La visière des femmes,  Séries

Les femmes en F1 : Désiré Wilson, la seule gagnante d’un Grand Prix


Qu’on le veuille ou non, la Formule 1 et le sport auto en général, sont réputés pour être une affaire d’hommes. Bien que cette année voit la création du championnat W Series uniquement réservé aux femmes, ou encore la titularisation de Tatiana Calderón en F2, peu de femmes ont pu accéder à la F1. En 70 ans, seules cinq ont tenté de participer à un Grand Prix, et aucune n’a eu le succès d’une Michèle Mouton en rallye ou d’une Danica Patrick en IndyCar.

Désiré Wilson a vu le jour le 26 novembre 1953 à Brakpan, en Afrique du Sud, et a commencé dès l’âge de douze ans à démontrer de réelles capacités de pilotage en se faisant remarquer dans des courses de Midget Car. Championne nationale de Formule Ford 1975 et 1976, elle part disputer des courses de Formule Ford 2000 en Europe pour la saison 1977. Engagée dans les championnats belge et britannique, elle termine troisième et quatrième, le tout en signant deux victoires.

1978 la voit effectuer un grand pas en avant, puisqu’elle décide de participer à l’Aurora AFX F1 Championship, ou championnat de F1 britannique. On retrouvait dans ce championnat pléthore d’écuries privées et de pilotes qui pour la plupart ne réussissaient pas au niveau mondial, tels que les champions Tony Trimmer ou Emilio de Villota. C’est ici que la Sud-Africaine va signer ses premiers résultats au volant d’une vieille Ensign N175, disputant cinq courses et signant quatre top six, ainsi qu’un podium à Thruxton, le premier d’une femme en F1 tous championnats confondus.

La saison 1979 sera encore plus couronnée de réussite. Wilson devient la première femme à mener un Grand Prix à Zolder, première manche du championnat de F1 britannique. Victime d’un tête à queue, elle parvient cependant à terminer sur le podium, s’offrant en prime le record du tour en course. Trois autres podiums suivront celui-ci, et elle terminera la saison septième au championnat avec neuf top six en quinze courses.

L’apogée de sa carrière sera cependant durant la saison 1980. Lors de la deuxième course de F1 britannique à Brands Hatch, elle devient la première femme à remporter une course dans la discipline, s’adjugeant le meilleur tour en course à nouveau. Elle signe deux autres podiums mais elle ne peut hélas courir tout le championnat par manque d’argent et ne finit que sixième. Associée à Alain de Cadenet en Endurance, elle termine troisième des 1000km de Brands Hatch, avant de remporter les 1000km de Monza et les 6 Heures de Silverstone.

De telles performances font monter sa cote, si bien que John Macdonald, alors patron de l’écurie privée RAM Racing, décide de la convier à un test au volant d’une vieille Williams FW07 à Brands Hatch. Douzième à la fin de ces essais, elle ne pourra transformer l’essai lors du Grand Prix de Grande-Bretagne. Elle manque d’expérience et étant au volant d’une moins bonne voiture, elle rate la qualification de plus d’une seconde. Elle devient cependant la quatrième femme à tenter l’aventure de la Formule 1 au niveau mondial. Par la même occasion, elle ne peut participer aux 24 Heures du Mans cette année-là, un accident aux essais entraîne un forfait forcé par l’ACO malgré un huitième temps sur la grille.

Cependant, Ken Tyrrell décide de lui offrir une nouvelle chance en la laissant courir son Grand Prix national (qui ne comptera pas au championnat du monde sur fond de guerre FISA-FOCA). Qualifiée seulement 16e et ratant son départ, elle parvient malgré tout à remonter jusqu’en sixième place, avant de devoir renoncer suite à un tête à queue et des problèmes de boîte de vitesse. Impressionné par son talent, Tyrrell décide de lui offrir d’autres chances de courir, mais faute d’argent et victime de l’apartheid, elle se voit obligée de décliner cette très belle offre.

On la revoit par la suite en Sport-Prototypes, glanant quelques places d’honneur comme une septième place aux 24 Heures du Mans 1983 ou encore aux Etats-Unis en championnat CART. Elle a notamment échoué par trois fois à se qualifier aux 500 Miles d’Indianapolis, notamment en 1982 à cause de problèmes moteurs et de l’accident mortel de Gordon Smiley, son coéquipier. Tapant le mur de face à plus de 300 km/h après avoir perdu le contrôle de sa March 82C, il est tué sur le coup dans ce qui reste comme l’un des accidents les plus horribles du sport automobile, sa voiture se disloquant totalement sous la violence du choc.

Désiré Wilson aurait clairement pu avoir une très belle carrière en Formule 1 mais la chance a joué contre elle alors que le coup de volant était présent. Elle est aujourd’hui mariée à Alan Wilson, qui a designé de nombreux circuits de course, et participe de temps à autre au Goodwood Revival.

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Né avec le rêve de rejoindre Schumacher, Senna ou encore Prost au firmament de la Formule 1, aujourd'hui j'essaie de raconter leur histoire, ainsi que celle de tous les pilotes et de toutes les écuries qui ont fait, font et feront la légende d'un des plus beaux sports du monde.

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