hui visiblement.

Et au départ, la surprise est encore plus grande : Jean Alesi s’envole de la seconde ligne pour griller la politesse à Berger et prendre la tête de la course ! Il faut remonter à la victoire de Michele Alboreto à Detroit en 1983 pour retrouver trace d’une Tyrrell aux commandes…  Qui plus est, l’Avignonnais ne fait pas de la figuration et s’envole devant les McLaren de Berger et Senna, puis seulement du Brésilien. L’Autrichien a lui touché le mur dans le neuvième tour et a perdu énormément de temps. Personne n’en croit ses yeux tant l’alchimie entre Alesi et sa Tyrrell semble parfaite… mais l’ombre Senna plane de plus en plus sur lui.

Le Pauliste remonte tour après tour à la faveur d’une McLaren-Honda plus performante et tente une première attaque dans le 34ème tour, déjouée par Alesi. Dans le tour suivant, Senna profite de la présence de Foitek pour surprendre la Tyrrell et passer en tête. Le Français tente de le repasser dans les virages qui suivent mais rien n’y fait, Senna est imbattable sur ce genre de tracé. Alesi peut cependant tranquillement préserver sa mécanique et son superbe résultat : seul Boutsen est dans la même minute…

C’est finalement Senna qui l’emporte après sa casse moteur de 1989, avec seulement huit secondes d’avance sur Alesi qui a profité d’une fin de course plus calme du Brésilien pour lui reprendre près de 15 secondes. Boutsen termine troisième avec sa Williams, devant Piquet, Modena et Nakajima qui a fini la course presque sourd. Le pilote japonais avait perdu l’une de ses boules Quies…

Pour 1991, le tracé est modifié pour laisser place à l’installation d’une convention dans le Civic Center. Plus court, il n’en est cependant pas plus intéressant ou palpitant et ne convaincra pas la FISA de poursuivre davantage l’aventure. Ce sera le troisième et dernier Grand Prix des Etats-Unis disputé à Phoenix, et le dernier pendant neuf ans avant le retour d’Indianapolis en 2000. Ecclestone assure pourtant à ce moment que le Grand Prix aura lieu jusqu’en 1993, mais devant le faible succès populaire de l’épreuve, il veut la déplacer dès que possible…

Qui plus est, cette édition 1991 n’aura rien de bien palpitant. Senna s’impose après avoir mené toute la course sans jamais être menacé par qui que ce soit devant Prost et Piquet. Un temps second, Alesi a fini par abandonner sur problème de boîte à sa grande déception, avec malgré tout le meilleur tour en course. Les deux Tyrrell terminent quatrième et cinquième devant Aguri Suzuki, qui marque un point miraculeux pour une écurie Larrousse fortement ébranlée par une erreur administrative. Elle aurait en effet selon Ecclestone oublié de mentionner Lola comme constructeur… alors qu’elle aurait pris cette décision après avoir consulté Balestre lui-même ! Ce sont 11 points et les bonus de la sixième place au classement constructeurs qui s’envolent pour une erreur stupide… Larrousse récupèrera la moitié des bonus de la dixième place après un arrangement avec Ligier, qui aurait été la grande bénéficiaire de cette opération.

Le duel Alesi-Senna de l’édition 1990 reste comme le seul moment mémorable d’un Grand Prix totalement oubliable, qui a disparu dans l’anonymat le plus total avant la saison 1992. Les courses urbaines aux Etats-Unis n’étaient clairement pas faites pour la Formule 1 car trop souvent organisées à la hâte sur des tracés sans aucun intérêt. Seul Long Beach sortait du lot, mais comme pour Detroit ensuite Chris Pook a préféré donner le circuit au CART, bien moins onéreux à faire venir et plus populaire que la Formule 1. Miami sera donc le premier circuit urbain outre-Atlantique à accueillir la discipline depuis 30 ans… en espérant ne pas revoir des plantages complets comme Dallas ou Las Vegas.

Né avec le rêve de rejoindre Schumacher, Senna ou encore Prost au firmament de la Formule 1, aujourd'hui j'essaie de raconter leur histoire, ainsi que celle de tous les pilotes et de toutes les écuries qui ont fait, font et feront la légende d'un des plus beaux sports du monde.

Un commentaire

  • lionel

    En 1992, Le promotteur avait eu une idée pas mal, il voulait grouper les deux courses qu’il organisé, La F1 en ouverture puis le CART avec un prix groupé pour les deux. Le circuit était pas mauvais, on a aussi 1989 avec Tarquini qui rate un point à cause d’une pompe a essence qui lâche à 400m de la ligne.

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