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Les records indésirés : Chris Amon, maudit vous avez dit ?

Au-delà du sport et de la course en elle-même, la Formule 1 représente tout un tas de records dans divers domaines. Si certains comme Lewis Hamilton ou Max Verstappen brisent les plus prestigieux, d’autres en détiennent de moins enviables… Nous allons ainsi revenir sur ces records dont personne ne veut, avec ici en vedette le Néo-Zélandais Chris Amon, qui connut une carrière marquée du sceau de la malchance…

La carrière en Formule 1 de Chris Amon peut se résumer en une phrase, prononcée dans le paddock d’alors : « Il est si malchanceux que s’il investissait dans les pompes funèbres, les gens arrêteraient de mourir ». Les chiffres montrent une carrière que bon nombre de pilotes envieraient avec 11 podiums, 5 pole positions, 3 meilleurs tours en course ou encore 183 tours en tête. Ce qu’ils ne disent pas, c’est que plusieurs victoires devraient également y figurer…

Chris Amon a commencé sa carrière de pilote dans sa Nouvelle-Zélande natale, où il a vu le jour en 1943. Si sa première voiture de course est une Austin A40 achetée par son père, il passe ensuite à des modèles plus puissants (une Maserati 250F entre autres) Il commence réellement à faire parler de lui lorsqu’il récupère la Cooper-Climax T51 qui a vu la première victoire en F1 d’un autre enfant du pays, un certain Bruce McLaren. Il l’engage pour des courses dans le pays, mais des casses mécaniques à répétition l’empêchent de terminer la moindre course. Son rythme est cependant suffisant pour attirer l’attention de Reg Parnell, qui gère alors sa propre écurie de course en Angleterre pour le ramener avec lui.

Chris Amon et sa A40

Chris se retrouve ainsi propulsé en Formule 1 à seulement 19 ans, ce qui fait de lui le second plus jeune pilote de l’histoire derrière le regretté Ricardo Rodriguez. Sa malchance commence cependant dès son premier Grand Prix : initialement aligné, il doit céder sa voiture à Maurice Trintignant, victime d’un problème mécanique aux essais… Ses quatre premières années en Formule 1 ne sont pas réellement un succès.

S’il bat régulièrement en qualifications ses équipiers (Hailwood, Bianchi, Gregory…), il ne dispute que 17 Grands Prix sur cette période et ne marque que deux points (cinquième du Grand Prix des Pays-Bas 1964). Il est régulièrement victime d’un jeu de chaises musicales incessant entre les diverses écuries, si bien qu’il se retrouve sans volant permanent, condamné à faire des piges ci et là.

Mais cette année 1966 marque un tournant dans sa carrière. Membre de l’incroyable armada Ford qui n’amène pas moins de 13 voitures, dont 8 GT40 MKII dans le seul but d’humilier Ferrari, il fait équipe avec Bruce McLaren sur la voiture n°2. Les deux néo-zélandais vont ainsi profiter des consignes de course de Henry Ford II (qui ordonne à la n°1 de ralentir pour assurer un finish ex-aequo) pour souffler la victoire à leur compatriote Denny Hulme et au pilote d’essais Ken Miles. Enzo Ferrari, humilié à la suite de la déroute totale des 330 P3 et à court de pilotes de pointe en F1 décide donc de le débaucher pour la saison 1967. Amon se retrouve associé à Lorenzo Bandini, Lodovico Scarfiotti et Mike Parkes.

Chris Amon-GP de Monaco 1967-Eric Della Faille

Cette saison 1967 se révèlera être la meilleure du néo-zélandais en F1. Disposant enfin d’un matériel lui donnant une chance de se battre avec les meilleurs, il termine six des sept premières courses de la saison dans les points, dont quatre sur la troisième marche du podium. Il termine ainsi cinquième du championnat, à égalité de points avec John Surtees (mais devant car vainqueur en Italie), mais loin derrière Hulme, Brabham et Clark. En endurance, il signe avec Ferrari un magnifique pied de nez à Ford en gagnant à Daytona, qui pour l’occasion réalise une bien meilleure photo-finish que les Américains l’an dernier.

Cependant, il est le seul espoir pour Ferrari sur une saison 1967 marquée par la mort de Bandini après un terrible accident à Monaco, le grave accident de Mike Parkes et la pause prise par Lodovico Scarfiotti (qui se tue l’année suivante dans une course de côte). Amon fait ainsi équipe avec le réserviste Jonathan Williams pour la dernière course de la saison au Mexique, qui court ici son seul Grand Prix en carrière.

1968 est marquée par l’autorisation des publicités sur les voitures ainsi que par le réel début de la domination du moteur Cosworth. Ferrari elle semble retrouver des couleurs en engageant aux côtés d’Amon le jeune belge Jacky Ickx, promis à un avenir brillant. Ce dernier gagne le tragique Grand Prix de France (marqué par la mort de Jo Schlesser), le seul à échapper à l’armada Ford… qui peut remercier la poisse légendaire d’Amon.

Quatrième en Afrique du Sud en début de saison sans pouvoir jouer la victoire, il enchaîne trois poles consécutives (Espagne, Belgique, Pays-Bas), mais ne signe qu’un point. Dominateur à Jarama, il mène jusqu’au 57ème tour avant d’être trahi par sa pompe à essence. S’il se retrouve troisième en Belgique après quelques tours, il est dans le coup jusque dans le 8ème tour avant de casser un radiateur. A Zandvoort, il est victime de problèmes mécaniques et ne termine que 6ème à plusieurs tours. Malgré de superbes qualifications, il termine second à Brands Hatch derrière Siffert puis ne termine plus une seule course de la saison.

Il se retrouve ainsi à mener plus de 70 tours au Canada… avant de voir sa transmission casser et le contraindre à l’abandon. C’est son coéquipier Ickx qui doit alors le consoler tant il est dépité d’avoir une fois de plus laissé filer la victoire ainsi.

Zandvoort reste la seule course à retenir de la saison 1969 d’Amon. S’il s’impose en Formule Tasmane pendant l’intersaison, il ne termine qu’une seule course, puisqu’il termine troisième aux Pays-Bas. Une fois de plus, la malchance le frappe en Espagne alors qu’il pouvait largement remporter sa première course. Leader à partir du 20ème tour après le spectaculaire accident de Jochen Rindt, il compte plus de 40 secondes d’avance sur Stewart et a donc course gagnée… Las, le V12 expire 36 boucles plus tard, laissant le Kiwi sur le bord de la route, encore une fois. Sa fin de saison tourne à la farce puisqu’il ne court plus un seul Grand Prix après la Grande-Bretagne, et il rejoint Siffert chez March en 1970.

Cette aventure avec le jeune constructeur anglais est marquée par de nouvelles belles performances (trois podiums et 23 points), mais une fois de plus Amon ne gagne pas. IL passe près de la victoire en Belgique, où il mène dans les premiers tours avant d’être distancé et vaincu par Pedro Rodriguez. Il signe néanmoins le meilleur tour en course en 3’27’’4 sur l’ancien circuit de Spa-Francorchamps, à près de 245 km/h de vitesse moyenne ! (Henri Pescarolo tournera en 3’13’’4 avec la Matra MS 670 en 1973… à plus de 262 km/h de moyenne ! Autant dire que ces pilotes étaient de véritables gladiateurs quand on voit la sécurité sommaire d’alors…)

Chris Amon à Spa-Francorchamps en 1970

C’est justement chez Matra qu’Amon signe en 1971, et y reste deux saisons. Chaque saison lui offrira une chance d’aller gagner, mais à chaque fois rien ne va se passer comme prévu.

Tout le monde se rappelle du finish incroyable de Monza 1971, de la manœuvre plus qu’osée de Gethin pour aller chercher la victoire devant Peterson et Cevert. Il aura toutefois fallu un incroyable coup du sort pour que l’Américain s’offre la victoire la plus serrée de l’histoire de la discipline (10 millièmes de seconde !). En effet, l’homme fort du week-end se nomme Chris Amon, et le Néo-Zélandais signe la pole, la quatrième de sa carrière et la première depuis plus de trois ans. Après une course assez mouvementée, il mène à 10 tours du but et enfin voit sa première victoire. C’est alors qu’il réussit ce que personne n’avait jamais fait malgré lui : il arrache sa visière à 250 km/h en voulant enlever un tire-off ! Il est contraint de lever le pied pour éviter un accident et ne termine que sixième… Jackie Stewart dira de cet incident que « pareille chose n’arrive jamais, mais si c’est le cas, c’est pour Amon ! »

Pour le Grand Prix de France 1972, Matra vient de gagner aux 24 Heures du Mans et veut se reprendre en F1. C’est ainsi que l’écurie française amène une nouvelle monoplace, la Matra 120 D. A son volant, Amon laisse entrevoir le potentiel de la voiture en signant la pole, la cinquième et dernière de sa carrière. Cependant, les pierres volcaniques des volcans d’Auvergne jonchent la piste de Charade et la moindre sortie de la trajectoire peut se terminer en crevaison ou accident. C’est ainsi que dans le 9ème tour, Fittipaldi projette bien malgré lui une pierre qui vient se ficher dans le visage du malheureux Helmut Marko. L’Autrichien parvient à stopper sa monoplace, mais perd un œil dans cet accident. Dans le 20ème tour, la malchance frappe de nouveau Amon : il a crevé à l’avant-droit ! Après un bout de tour au ralenti et un long arrêt aux stands, il repart huitième le couteau entre les dents. Claquant meilleur tour sur meilleur tour, il termine troisième derrière Stewart et Fittipaldi, non sans avoir doublé Peterson et Cevert d’un seul coup mais est clairement le grand battu de cette course.

l'Amon AF101

Cela restera sa dernière chance de jouer la victoire, ainsi que son dernier podium. Il se retrouve sans volant début 1973 et accepte de courir pour la petite écurie Tecno. S’il termine sixième de la première course de la saison, il ne brillera pas outre-mesure, ce qui lui donne l’idée de concevoir sa propre monoplace en 1974. L’Amon AF101 est un échec total avec seulement deux qualifications, si bien qu’Amon finit la saison chez BRM. Après deux piges chez Ensign en 1975, il termine sa carrière dans cette écurie en 1976. Cinquième en Espagne (ses derniers points en F1), sa malchance le frappe une dernière fois en Suède. Qualifié troisième et quatrième jusqu’à la mi-course, il est victime d’une rupture de suspension alors qu’il venait de dépasser Depailler pour aller chercher un podium…

Faute de volants intéressants et choqué par le terrible accident de Lauda, il décide de mettre un terme à sa carrière, se retrouvant avec la bagatelle de 183 tours menés sans jamais gagner. Il est le pilote ayant signé le plus de pole positions sans jamais gagner avec cinq (Teo Fabi et Jarier en sont restés à trois, deux autres pilotes ayant eu eux aussi leur lot de malchance…). Toutefois, il court une dernière course en Can-Am avant de laisser sa place à un certain Gilles Villeneuve, qu’il s’empressera de recommander à Enzo Ferrari.

Chris Amon GP Monaco 1976

Amon a ensuite pris les rênes de la ferme familiale avant de devenir consultant chez Toyota en Nouvelle-Zélande. Il participe en 2003 à la Dunlop Targa New Zealand, avec ni plus ni moins que le légendaire Murray Walker comme copilote, puis au EnergyWise Rally l’année suivante, qu’il remporte sur une Toyota Prius (bien loin des Ferrari, BRM et autres Matra…). Il est également célébré en 2011 et 2013 par le New Zealand Festival of Motor Racing, en particulier en 2011 où il reprend entre autres le volant de l’Amon AF101. Chris Amon décède des suites d’un cancer le 3 août 2016, à seulement 73 ans.

Il est difficile de savoir combien de chats noirs Amon a croisé pendant sa carrière. Casses mécaniques, crevaison et même visière involontairement arrachée, il aura vraiment tout eu sauf une victoire pourtant ô combien méritée. Il n’aura cependant eu que 6 saisons (1967-1972) pour réellement briller de façon régulière, car disposant d’un matériel lui permettant d’exprimer son talent. Pilote talentueux et rapide comme le prouve sa victoire (un brin chanceuse) au Mans en 1966, il aurait dû gagner au moins 4 ou 5 Grands Prix et pourquoi pas devenir un potentiel prétendant à la couronne mondiale. Hélas, il n‘a jamais eu cette bonne étoile qui lui aurait permis de devenir l’un des plus grands de ce sport.

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Né avec le rêve de rejoindre Schumacher, Senna ou encore Prost au firmament de la Formule 1, aujourd'hui j'essaie de raconter leur histoire, ainsi que celle de tous les pilotes et de toutes les écuries qui ont fait, font et feront la légende d'un des plus beaux sports du monde.

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