Formule 1,  La minute belge,  Le coin des découvertes,  Pause café

TaiPro Engineering : du talent made in Belgium au service de la Formule 1

La petite Belgique regorge de ressources en matière de sport automobile tant par la qualité de nos pilotes, des circuits mais aussi de la technologie. Du côté de Liège, depuis 10 ans, TaiPro Engineering s’est spécialisée dans une technologie de niche : les micro-senseurs. Et depuis 2019, la société liégeoise a vu ses capteurs atterrir en Formule 1.

Tout amateur de Formule 1 sait à quel point l’aérodynamisme d’une monoplace joue un rôle important tant au niveau de la conception des voitures, du gain de temps en piste, ou encore de la consommation de carburant. Lancées à 300km/h, les Formule 1 traversent continuellement des flux d’air qui peuvent faire office d’obstacle aux objectifs de performance. Depuis 2019, c’est une société liégeoise, TaiPro Engineering, qui fournit les capteurs permettant aux écuries de réaliser les mesures aérodynamiques.

La belle histoire débute il y a quelques années, Michel Saint-Mard est un ingénieur civil passionné de conquête spatiale qui s’illustre d’abord à l’École Royale Militaire, ensuite chez Safran. Mais il lui manque un petit quelque chose au quotidien.

« La base pour moi, c’est de se lever le matin et de se dire ‘chouette, je vais au boulot’. Ce qui m’anime, c’est faire un projet de A à Z, c’est ce qui me plait vraiment, partie de la page blanche et arriver à l’objet qu’on a en main. » 

En 2005, Michel quitte Safran et se lance dans l’aventure de l’entrepreneuriat. TaiPro voit le jour en février 2009 et se spécialise dans les micro-senseurs. Les débuts sont avant tout axés sur la réalisation du design et des prototypes. Mais rapidement, la société se rend compte que le marché européen est prêt à accueillir la production de séries. Série, design et assemblage se retrouvent à cohabiter au sein de TaiPro. Mais les liégeois font encore plus et se mettent à développer des capteurs dont la taille est inversement proportionnelle à la technologie qu’ils proposent. Rapidement, ils concurrencent une des plus grosses entreprises américaines bien implantée dans ce secteur de niche.

La manière dont on fait l’électronique est très particulière. En général, les gens prennent la composante électronique déjà emballée et nous on sait le prendre de manière non emballée. Le fait de l’avoir sous cette forme permet de résister à des environnements extrêmes, ce qui n’est pas possible lorsqu’ils sont déjà emballés. On s ‘est rendus compte un peu par hasard qu’on faisait mieux qu’une société américaine qui fournit un capteur qui fait 1.6mm de diamètre. On a été challengés par une grosse société qui nous a dit, ‘ça, vous n’être pas capables de la faire’. C’est là qu’on s’est dit, « si, on peut même faire plus petit, c’est notre travail de tous les jours, on sait faire ça facilement.»
Michel Saint-Mard
CEO de TaiPro Engineering

Texys Group, le tremplin vers la Formule 1

TaiPro c’est aussi une histoire de rencontres uniques qui lancent des collaborations à grande échelle. C’est ainsi que TaiPro se lie d’amitié professionnelle avec Texys Group, une société française, située non loin du circuit de Magny-Cours, qui se spécialise dans la fabrication et la conception de capteurs dans le sport automobile. « On était sur un salon en France où on a rencontré quelqu’un qui avait une casquette du style interface universitaire. On lui a présenté le capteur qu’on a développé, à l’époque un peu plus pour le challenge. Et là, il dit qu’il connait des gens qui pourraient être intéressés. Il m’a donné un contact chez Texys et j’ai pris mon téléphone. ». En 2017, les deux protagonistes se rencontrent et c’est le coup de foudre. La société française défie les liégeois : réaliser un capteur à 8 voies de pression de 25mm de long sur 5mm de large.

« On a mis ce projet sur pied et on a fait les premiers capteurs qui ont été livrés ensuite en Formule 1. Et maintenant, on travaille sur un autre capteur pour eux. »

L’arrivée des capteurs liégeois en F1

À l’image de la F1, une fois que les feux sont au vert, la course file à vitesse grand V. Il a en fut de même pour TaiPro. Une fois l’aventure F1 confirmée, les machines se sont mises en route.

« On a tout de suite fait un développement, on a commencé en janvier et en septembre on livrait. Pour le coup, moi qui aime voir les projets se développer, j’étais servi ! Tout allait très vite et c’était la première fois qu’on faisait ça, il y avait des conditions, ça devait être le même design que ce qu’ils faisaient auparavant. »

Les capteurs arrivent alors quelques mois plus tard sur les monoplaces lors de essais à Abou Dhabi en 2018. « C’est compliqué parce qu’il faut se positionner en amont, livrer les capteurs à temps, en plus de les installer et les étudier, et puis, ils font les tests en ‘one shot’. Ensuite, ils valident ou non. Pour nous, c’était très inhabituel, on a l’habitude de travailler sur un cahier de charge. On n’était pas vraiment à l’aise, on a accepté ce mode de fonctionnement parce qu’il y avait cette relation de confiance avec Texys. On a bien fait d’accepter, ça nous a permis d’avoir une belle reconnaissance dans le domaine. »

En 2019, les capteurs TaiPro font intégralement partie de la saison et toutes les écuries s’en équipent sauf McLaren. « Je ne sais pas pourquoi McLaren les a refusés, je pense qu’ils aiment développer leur propre technologie.»

Sur les monoplaces, comment cela fonctionne ?

Sur les F1 modernes, ces capteurs jouent un rôle principal dans l’analyse des flux d’air et dans le développement aérodynamique des monoplaces.

« En F1, il y a des besoins de caractériser les flux autour de la voiture. Ces capteurs, c’est une peau de tambour qui se déforme et cette déformation donne l’ordre de grandeur de la pression. Toute la difficulté est de mesurer cette pression. Cette peau de tambour a une fréquence de résonnance. Plus cette fréquence est élevée, plus on est capables de mesurer beaucoup de points par seconde. Actuellement, nos capteurs sont capables de mesurer plusieurs centaines de milliers de points par seconde. »

Imaginez cela dans un petit modèle de quelques millimètres, une technologie bien unique et de chez nous, cocorico ! Positionnée sur les ailerons des monoplaces, cette technologie unique permet de ne pas influencer la masse des monoplaces. Par cette analyse de la pression de l’air sur la monoplace, ces capteurs récoltent des milliers de données précieuses. Et ils peuvent réellement permettre de faire la différence en piste. « Ils sont très attentifs aux paramètres en F1, ils ont diminué les temps en soufflerie parce que les voitures deviennent trop performantes, et ces capteurs permettent de gagner quelques dixièmes à droite et à gauche. »

Anecdotes : les capteurs liégeois intriguent la F1

Souvenez-vous de ce fameux Grand Prix de Russie 2020 et du sandale Ferrari. Leclerc se qualifie en pole position et Vettel est 3e sur la grille. La Scuderia convient avec ses deux pilotes que le Monégasque doit donner l’aspiration à l’Allemand afin de se débarrasser de Lewis Hamilton, en sandwich entre les deux pilotes en rouge. Cet argument officiel cache une décision plus officieuse et ne relève pas uniquement d’objectifs sportifs en piste.

« En fait, c’est parce que Ferrari n’avait pas terminé toutes les mesures de pression à l’arrière de la voiture de Vettel. Ils devaient faire des mesures aérodynamiques. Leclerc avait des capteurs sur son aileron et ils mesuraient ce qu’il se passait derrière la voiture de Vettel. Il était convenu qu’il puisse repasser devant mais Vettel n’a pas voulu rendre la place. »

Et ces capteurs ont de quoi attiser la curiosité ! En effet, les secrets d’une écurie peuvent aussi reposer sur ces mesures précieuses qui augmentent les performances de ses voitures. « Quand on regarde l’arrivée, on voit les pilotes sortir des monoplaces et faire le tour des autres voitures en les observant attentivement. Et bien c’est notamment pour repérer les capteurs. Ou encore pendant les essais à Barcelone ou à Abou Dhabi, ils équipent les voitures de caméras et ils passent près des autres monoplaces pour voir les capteurs. »

Vettel à la recherche des capteurs TaiPro sur la Mercedes de Bottas

L’avenir en F1 ?

Aujourd’hui, TaiPro Engineering emploie une dizaine de personnes qui réalisent ces capteurs dans une salle blanche au sein du bâtiment de l’incubateur WSL au Sart-Tilman, en région liégeoise. Cette technologie unique a poussé la société à créer une filiale commerciale en 2019, Sensorade. « Quand on a créé Sensorade, mon téléphone a sonné un dimanche, un jour de Grand Prix d’ailleurs, c’était Texys. Ils nous ont annoncé qu’ils aimeraient distribuer nos capteurs. Désormais, ils nous distribuent sur 13 pays. » Une filiale qui permet de varier les projets. Et ils sont nombreux !

Le premier parait évident : continuer à fournir la F1 de ces petits capteurs miraculeux. Même si en Formule 1, rien n’est jamais facile.

« À chaque saison, on est un peu en attente… il y a beaucoup de tractations qui se font un peu en dessous de la porte et on n’a pas beaucoup de maitrise là-dessus. C’est un monde n’est pas extra, au sens éthique du terme, mais on ne peut ne pas rentrer là-dedans parce qu’on a tous les outils et les capacités de répondre aux différents besoins. »

Un avenir en F1 espéré surtout avec les nouvelles règlementations 2022 en cours de développement. « Toutes les nouveautés qui touchent à l’aérodynamique, vont dans le bon sens pour nous. Il n’y a pas 36 manières de le mesurer et ça sera probablement positif pour nous. On attend beaucoup de Texys pour nous tenir au courant, on a des discussions pour faire des tests pour les capteurs du futur. » En plus de la F1, TaiPro ne ferme pas la porte à d’autres disciplines comme celles de W Series (soutenues par la Formule 1 à partir de la saison prochaine) qui au-delà de l’aspect technologique, véhiculent des idées que Michel Saint-Mard partage. « C’est quelque chose qu’il faut absolument soutenir et il faut qu’on essaie de renter dans ce genre de logique. » En plus des projets dans l’éolien, ou encore de l’intérêt pour le cyclisme, TaiPro espère faire reconnaitre sa technologie au travers de domaines divers. La société liégeoise souhaite voler de ses propres ailes et continuer à partager son talent 100% made in Belgium.

Avatar

Fondatrice et rédactrice en chef. Amoureuse de la course et du journalisme depuis des années, le ronronnement des moteurs m'a bercée depuis ma plus tendre enfance et rythme mon quotidien. F1nal Lap a pour but de rapprocher les amoureux de la F1 au plus près du Paddock au travers d'un contenu original et recherché. F1nal Lap, la F1 comme vous ne l'avez jamais vue !

Un commentaire

  • Avatar

    Jean-Pierre Pireaux

    Quelle splendide créativité et quel magnifique dynamisme chez ce CEO liégeois ! C’est le genre d’entrepreneur qui fait rêver à une reprise économique toujours possible quand s’éveillent de telles volontés novatrices.
    Bravo Monsieur Saint-Mard et belle poursuite de réussites pour votre entreprise.
    JP Pireaux

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :