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SÉRIE – Les circuits urbains américains : Las Vegas, un Grand Prix ne s’improvise pas…

C’est désormais officiel : Miami accueillera un Grand Prix dans ses rues à compter de 2022. La Formule 1 fera donc une seconde escale aux Etats-Unis avec l’épreuve disputée à Austin sur le Circuit des Amériques. Miami sera le premier GP urbain disputé sur le sol américain depuis plus de 30 ans, lui qui en a connu pas moins de cinq entre 1976 et 1991. Nous allons ainsi revenir sur ces cinq tracés, en poursuivant avec le Grand Prix de Las Vegas.

Depuis 1976 et l’introduction de la manche de Long Beach, la Formule 1 se rend deux fois par an au pays de l’Oncle Sam. Mais le circuit de Watkins Glen est de plus en plus critiqué par les pilotes en raison de sa dangerosité, qui n’est plus à démontrer. Vétuste, avec un revêtement refait à moitié, il n’est tout simplement plus adapté aux performances toujours plus impressionnantes des Formule 1 modernes. Il disparaît ainsi fin 1980, non sans avoir vu Bruno Giacomelli signer la course de sa vie au volant de l’Alfa Romeo 179. Poleman pour la seule fois de sa carrière, il est en tête jusqu’à la mi-course avant d’être trahi par un problème mécanique. Il aura au moins confirmé les mots du regretté Patrick Depailler, qui pensait cette voiture capable de gagner une course…

Exit donc la piste du Glen, mais Ecclestone avait déjà prévu une autre course aux Etats-Unis. Le titre de champion du monde des pilotes 1981 va donc se jouer outre-Atlantique… mais cette fois à Las Vegas ! Bien que l’Automobile Competition Committee for the United States (ACCUS) ait refusé l’organisation de cette épreuve, elle a dû se résigner face à l’insistance du Grand Argentier. Ce dernier est en cela bien aidé par le PDG du célébrissime Caesars Palace, un certain Billy Weinberger. L’argent ne manquant pas à Vegas, il paye pas moins de sept millions de dollars pour voir courir la Formule 1 dans sa ville ! Mais lorsqu’on lui demande ce qui le pousse à tant dépenser pour accueillir la discipline, les oreilles des passionnés sifflent :

« [La Formule 1] est le plus haut échelon du sport automobile et fait appel au plus grand snobisme et à la plus folle extravagance, deux caractéristiques qui cadrent on ne peut mieux avec notre image de marque. »

Tout ça… pour les faire courir sur le parking du Caesars Palace avec un tracé que certains qualifient de « piste de go-kart » ! Les pilotes ne sont guère enthousiasmés par une piste dénuée de réel plaisir de pilotage, la course étant plus destinée à soutirer de l’argent aux annonceurs américains… Mais cette finale du championnat du monde 1981 est pourtant promise à un suspense fou pour le titre entre Carlos Reutemann et Nelson Piquet.

Les deux pilotes ne sont séparés que d’un point à l’avantage de l’Argentin face au Brésilien, mais chacun a ses points forts et ses points faibles. Reutemann est plus solide physiquement que Piquet, d’autant plus que le circuit tourne dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Ce dernier est assailli par d’importantes douleurs au niveau des muscles cervicaux, dues à la présence de plaques de calcium. Mais le titre étant en jeu, il s’en remet à une dose de cheval de calmants pour courir malgré tout. Il est cependant totalement soutenu par son écurie Brabham, alors que Reutemann est totalement isolé chez Williams. Refusant de jouer les porteurs d’eau pour Jones, il a décidé de jouer sa chance et semble le payer aujourd’hui. Derrière eux Laffite peut mathématiquement être titré, mais il doit gagner sans que Reutemann et Piquet performent. Autant dire que seul un cataclysme pourrait le consacrer…

Les qualifications confirment l’état des forces en présence, avec un Reutemann poleman devant Jones, Villeneuve et Piquet, alors que Laffite n’est que 12ème. Mais en début de course la situation s’inverse, les Sud-Américains dégringolant hors des points alors que Laffite se lance dans une superbe remontée. Reutemann rencontre des problèmes de boîte de vitesse…

Ainsi au premier tiers de course, Laffite est troisième, Piquet sixième et Reutemann huitième, tant et si bien qu’avec 50 points chacun, le Brésilien serait champion du monde. Il a en effet remporté trois courses contre seulement deux pour l’Argentin. Le classement va ainsi évoluer tout au long de la course, mais restera toujours en faveur du pilote Brabham. Laffite se retrouve même second dans le 40ème tour, mais lâché par ses pneus, il finit par chuter dans le classement. Toutefois rien ne sera facile pour Piquet : ses douleurs reprennent le dessus et le poussent à puiser dans ses réserves pour tenir sa cinquième position. Il y parvient malgré tout, terminant devant Laffite et Watson qui fondaient sur lui à vitesse grand V et devient le second champion du monde brésilien après Emerson Fittipaldi. Il était plus lent que l’Ensign d’Eliseo Salazar en fin de course… qui a terminé mais n’a pas été classé !

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1982 sera la deuxième et dernière édition de ce Grand Prix de Las Vegas. Weinberger a ainsi vu la roue tourner en sa défaveur : lui qui associait la Formule 1 au snobisme et à l’extravagance, le voilà boudé par le public ! Ce dernier a bien compris que cette manche n’est qu’une immense blague et que pilotes comme passionnés méritent bien mieux que ce circuit insipide. Le directeur du Caesars Palace se retrouve obligé de casser le prix des billets et de faire venir bon nombre de stars pour espérer rentrer dans ses frais… Qui plus est, il accueille une finale de championnat bien moins excitante qu’en 1981. Au bout d’une saison constellée de drames, de surprises, de révélations et de déceptions, c’est Keke Rosberg qui se retrouve en tête du championnat du monde.

Le Finlandais n’était pourtant absolument pas destiné à se retrouver à pareille fête jusqu’alors. Il naviguait entre les diverses écuries de fond de grille avec malgré tout un podium avec Fittipaldi en Argentine en 1980. Propulsé chez Williams en 1982 avec la retraite de Jones, un incroyable concours de circonstances le mène à la tête du championnat du monde. Mort de Villeneuve, accident de Pironi, adversaires trop irréguliers, il arrive à Vegas avec trois points d’avance sur Pironi et neuf sur Watson. Le Français étant toujours à l’hôpital, seul le Nord-Irlandais peut mathématiquement lui contester la couronne mondiale. Il doit pour cela gagner sans que Rosberg finisse dans les points… autrement dit espérer un miracle.

Et ce ne sont pas les qualifications qui vont rassurer le pilote McLaren : il est neuvième, trois places derrière Rosberg alors que les Renault écrasent la concurrence. Mais en course, Watson part dans une superbe remontée, bien décidé à défendre ses chances coûte que coûte. 12ème à la fin du deuxième tour, le voici troisième à la fin du vingtième tour ! Mais le miracle Watson n’aura pas lieu à cause notamment d’un jeune pilote italien du nom de Michele Alboreto. Considéré comme un grand espoir de la discipline, il signe une course absolument remarquable et profite des déboires des Renault pour remporter son premier Grand Prix. Il s’agit de la première victoire de Tyrrell depuis plus de quatre ans ! Il devance Watson, qui finit ainsi troisième du championnat juste derrière l’infortuné Pironi, qui aurait dû devenir champion du monde. Cinquième, Rosberg est sacré à la surprise générale, mais ne vole en rien ses lauriers. Régulier, rapide, offensif, combattif et persévérant, il a dépassé tous les espoirs de Frank Williams malgré une voiture pas forcément au top. Ferrari remporte un titre constructeurs mérité, grâce aux superbes performances de Patrick Tambay qui comme Rosberg a parfaitement su exploiter une opportunité inespérée. Comme le Finlandais, il n’avais que trop rarement pu s’extirper du fond de grille malgré un passage chez McLaren en 1979…

Avec seulement 30.000 spectateurs, le « circuit » du Caesars Palace est abandonné fin 1982 par la Formule 1, ce qui n’est pas pour déplaire au public ainsi qu’aux pilotes. Il ne reste dans les mémoires que pour son rôle de finale notamment en 1981 entre Reutemann et Piquet. Il est le symbole même d’un circuit réalisé dans l’unique but de ramener de l’argent. Inintéressant, insipide, conçu à la hâte par un directeur de casino plus préoccupé par les recettes que le spectacle, il n’a pas tenu bien longtemps dans le calendrier. Il a toutefois été réadapté pour le CART en 1983 et 1984 avant de totalement disparaître. Encore un circuit qui ne sera regretté de personne, et qui s’il n’avait pas été le dernier Grand Prix des saisons 81 et 82 aurait disparu des mémoires de la majorité des passionnés.

Né avec le rêve de rejoindre Schumacher, Senna ou encore Prost au firmament de la Formule 1, aujourd'hui j'essaie de raconter leur histoire, ainsi que celle de tous les pilotes et de toutes les écuries qui ont fait, font et feront la légende d'un des plus beaux sports du monde.

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