Séries

Les femmes en F1: Maria Teresa de Filippis, la pionnière


Qu’on le veuille ou non, la Formule 1, et le sport auto en général, sont réputés pour être une affaire d’hommes. Bien que cette année voit la création du championnat W Series uniquement réservé aux femmes, ou la titularisation de Tatiana Calderón en F2, peu de femmes ont pu accéder à la F1. En 70 ans, seules cinq ont tenté de participer à un Grand Prix, et aucune n’a eu le succès d’une Michèle Mouton en rallye ou d’une Danica Patrick en IndyCar.

Née en 1926 en Italie, Maria Teresa de Filippis, petite dernière d’une famille bourgeoise, se dirigeait initialement vers une carrière dans l’équitation. Elle découvre le sport automobile à 20 ans et décide finalement de s’y lancer, sous l’impulsion de ses trois frères aînés. Possédant un talent certain, elle court pour la première fois en 1949, au volant d’une Fiat Topolino 500. Cinq ans plus tard, elle termine vice-championne d’Italie de la catégorie.

En 1955, elle décide de passer dans la catégorie supérieure. Elle rachète la Maserati A6GC 2 litres de Luigi Musso, un de ses amis proches avec qui elle aurait même eu une aventure amoureuse. Elle mêle alors à la fois les courses sur circuit et les courses de côte en Italie.Malheureusement, elle est victime de deux accidents qui abrègent sa saison. Deux ans plus tard, elle intègre la Scuderia Centro Sud, une des plus grosses écuries privées italiennes à cette époque. Malgré le peu d’argent dont elle dispose, elle parvient à racheter l’ancienne Maserati 250F de Juan Manuel Fangio.

Après avoir disputé de nombreuses épreuves hors-championnat (avec en point d’orgue une cinquième place à Syracuse, le meilleur résultat d’une femme dans une épreuve mondiale de F1), la Napolitaine va tenter de participer à son premier Grand Prix à Monaco, épreuve difficile et éreintante s’il en est. Seules seize voitures sont admises sur la grille de départ, et la Pilotina ne fera mieux qu’une 23ème place, synonyme de non-qualification (pour l’anecdote, un certain Bernie Ecclestone avait également tenté de se qualifier). Ce Grand Prix marque cependant la première participation d’une femme à une épreuve du Championnat du Monde.

Un mois plus tard, elle participe au Grand Prix de Belgique, à Spa-Francorchamps. Qualifiée seulement 19e et dernière sur la grille, à plus de six secondes du 18e, elle terminera en 10e et dernière position, en ayant devancé quelques tours le local Olivier Gendebien, futur 6e. Sur le circuit portuguais, elle est 15ème et de nouveau dernière à quinze secondes de Jo Bonnier, et abandonne sur casse moteur au bout de six tours, en ayant devancé Cliff Allison, qui lui aussi, abandonnait quelques tours plus tard.

Son plus bel exploit restera le Grand Prix d’Italie 1958, disputé à Monza. De nouveau qualifiée dernière sur la grille à la 21e place, elle profite de nombreux abandons pour se hisser jusqu’en cinquième position, devant Roy Salvadori, Graham Hill et Cliff Allison ! Mais à treize tours de l’arrivée, une bielle lâche et son moteur casse. Maria est contrainte à l’abandon alors qu’elle était en passe de marquer ses premiers points au championnat du monde.

Pour la saison 1959, elle décide d’acheter une Porsche de Formule 2 et de courir dans l’écurie du français Jean Behra. Non-qualifiée à Monaco (21e des qualifications alors que seules 16 voitures sont admises sur la grille), elle devait initialement participer au Grand Prix d’Allemagne. Une course organisée à l’époque non pas sur la Nordscheleife mais sur l’anneau de l’AVUS, un tracé sur lequel elle ne roulera pas cette année-là. Lors de la course de voitures de sport organisée en lever de rideau du Grand Prix F1, Jean Behra perd le contrôle de sa Porsche 718 RSK et percute de plein fouet un support en béton. Le Niçois est tué sur le coup. Marquée par cet accident fatal ainsi que par la mort de Luigi Musso l’année précédente lors du Grand Prix de France, elle décide de mettre un terme définitif à sa carrière de pilote, refusant de mourir de sa passion. Ne retrouvant le volant que pour quelques événements historiques, elle décède le 9 janvier 2016, à l’âge de 89 ans, non sans avoir prouvé qu’une femme peut parfaitement courir en F1. Elle permettra en quelque sorte à d’autres femmes de tenter l’aventure de la discipline reine, notamment dans les années 70.

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Né avec le rêve de rejoindre Schumacher, Senna ou encore Prost au firmament de la Formule 1, aujourd'hui j'essaie de raconter leur histoire, ainsi que celle de tous les pilotes et de toutes les écuries qui ont fait, font et feront la légende d'un des plus beaux sports du monde.

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