Séries

Le titre joué de justesse: 1986, bataille à trois pour une victoire française

Si cette année 2019 est bien partie pour être un récital d’Hamilton, au vu de ses cinq victoires en sept Grand Prix, tous les championnats n’ont pas eu d’issue aussi prévisible en 70 saisons. Retour ce mois-ci sur ces saisons où le titre s’est joué dans la dernière course, voire parfois même dans les derniers virages. Prost peut en témoigner.

Prost, Piquet, Mansell

Deux ans après avoir perdu le titre face à Lauda pour un demi-point, Alain Prost s’est rattrapé en décrochant enfin la timbale, bien aidé par la subite perte de fiabilité de la Ferrari d’Alboreto. S’il termine avec une large avance sur ses poursuivants, une équipe monte cependant en puissance en cette fin de saison : Williams. En effet, Rosberg et Mansell ont tous deux remporté deux courses, dont les trois derniers Grands Prix de la saison, et l’écurie de Grove a recruté ni plus ni moins que Nelson Piquet pour la saison 1986. L’autre pilote à suivre se nomme Ayrton Senna, qui a signé de superbes performances au volant de sa Lotus 97T, notamment sous la pluie à Estoril. Compte tenu de son matériel, il ne peut cependant espérer se battre pour le titre.

Le championnat va se jouer entre Prost, Piquet et Mansell. Senna va tenir la cadence jusqu’en Hongrie. Dominé en performance pure par les Williams, Prost met à profit la fiabilité de sa voiture pour accumuler les podiums et profite des problèmes mécaniques des monoplaces anglaises pour gagner et rester dans la lutte pour le titre. Après la Hongrie, Mansell mène le championnat avec 55 points, avec 7 points d’avance sur Senna, 8 sur Piquet et 11 sur Prost, ce qui le place en favori pour le titre.

Senna, Prost, Mansell, Piquet (Estoril) ©LAT

Prédictions et calculs

Senna perd pied lors des dernières courses et n’est plus en mesure d’aller chercher le titre avant la dernière course en Australie. Nigel Mansell est toujours leader du championnat du monde avec 70 points, avec 6 points d’avance sur Prost et 7 sur Piquet. Or, Mansell et Prost, s’ils finissent dans les points, vont voir leurs plus mauvais résultats décomptés: une sixième place pour Prost (1 point), une quatrième place pour Mansell (3 points). « Il Leone » doit donc finir sur le podium pour être sacré, tandis que Prost et Piquet ne peuvent calculer. Ils doivent gagner en espérant que Mansell ne finisse pas sur le podium, sauf si Prost gagne et que Mansell finit troisième.

Les qualifications offrent une chance de voir le choc des titans tant attendu.Mansell s’offre la pole devant Piquet, Senna et Prost, au terme d’une séance interrompue par une terrible averse. L’Anglais est donc favori pour succéder à Prost d’autant plus qu’il doit se contenter de gérer sa course. Après un bon départ, il est cependant rapidement dépassé par Senna, Piquet et Rosberg, puis gère tranquillement sa course. Devant, Rosberg est parti comme une balle pour sa dernière course et joue le lièvre pour essayer de mettre à mal Piquet afin de sauver le titre pour Prost.

Au 32ème tour, le Forézien abîme ses pneus en se frottant à Berger pour lui prendre un tour. Il décide de tenter un coup de poker en chaussant des enveloppes neuves, mais ses mécaniciens perdent un peu de temps et il n’est que quatrième. Mansell est donc toujours champion, vu qu’il est deuxième devant Piquet et que Rosberg mène toujours la danse. Pour en rajouter, les mécaniciens de chez Williams confirment à leurs pilotes qu’ils n’auront pas besoin de s’arrêter. En effet, ils ont pu constater que les pneus de Prost auraient pu durer encore plusieurs dizaines de tours.

Folie stratégique

Treize tours plus tard, Piquet double Mansell pour la deuxième place et se lance pour aller chercher Rosberg, qui mène avec plus de 35 secondes d’avance, soit un fauteuil plus que confortable. Cependant, les pneus des uns et des autres s’usent peu à peu, et l’inquiétude s’installe chez Williams… Prost remonte sans difficultés, tandis que Rosberg, Piquet et Mansell sont à la peine avec des pneus à la corde. La première alerte a lieu au 63ème tour, lorsque le pneu arrière droit de Rosberg éclate. Mansell reçoit alors l’ordre de rentrer aux stands dès que possible…

Alors lancé à 300 km/h dans la grande ligne droite d’Adélaïde, Mansell voit son pneu arrière gauche exploser. L’Anglais va miraculeusement réussir à maîtriser sa voiture à grands coups de freins et de volant, qui continue de dévaler la ligne droite dans une gerbe d’étincelles. S’il est indemne, en revanche le titre est perdu. Paniqués, les hommes de Williams ramènent Piquet aux stands pour éviter pareille mésaventure, alors qu’il est en tête et en position de gagner le titre !

Le sacre

Prost retrouve donc le commandement à 16 tours de la fin, avec une vingtaine de secondes d’avance sur Piquet. Le Carioca n’a plus qu’une seule stratégie : attaquer. Il essaie donc de battre le record du tour à chaque passage, mais l’écart qui le sépare du Français est bien trop important. Mais pour finir en beauté, sa McLaren lui indique qu’il n’aura pas assez d’essence pour gagner. Or,  s’il ralentit trop Piquet le passera pour la victoire et donc le titre…

Mais finalement la McLaren aura raison de la Williams, pour un peu plus de 4 secondes. Prost gagne donc son second titre consécutif et devient le premier pilote à conserver sa couronne depuis Jack Brabham en 1960. De plus, il gagne son 25ème Grand Prix et égale Jim Clark, pour entrer un peu plus dans l’histoire de ce sport. Ce titre impressionne tous les observateurs, car la McLaren était clairement en-dessous de la Williams. Seuls le talent et le sens tactique de Prost lui ont permis d’aller chercher cette couronne, le Français ne commettant pas une seule erreur de pilotage ou presque de toute la saison. Son coéquipier Rosberg n’a ainsi signé qu’un seul podium cette saison (second à Monaco) et termine même derrière Stefan Johansson, son successeur chez McLaren dont la Ferrari était encore plus médiocre et très loin de pouvoir rivaliser avec le top 4.

Crédits: BBC, FormulaPassion, LAT Images

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Né avec le rêve de rejoindre Schumacher, Senna ou encore Prost au firmament de la Formule 1, aujourd'hui j'essaie de raconter leur histoire, ainsi que celle de tous les pilotes et de toutes les écuries qui ont fait, font et feront la légende d'un des plus beaux sports du monde.

Un commentaire

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    Yann Le Clère

    Cette saison représente tout ce que l’on veut voir en Formule 1 : de l’attaque, un championnat serré, de la gestion des pneus et du carburant.

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