La visière des femmes,  Séries

Les femmes en F1: Giovanna Amati, un coup de publicité


Qu’on le veuille ou non, la Formule 1, et le sport auto en général, sont réputés pour être une affaire d’hommes. Bien que cette année voit la création du championnat W Series uniquement réservé aux femmes, ou la titularisation de Tatiana Calderón en F2, peu de femmes ont pu accéder à la F1. En 70 ans, seules cinq ont tenté de participer à un Grand Prix, et aucune n’a eu le succès d’une Michèle Mouton en rallye ou d’une Danica Patrick en IndyCar.

Sur les cinq femmes ayant essayé de participer au championnat du monde de F1, trois d’entre elles étaient italiennes, et Giovanna Amati est la dernière d’entre elles. Née à Rome en 1959, elle grandit dans un milieu aisé, sa mère étant actrice et son père propriétaire d’une chaîne de cinémas en Italie.

En 1978, elle est kidnappée par un gang mené par le gangster français Jean Daniel Nieto. Contre sa libération, 800 millions de lires (l’équivalent d’un million de dollars) sont réclamées. Pendant que la police mène l’enquête et que ses parents rassemblent l’argent (leurs banques ayant gelé leurs comptes pour qu’ils ne payent pas la rançon), Giovanna est captive dans des conditions terribles. Elle se retrouve ainsi enfermée dans une cage en bois pendant 75 jours, abusée sexuellement et mentalement. Seul Nieto tente de la protéger tant bien que mal des agissements de ses complices. Arrêté un peu plus tard, il sera condamné à 18 ans de prison avant de s’évader en 1989.

Au début des années 1980, Giovanna prend la décision de rejoindre une école de pilotage afin de perfectionner ses capacités, avec notamment son ami de feu Elio de Angelis. Courant en Formule Abarth pendant quelques années, elle y signe quelques victoires, avant de monter en Formule 3 en 1985. Deux ans et quelques victoires plus tard, elle rejoint le championnat de Formule 3000 en 1987, surtout aidée par son portefeuille et le fait qu’elle soit une femme dans un monde majoritairement masculin. Pourtant en piste, l’histoire était tout autre. Giovanna raconte ainsi dans son livre Fast Life qu’elle devait régulièrement changer la décoration de sa voiture pour ne pas être reconnue de ses concurrents, qui préféraient finir dans le décor avec elle plutôt que de la voir les dépasser.

En cinq ans de Formule 3000 (dont une saison exilée au Japon), ses performances seront loin d’être remarquables, son meilleur résultat étant une septième place au Mans en 1991. Elle se fait remarquer lors de la manche de Monza en 1988, où Alesi, incapable de dépasser la Romaine, sort mort de honte de sa voiture, incapable d’encaisser le fait d’avoir été battu par une femme (il se fera remarquer pour le même style de machisme à l’encontre de Susie Wolff en DTM). Deux ans plus tard, elle expédie Phil Andrews hors-piste alors qu’il est lancé à plus de 260 km/h à Brands Hatch. L’Anglais s’en sort miraculeusement indemne alors que sa voiture est détruite, et manque de peu de coller une raclée monumentale à Amati.

Fin 1991, elle tombe amoureuse du jet-setteur italien Flavio Briatore, le patron de Benetton à l’époque et qui joue dans le camp des outsiders et vainqueurs occasionnels depuis quelques années. Briatore lui donne l’opportunité d’effectuer trente tours au volant de la Benetton B191. Ses temps au tour ne seront pas communiqués, mais il ne fait nul doute qu’ils étaient très loin de ceux réalisés par Piquet, Schumacher ou même Moreno. C’est ainsi que ses chances de piloter pour Benetton s’envolent, et elle cherche donc un volant outre-Atlantique.

Mais fin janvier, le pilote japonais Akihiko Nakaya, initialement engagé avec Brabham, se voit refuser sa superlicence, les championnats japonais ne comptant pas dans son attribution. Ecclestone appelle alors Amati, qui hésite car elle n’a pas le budget nécessaire pour courir. Mais après quelques arrangements avec le Premier Ministre italien de l’époque, la voilà engagée chez Brabham pour la saison 1992 ! Il s’agit plus d’un coup marketing qu’autre chose : l’écurie est à court de liquidités et la Romaine doit être un coup de projecteur sur l’écurie afin de voir se bousculer les sponsors et commanditaires.

Hélas, elle ne tentera de se qualifier que pour trois Grands Prix, le temps de montrer qu’elle n’a pas le niveau pour la discipline. En manque total d’expérience et au volant d’une des pires voitures du plateau (seule l’Andrea Moda S921 est plus lente que la Brabham BT60B), elle se retrouve complètement larguée en piste. A Kyalami, elle finit à neuf secondes de Mansell, le poleman, à quatre secondes de Van de Poele, son coéquipier et dernier pilote qualifié, et à trois secondes de Modena, avant-dernier des qualifications, le tout en ayant collectionné les tête-à-queue (ce qui lui vaudra le surnom de « toupie »).

A Imola, le scénario se répète, elle est à neuf secondes de la pole, à quatre secondes de la qualification et à trois secondes de son coéquipier. Les écarts augmentent encore au Brésil, où elle est à onze secondes de la pole, à six secondes de la qualification et à cinq secondes de son coéquipier ! Elle est finalement limogée à la suite de cette énième performance catastrophique, n’ayant pu attirer le moindre sponsor. Son remplaçant ne sera autre que Damon Hill, qui sera en mesure de se qualifier deux fois et d’être le dernier pilote à amener une Brabham à l’arrivée d’un Grand Prix (douzième en Hongrie).

Giovanna Amati continuera sa carrière dans le sport automobile tout au long des années 1990, courant notamment dans le championnat Ferrari Challenge, avant de se reconvertir dans le commentaire télé ou encore dans l’écriture d’articles en Italie.

Depuis 1992, seules Tatiana Calderón, Susie Wolff (épouse de Toto Wolff, fille de Paul Stoddart, ex-patron de Minardi) et Maria de Villota (fille de l’ex-pilote F1 Emilio de Villota) ont pris le volant d’une F1. Cette dernière a par ailleurs été victime d’un grave accident en essais privés en 2012 sur une Marussia, percutant un camion en stationnement. Opérée le lendemain de l’accident à la tête et au visage, elle perdra un œil, les sens du goût et de l’odorat, avant de décéder un an et demi plus tard des suites de ses blessures. Susie Wolff a quant à elle couru en DTM pendant plusieurs années avant de faire deux séances d’essais pour le compte de Williams F1 en 2014. Tatiana Calderón est elle pilote d’essais pour Alfa Romeo et pilote pour le compte de BWT Arden pour la saison 2019 de Formule 2.

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Né avec le rêve de rejoindre Schumacher, Senna ou encore Prost au firmament de la Formule 1, aujourd'hui j'essaie de raconter leur histoire, ainsi que celle de tous les pilotes et de toutes les écuries qui ont fait, font et feront la légende d'un des plus beaux sports du monde.

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