Séries

Les faux espoirs hivernaux : Prost AP04, des attentes vite douchées

Depuis des années déjà, les essais d’intersaison sont l’occasion pour les différentes écuries de tester leur voiture pour la saison qui arrive. Tout le monde essaie ainsi de se situer par rapport au reste du peloton, pour savoir où leur création va passer la majeure partie de son temps. Il arrive cependant que leurs espoirs soient douchés dès la première course, voire même dès les premiers tours de roue. Retour en 2001 sur la Prost AP04, dernière voiture de l’écurie d’Alain Prost.

La Prost AP04 restera la dernière monoplace de l’écurie du quadruple champion du monde français. Lui qui rêvait de devenir chef d’écurie, il a finalement racheté Ligier le 13 février 1997, après une première tentative avortée quelques années plus tôt. Cependant, la première Prost n’est autre qu’une Ligier rebadgée, mais performante. Olivier Panis enchaîne les bons résultats en début de saison (deux podiums et plusieurs qualifications à l’avant de la grille). 

Son coéquipier Shinji Nakano est loin derrière, et marque son premier point au Canada, qui est un coup dur terrible pour l’écurie. Olivier Panis y est victime d’un terrible accident et se brise les deux jambes. Il est ainsi remplacé par Jarno Trulli, débauché de chez Minardi mais la fiabilité en baisse va trahir l’Italien. Sa course la plus notable reste le Grand Prix d’Autriche, où il mène 37 tours avant d’abandonner dans le 58ème tour, alors qu’il est second. Panis revient en fin de saison et termine sixième sur le Nürburgring.

Sixième pour sa première saison, Prost repart de zéro pour 1998 avec la Prost AP01, la première issue du partenariat avec Peugeot. Si Panis et Trulli sont conservés (et Nakano évincé), la nouvelle réglementation fait que la voiture passe le plus clair de son temps en queue de peloton. Seul Trulli ramènera un point sous le déluge de Spa-Francorchamps. La saison 1999 sera elle celle de la frustration, avec de nombreuses occasions manquées sauvées par la deuxième place de Trulli sous le déluge du Grand Prix d’Europe.

Prost AP01

La Prost AP03 de 2000 sera quant à elle une calamité absolue. Malgré une restructuration totale de l’écurie, des ingénieurs aux pilotes et sponsors, le nouveau V10 Peugeot va plomber la moindre lueur d’espoir. Sa fiabilité plus qu’aléatoire empêche le développement de la monoplace, qui se bat avec les Minardi ! Qui plus est, les mécaniciens finissent par se mettre en grève lors du Grand Prix de France, excédés d’être constamment pointés du doigt par Prost et Alesi. Le climax de cette débandade survient en Autriche, où Alesi et Heidfeld s’accrochent piteusement. Prost termine 11ème et dernière, derrière Minardi !

La saison 2001 s’annonce plus que compliquée pour l’écurie française. La plupart des sponsors sont partis, et le budget est plus que serré. De plus, Peugeot s’est retiré et Ferrari demande le prix fort pour fournir l’écurie française. Devant une telle situation, le jeune retraité Pedro Diniz rachète une partie de l’écurie et installe Gaston Mazzacane aux côtés d’Alesi (l’Argentin reste à l’occasion du Grand Prix d’Allemagne 2000 le dernier pilote Minardi à avoir fini dans le tour du vainqueur).

C’est ainsi que la Prost AP04 se présente vierge de tout sponsor à Estoril, pour les essais de présaison. Et là, le tonnerre s’abat sur la grille : Alesi colle une seconde à l’intégralité du peloton, y compris donc Ferrari (qui fournit le moteur !) et McLaren ! Tout le monde s’emballe quelque peu sur la performance de « Jeannot » qui n’a rien perdu de son coup de volant. Une performance d’autant plus étonnante quand on connaît la situation de l’écurie… mais ces spéculations ne tiendront que jusqu’en Australie.

Jean Alesi durant le tests à Estoril. World Copyright - ©Martyn Elford/LAT Photographic

Ni Alesi ni Mazzacane ne peuvent rivaliser avec les meilleurs, et se qualifient à respectivement trois et quatre secondes de la pole position ! En course, seul Alesi termine, mais seulement dixième et à un tour… Lors des essais, la Prost tournait avec un réservoir presque vide, ce qui explique ses temps aussi rapides par rapport à la concurrence. Qui plus est, la situation de l’écurie va aller en se dégradant.

Si Alesi parvient à garder le cap et à marquer quelques points, Mazzacane est remplacé par le Brésilien Luciano Burti après quatre Grands Prix décevants. « Jeannot » termine sixième à Monaco et cinquième au Canada, mais ses relations s’enveniment avec Alain Prost, condamnant une écurie qui n’avait vraiment pas besoin de cela. Il part donc de l’écurie après le Grand Prix d’Allemagne et échange son baquet avec Heinz-Harald Frentzen, qui lui pilotait chez Jordan.

L’Allemand ne fera pas de miracle, tandis que Burti est victime d’un terrible accident à Spa-Francorchamps qui met un terme à sa carrière en F1. Il est remplacé par Tomáš Enge, dont le seul mérite reste d’avoir été le premier pilote de F1 tchèque. Il se fait remarquer de façon plus insolite l’année suivante en perdant son titre en Formule 3000 à la suite d’un contrôle positif au cannabis.

Burti victime d'un accident à Spa-Francorchamps

En fin de saison, la situation financière de l’écurie est critique. Malgré sa neuvième place finale, elle se retrouve criblée de dettes et mise en redressement judiciaire. Malgré tout, la Prost AP05 est mise en chantier et testée en soufflerie avec une maquette à l’échelle ½. Hélas, l’aventure Prost Grand Prix prend fin le 15 janvier 2002 faute de repreneur. L’AP05 rejoint ainsi la longue liste des projets de F1 mort-nés.

Une grosse performance aux essais de présaison n’assure jamais une place sur le devant de la scène tant la performance n’est pas la priorité des grosses écuries. La plupart d’entre elles cherchent juste à tester la voiture, les pièces et repérer les défauts de jeunesse. Le scénario était d’autant plus prévisible que Prost sortait de la pire saison de son histoire. La performance d’Estoril est ainsi restée sans lendemain, et l’écurie a vu tourner cinq pilotes pour courir toute la saison avant de disparaître.

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Né avec le rêve de rejoindre Schumacher, Senna ou encore Prost au firmament de la Formule 1, aujourd'hui j'essaie de raconter leur histoire, ainsi que celle de tous les pilotes et de toutes les écuries qui ont fait, font et feront la légende d'un des plus beaux sports du monde.

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