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La course de leur vie : Brésil 2003, et la pluie consacra Fisichella

Dans l’histoire de la Formule 1, nombreux sont les pilotes à connaître des saisons médiocres à catastrophiques. Abandons à la chaîne, accidents, casses mécaniques, ils ne sont pas toujours responsable de leurs déboires. Cependant, il arrive pour certains de briller sur une course, comme une heureuse anomalie qui vient sauver un ensemble peu reluisant. Retour aujourd’hui sur la victoire totalement improbable de Giancarlo Fisichella lors du Grand Prix du Brésil 2003.

L’année 2003 voit le Grand Prix du Brésil se disputer en début de saison pour la dernière fois. L’épreuve disputée à Interlagos se voit ensuite théâtre de la dernière course de la saison à partir de 2004, et de plusieurs couronnements. Cette saison 2003 est notamment marquée par l’apparition d’un nouveau barème de points, destiné à contrer l’insolente domination de Michael Schumacher. Il a en effet terminé les 17 courses de la saison 2002 sur le podium et fini une seule fois plus bas que second ! Désormais, ce ne sont plus les six mais les huit premiers pilotes qui sont récompensés par des points. Une façon aussi d’aider des écuries comme Minardi ou Jordan à marquer plus de points.

Jordan a connu une terrible descente aux enfers en seulement quelques saisons. L’écurie irlandaise avait réussi à se faire une place parmi les cadors de la discipline à la fin des années 1990. Après le doublé miraculeux du Grand Prix de Belgique 1998 à la suite de pas moins de 14 abandons, Heinz-Harald Frentzen est recruté pour la saison 1999. Un temps mathématiquement en course pour le titre mondial, il termine la saison troisième avec deux victoires (France et Italie). Il réalise sa meilleure saison en F1, tout comme Jordan.

Heinz-Harald Frentzen - 1999

Hélas, dès 2000 les performances des Jordan sont en chute libre. Frentzen arrache deux podiums, mais Jordan passe de la troisième à la sixième place du classement constructeurs. La situation empire en 2001, où seule la régularité de Jarno Trulli sauve l’équipe. Frentzen est viré à mi-saison puis remplacé par Zonta et Alesi pour la fin de saison. Malgré l’arrivée de Giancarlo Fisichella (de retour après une saison en 1997) et de Takuma Sato en 2002, aucun des deux pilotes ne fait mieux que cinquième en course. Sato ne rentre dans les points qu’une seule fois au Japon et quitte l’écurie avec Honda, si bien que Jordan doit trouver un nouveau motoriste…

C’est Ford via Cosworth qui motorise les Jordan EJ13 qui courront la saison 2003. Giancarlo Fisichella est conservé en tant que premier pilote tandis que l’Irlandais Ralph Firman fait ses débuts dans la discipline. A 28 ans, il a gagné dans de nombreuses disciplines (F3 britannique, Formula Nippon) mais intègre l’équipe irlandaise en tant que pilote payant.

Dès le premier Grand Prix, les EJ13 semblent être capables de se battre en milieu de grille. Fisichella se qualifie 13ème et pointe en neuvième position en fin de course avant de casser sa boîte de vitesses. Il réussit même à se hisser en quatrième position pour un tour, alors que Firman termine rapidement dans le décor. En Malaisie, c’est à Firman de se mettre en valeur en terminant 10ème, tandis que Fisichella abandonne sur la grille à la suite d’un problème d’embrayage.

Fisichella intègre l'équipe de Jordan

Nous voilà donc au Brésil pour la troisième manche de la saison, à la symbolique particulière puisqu’il s’agit du 700ème Grand Prix de l’histoire. Fisichella signe sa meilleure qualification de la saison avec une huitième place sur la grille. Firman est lui plus en retrait, qualifié seulement seizième. Sous le déluge, les monoplaces jaunes se retrouvent précipitées en fond de classement : Fisichella est 19ème devant Firman bon dernier, à la suite d’un arrêt sous safety car. La situation va mettre plusieurs tours et safety cars pour s’améliorer.

Fisichella remonte peu à peu au gré des abandons et mène sa barque à la perfection. Il se retrouve dans les points après le troisième safety car, sixième après le quatrième et dernier et continue de remonter dans le classement à la surprise générale. Il surnage au milieu du chaos ambiant, qui voit des pilotes comme Schumacher ou Montoya partir dans le mur, l’Allemand passant près de la catastrophe en manquant de peu d’emboutir une dépanneuse. Minardi aussi perd une belle carte lorsqu’un étonnant Verstappen sort de la piste et cale alors qu’il pouvait chercher un résultat historique…

Dans le 47ème tour, Barrichello voit une fois de plus la victoire s’envoler à domicile dans la fumée de son V10 Ferrari qui vient de rendre l’âme. C’est ainsi que Coulthard reprend la tête devant Räikkönen… et Fisichella ! L’Italien réalise un numéro absolument incroyable, et la fin de course va jouer en sa faveur. Cinq tours plus tard, Coulthard est forcé de s’arrêter et laisse la tête à Räikkönen, mais dans le 54ème tour, la Jordan double la McLaren dans les S de Senna, Fisichella est en tête !

Le désastreux Grand Prix du Brésil 2003

Deux tours plus tard, Mark Webber sort violemment de la route dans la Subida dos Boxes et détruit totalement sa Jaguar en laissant de nombreux débris en piste. La safety car est envoyée pour la cinquième fois mais trop tard, car Alonso est lui aussi parti à la faute. L’Espagnol a percuté une roue de la Jaguar de Webber et a fracassé sa Renault dans le rail, provoquant un drapeau rouge et l’arrêt définitif de la course.

Ce drapeau rouge est une bénédiction pour Fisichella, qui voit son moteur Ford prendre feu dans l’aire d’arrivée. Le classement est cependant figé par erreur au 53ème tour, et donne donc Räikkönen vainqueur devant Fisichella et Alonso qui fait soigner des blessures à une jambe. C’est ainsi qu’il faut attendre quelques jours pour que la FIA rectifie le tir et redonne la victoire à l’Italien. Cela donne lieu à une étrange cérémonie à Imola où Räikkönen rend le trophée du vainqueur en présence des teams-managers, des voitures etc.

Fisichella se retrouve alors cinquième du championnat du monde, mais le reste de la saison va s’avérer être un véritable chemin de croix pour Jordan. Firman parvient à arracher un point en Espagne, qui sera le seul de sa saison. Les voitures jaunes se retrouvent en queue de peloton à passer le plus clair de leur temps à se battre contre les Minardi, et Firman se blesse en Allemagne après une violente sortie de piste. Zsolt Baumgartner prend sa place pour deux courses et parvient à terminer 11ème en Italie derrière Fisichella avant de rendre son volant. Le dernier coup d’éclat de cette saison vient de Fisichella, qui arrache la septième place aux Etats-Unis.

L'incroyable course de Fisichella

Pour donner une idée du faible niveau de la Jordan EJ13, elle est souvent citée comme la pire voiture à s’être imposée en Grand Prix. Cette victoire brésilienne obtenue dans des conditions dantesques est l’arbre qui cache la forêt, puisque Firman et Fisichella n’ont ensuite marqué que trois petits points. C’est une oasis au milieu d’un désert de performances, qui voit l’écurie irlandaise toucher le fond quelques années après avoir tutoyé les sommets. Classée neuvième au classement constructeurs, elle ne devance que Minardi qui n’a pas fait mieux que neuvième en course (Verstappen à Monaco). Fin 2005, l’écurie est rachetée et devient Midland, marquant le terme d’une aventure de 14 ans en Formule 1.

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Né avec le rêve de rejoindre Schumacher, Senna ou encore Prost au firmament de la Formule 1, aujourd'hui j'essaie de raconter leur histoire, ainsi que celle de tous les pilotes et de toutes les écuries qui ont fait, font et feront la légende d'un des plus beaux sports du monde.

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