Séries

Les destins brisés : Jules Bianchi, les meilleurs partent les premiers…

Le 31 août dernier, le sport automobile perdait le jeune pilote français Anthoine Hubert. Percuté dans le Raidillon de Spa à plus de 270 km/h par Juan Manuel Correa, il a succombé à ses blessures quelques heures plus tard. Il n’est hélas pas le premier pilote français à avoir été fauché en pleine ascension vers la consécration suprême. La série se clôt aujourd’hui sur Jules Bianchi, qui aurait pu succéder à Olivier Panis, voire à Alain Prost.

Comme l’indique le titre, Jules Bianchi est hélas de ceux qui ont confirmé ce bien triste adage. Alors qu’il semblait promis à un avenir radieux, la fatalité l’a rattrapé avant qu’il ait pu démontrer tout son talent, ajoutant un drame supplémentaire dans une famille qui pensait en avoir fini avec une sorte de malédiction.

Le pilote français a vu le jour à Nice, en 1989 et comme d’autres pilotes avant lui baigne dès sa plus jeune enfance dans le monde du sport automobile. Son grand-père Mauro et son regretté grand-oncle Lucien furent eux aussi pilotes, et impliqués dans de graves accidents. Les 24 Heures du Mans 1968 sont ainsi le jour et la nuit pour les deux frères. Associé à Pedro Rodriguez, Lucien remporte l’épreuve pour la première et unique fois, tandis que Mauro, qui fait lui équipe avec un certain Patrick Depailler, perd le contrôle de son Alpine dans les Esses du Tertre Rouge. Gravement brûlé, il parvient cependant à sortir lui-même de sa voiture en flammes et est sauvé. Son accident cause indirectement l’abandon de la Matra d’Henri Pescarolo, qui doit renoncer après avoir roulé sur des débris de l’Alpine.

Si Lucien possède un palmarès plus étoffé que Mauro avec plusieurs courses F1 et un succès à Sebring entre autres, il est lui victime d’un accident lors des essais pré-qualificatifs des 24 Heures du Mans 1969. Son Alfa Romeo part en travers juste après la bosse des Hunaudières, percute un poteau télégraphique et explose, ne laissant aucune chance à son pilote. Philippe Bianchi, le père de Jules avouera ne pas s’être lancé dans la discipline par peur de subir un accident d’une telle gravité…

Lucien Bianchi

Mais Jules a le sport auto dans le sang, si bien qu’il conduit son premier kart à seulement trois ans et demi. Par chance, il peut piloter sur des circuits que possèdent ses parents, et il commence la compétition à 10 ans. Il court ainsi en karting jusqu’en 2007, et choisit d’abandonner l’école pour se concentrer uniquement sur le sport automobile. Cette année 2007 le voit commencer sa carrière en monoplace en Formule Renault française et donne une idée de son possible talent. Titré en fin de saison, il est le plus jeune lauréat du championnat, et le premier rookie champion depuis plus de 30 ans et… Alain Prost !

Fort de ce titre, il passe en Formule 3 Euro Series en 2008 chez ART Grand Prix, et a pour coéquipier un certain Nico Hülkenberg, tandis qu’on retrouve pour des piges ou toute la saison Ricciardo, Hartley, Bird, Mortara… soit des noms bien connus aujourd’hui. Si le début de saison est un peu difficile, il gagne les Masters de Formule 3 à Zolder puis deux courses en fin de saison. Troisième du championnat derrière Hülkenberg et Mortara, il est également meilleur rookie de l’année et rempile pour 2009 avec un objectif clair : le titre.

Autant vous dire qu’avec Jules Bianchi, Valtteri Bottas, Esteban Gutiérrez et Adrien Tambay, le line-up de ART Grand Prix pour 2009 a fière allure. Toutefois, le Français va exploiter à 100% sa saison 2008 et l’expérience qu’il a acquise pour dominer outrageusement le championnat, ne laissant aucune chance à ses rivaux en gagnant 9 des 20 courses disputées. Il termine sacré devant Vietoris, Bottas et Sims et se voit tout naturellement offrir un volant en GP2 Series chez ART. Pendant la saison, plusieurs rumeurs circulent sur le Niçois, dont une qui le voit remplacer Badoer chez Ferrari ! La réalité le voit tout de même piloter la Ferrari F60 lors de tests privés, qui s’avèrent concluants puisque Jules intègre la Ferrari Driver Academy, qui à long terme doit l’envoyer chez la Scuderia…

Jules Bianchi chez ART

Mais pour cette saison 2010, il doit se contenter de sa saison de GP2, et l’apprentissage se révèle parfois compliqué. Après avoir participé aux GP2 Asia Series, il connaît une saison mondiale faite de hauts et de bas, entre podiums et accidents. Le plus grave survient en Hongrie, où il se brise une vertèbre mais parvient à revenir pour la manche suivante en Italie. Il termine troisième du championnat et meilleur rookie, loin derrière Maldonado et Pérez mais devant des Van der Garde, Ericsson, Pic… En fin d’année, il est engagé en tant que troisième pilote Ferrari et participe aux tests pour jeunes pilotes en fin de saison, restant cependant loin des meilleurs temps de Ricciardo.

Pour 2011, il cumule donc sa saison en GP2 avec son rôle de troisième pilote Ferrari. Il termine ainsi vice-champion des GP2 Asia Series derrière Romain Grosjean. Victime d’un début de saison compliqué avec de nombreux abandons, il parvient cependant à gagner à Silverstone sous la pluie avant d’enchaîner les arrivées dans les points jusqu’à la fin du championnat. Il termine de nouveau troisième, cette fois derrière Grosjean et Filippi et juste devant Charles Pic. En fin de saison, il pilote à nouveau pour Ferrari cette fois face à Pérez à Fiorano (qu’il bat de près d’une demi-seconde), puis lors des essais pour les jeunes pilotes, qu’il termine second derrière Vergne.

2012 le voit passer troisième pilote chez Force India, et l’écurie indienne lui offre plus de roulage que Ferrari. Il participe ainsi à neuf séances d’essais sur la saison et montre des performances de plus en plus proches des titulaires Hülkenberg et Di Resta, ce qui le place en prétendant à un volant en 2013. D’autre part, il pilote en Formule Renault 3.5 chez Tech 1 Racing et se pose rapidement en prétendant au titre. Hélas, malgré trois victoires, il se fait sortir par Robin Frijns dans la dernière course de la saison et lui laisse le titre pilotes, ce qui ne manque pas de le faire réagir. Il domine les essais des jeunes pilotes avec la Ferrari F2012 et envisage sérieusement de piloter pour Force India dès 2013.

Jules Bianchi au volant de la Ferrari en 2012

Hélas, Adrian Sutil, plus expérimenté et connaissant déjà l’écurie lui est préféré, et il parvient malgré tout à trouver un volant chez Marussia pour la saison 2013. Il doit entre autres ce volant à un défaut de paiement des sponsors de Luis Razia, qui voit ainsi son contrat cassé sur le champ. C’est une décision que ne regrette pas l’écurie russe, qui voit le Français prendre l’ascendant sur Max Chilton et signer de superbes performances compte tenu de son matériel plus que modeste. Avec notamment sa treizième place en Malaisie, il permet à Marussia de devancer Catheram au championnat du monde, ce qui signifie 10 millions d’euros et le dédommagement des frais de transport.

Il est logiquement reconduit pour 2014 et signe la course de sa vie à Monaco. Parti 21ème après un changement de boîte de vitesses, il se retrouve 16ème après la fin du premier tour, et il profite d’une cascade d’abandons pour remonter malgré une pénalité pour un mauvais placement sur la grille. 10ème dans le 60ème tour, il double Magnussen et Räikkönen en fin de course pour terminer à une superbe 8ème place. Il est cependant de nouveau pénalisé pour avoir effectué son stop-and-go sous safety-car et il est finalement classé 9ème. Il marque là ses seuls points en F1, les premiers de Marussia et le meilleur résultat de l’écurie russe.

Jules Bianchi signe un magnifique résultat au Grand Prix de Monaco en 2014. © XPB Images

Vient alors le Grand Prix du Japon, menacé par le typhon Phanfone qui fera plusieurs victimes dans les jours qui suivront le Grand Prix. Jules signe durant ce week-end un contrat pour rouler chez Sauber en 2015, et ainsi avoir une voiture capable de régulièrement jouer les points. Cette course aurait dû se passer comme les autres, mais la pluie et un terrible concours de circonstances vont en décider autrement.

En effet, le typhon fait rage toute la course et la pluie s’abat sur Suzuka. Alors que Massa hurle à la radio d’arrêter la course face au danger que représente cette pluie, Adrian Sutil part à la faute dans la courbe Dunlop, dans le 42ème tour. Une grue arrive alors pour sortir la Sauber de l’Allemand, et les caméras se détournent alors d’elle dans le tour suivant. Le safety car est en piste et la grue n’est plus montrée à l’écran… car un drame terrible vient de se produire.

Les caméras montrent les visages inquiets des mécaniciens de Marussia : Jules Bianchi ne répond plus à la radio. Il faut attendre plusieurs heures avant de comprendre que le pilote français est définitivement perdu. Les images de l’accident ne laissent que peu de place au doute, Jules a perdu le contrôle de sa voiture dans la courbe Dunlop et s’est encastré de plein fouet dans la grue qui évacuait la Sauber de Sutil. L’arceau de sécurité est détruit, et  Victime de graves lésions cérébrales, il se lance ainsi dans un long combat contre la mort. Sur l’initiative de Jean-Eric Vergne, tous les pilotes arborent des stickers « Tous avec Jules #17 » ou encore « Forza Jules #17 ».

Malgré le soutien de toute la communauté F1, des pilotes et des écuries jusqu’aux fans, Jules Bianchi succombe à ses blessures le 17 juillet 2015, après neuf mois de coma. Il est ainsi le premier pilote depuis Ayrton Senna à mourir de ses blessures. Sebastian Vettel lui dédie sa victoire en Hongrie, en rappelant que Jules serait allé chez Ferrari un jour ou l’autre, ce que confirme Luca di Montezemolo. Le rapport final établira que le choc entre le casque de Bianchi et la grue équivalait à une chute de près de 50m d’une voiture (254G). Charles Leclerc, aujourd’hui chez Ferrari fait souvent référence au Niçois, sans qui il n’aurait jamais pu courir en F1.

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Né avec le rêve de rejoindre Schumacher, Senna ou encore Prost au firmament de la Formule 1, aujourd'hui j'essaie de raconter leur histoire, ainsi que celle de tous les pilotes et de toutes les écuries qui ont fait, font et feront la légende d'un des plus beaux sports du monde.

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