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Les Grands Prix perturbés : Saint-Marin 1982, la dernière de Villeneuve

À cause de l’épidémie de COVID-19 qui fait rage dans le monde entier, toute la saison 2020 de Formule 1 est compromise. Les Grands Prix d’Australie et de Monaco ont été purement et simplement annulés, tandis que d’autres ont été reportés, avec un début de saison prévu au plus tôt le 14 juin, au Canada. Ce n’est cependant pas la première fois que certains Grands Prix soient perturbés, au point parfois de virer à la farce. Focus cette semaine sur le Grand Prix de Saint-Marin 1982, théâtre de la dernière course de Gilles Villeneuve.

Depuis plusieurs années, la Formule 1 est prise dans une tempête politique avec pour épicentre l’incessant affrontement entre la FISA et la FOCA. Chaque organisation veut faire main basse sur la discipline en érigeant les règles à sa façon. Cela a déjà eu des conséquences sur le plan sportif, comme nous l’avons vu dans les deux premiers épisodes de cette série. Cependant, les accords Concorde signés en 1981 après un Grand Prix d’Afrique du Sud « pirate » laissent espérer que la hache de guerre est enterrée…

Mais dès le Grand Prix d’Afrique du Sud, la guerre reprend de plus belle. Cette fois, ce sont les pilotes qui se révoltent contre la FISA et la FOCA. Les deux régents de la discipline ont décidé d’introduire la super-licence, qui est l’équivalent du permis de conduite. Si elle est officiellement mise en vigueur pour éviter d’avoir des « chicanes mobiles » en piste (ce qui fut un échec), elle est surtout étudiée pour redonner du pouvoir aux constructeurs, notamment après le départ de Prost pour Renault l’année précédente.

Certains pilotes ont cependant vu le danger que représente cette super-licence (impossibilité de négocier avec d’autres écuries…), dont Pironi, Villeneuve, Lauda et Laffite. Ils vont ainsi rallier le reste de la grille (sauf Mass, injoignable) et se retrancher dans un hôtel de Johannesburg, bien décidés à faire valoir leurs droits. Une guerre de tranchées se lance entre les pilotes d’un côté, et le duo Balestre/Ecclestone de l’autre. Cependant, ces derniers savent qu’ils ne pourront pas trouver 29 remplaçants en une semaine (Fabi ayant cédé à la pression), et doivent capituler. Les modalités de la super-licence sont révisées et la course se déroule normalement, mais la saison est bien mal embarquée…

Balestre et Ecclestone

C’est ainsi que les provocations en tout genre se multiplient. Balestre se met tout le monde à dos avec ses nouveaux projets de réglementation : il veut à la fois supprimer l’effet de sol (point fort des équipes FOCA) et imposer une restriction de la consommation d’essence (étranglant les moteurs turbo des équipes FISA). Qui plus est, le Tribunal de la FIA disqualifie Piquet et Rosberg du Grand Prix du Brésil le 19 avril. Les deux voitures avaient en effet disputé la course sous le poids réglementaire, et pas que de deux ou trois kilos. Les mécaniciens de Brabham ont été ainsi pris sur le fait en ratant l’opération de lestage…

Il s’avère alors que plusieurs voitures d’écuries FOCA utilisent des réservoirs factices, dont le seul but est d’alourdir la voiture après la course pour correspondre au poids demandé. Balestre demande ni plus ni moins leur disqualification pure et simple. La guerre est déclarée. Les écuries FOCA décident de boycotter le Grand Prix pour protester contre cette décision. Ecclestone tente de faire annuler la course, mais la RAI reprend à son compte les droits de retransmission et le Grand Argentier doit faire machine arrière, d’autant plus que l’état-major de BMW le sermonne car il devait faire débuter le moteur turbo lors de cette course.

C’est ainsi qu’aucun constructeur FOCA n’est présent… sauf Tyrrell, contraint et forcé par ses sponsors. Il vient en effet de signer un partenariat avec la société d’électroménager italienne Candy et le sponsor de son protégé Michele Alboreto est… la Ceramica Imola. Bien qu’il soutienne ses confrères britanniques, il sera au départ du Grand Prix. McLaren, Brabham et Arrows ont elles résisté aux pressions de leurs commanditaires et ne s’alignent pas au départ de la course. Lauda en sera la principale victime, lui qui était sur place jusqu’au samedi midi dans l’espoir de courir malgré tout.

Niki Lauda, à peine de retour sur les circuits depuis moins d'une saison, fait les frais de la guerre qui anime la F1
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La grille de départ ne se compose que de 14 voitures: Ferrari, Renault, Alfa Romeo, Osella, Toleman, Tyrrell donc et ATS. L’écurie de Günther Schmidt s’est désolidarisée de la FOCA car elle tient là une superbe occasion d’aller marquer de précieux points. Mais Ecclestone n’est pas dupe et bloque le camion de pneus de l’écurie en Angleterre. C’est ainsi que Salazar et Winkelhock sa qualifient avec de vieux Avon à l’avant et des Pirelli radiaux à l’arrière…

Contrairement à l’Espagne en 1980 et à l’Afrique du Sud en 1981, Saint-Marin comptera bien pour le championnat du monde 1982. Tant pis pour les écuries de la FOCA qui ont déserté ! Cependant, les tifosi voient les Renault monopoliser la première ligne, avec Arnoux en pole devant Prost, Villeneuve et Pironi. Seules ces quatre voitures se joueront la victoire, tandis que les autres se contenteront de jouer les accessits.

Dès le départ, Arnoux s’envole depuis la pole position devant les Ferrari, tandis que Prost perd rapidement du terrain. Le Forézien n’a pas le temps d’aller bien loin, puisqu’il abandonne dans le septième tour, laissant Arnoux seul face aux Ferrari. Derrière, les abandons se multiplient, avec Henton, Paletti, Warwick et de Cesaris qui sont tous déjà hors course au 12ème tour. Arnoux est alors en tête devant Villeneuve, Pironi, Alboreto, Giacomelli et Fabi.

Devant, la bataille fait rage surtout que les Ferrari jouent à domicile, soutenues par tout un peuple. Arnoux, Villeneuve et Pironi se livrent un duel enragé et passionné pour la tête de la course, sachant que personne ne peut les rattraper. Seul Alboreto tient plus ou moins leur rythme à distance respectable, tandis que Jarier est à quasiment un tour avec sa modeste Osella. Mais dans le 45ème tour, les tifosi se lèvent comme un seul homme pour acclamer la casse moteur d’Arnoux, qui laisse les deux Ferrari seules aux commandes !

Pironi et Villeneuve se livrent une bataille au Grand Prix de San Marino 1982

C’est alors que va se dérouler un curieux spectacle. Alors loin devant et assurées d’un doublé, les Ferrari auraient pu se contenter de geler les positions et d’assurer le coup. Mais Pironi décide d’attaquer Villeneuve et de prendre la tête. Le Québécois réplique et dans la 50ème boucle, le panneau « SLOW » est brandi aux deux pilotes pour calmer le jeu. En tête, Villeneuve pense avoir course gagnée, mais le Français décide de jouer son va-tout quoi qu’il arrive.

Les derniers tours sont le théâtre d’une passe d’armes fratricide entre les deux pilotes. Un temps surpris, Villeneuve passe à l’attaque et repasse Pironi dans l’avant-dernier tour, mais le Français réplique et le redouble dans le dernier tour pour sceller sa victoire. Derrière eux, Alboreto signe son premier podium après une course discrète mais sans erreur, Jarier marque les premiers points d’Osella, et Salazar marque deux points pour le compte d’ATS. Mais après la course, Villeneuve est absolument furieux après Pironi, se sentant trahi. Son obsession est désormais de battre son coéquipier quoi qu’il arrive. Le tribut sera lourd à payer… Pendant ce temps, Ecclestone est quelque peu désavoué. Lui qui pensait que le Grand Prix serait une soporifique purge se rend compte de son erreur…

Il décide donc pour le Grand Prix suivant en Belgique d’accorder ses violons et de se conformer à l’interdiction de ces réservoirs factices. Mais cette saison 1982, au-delà de la politique, va connaître son premier drame. Obsédé par la volonté de battre Pironi à tout prix, Villeneuve percute à pleine vitesse la March de Mass à la suite d’une mésentente, et est victime d’un terrible accident au cours duquel il est éjecté. Très grièvement blessé, il succombe à l’hôpital dans la soirée, et son accident favorisera la fin de l’effet de sol entre autres choses. La Formule 1 vient alors de perdre l’un des meilleurs pilotes de son histoire, et il ne sera hélas pas le seul cette année.

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Né avec le rêve de rejoindre Schumacher, Senna ou encore Prost au firmament de la Formule 1, aujourd'hui j'essaie de raconter leur histoire, ainsi que celle de tous les pilotes et de toutes les écuries qui ont fait, font et feront la légende d'un des plus beaux sports du monde.

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