Dans les allées du Paddock

Qu’elle est loin la French Connection…

Dans les années 70 et 80, nombre de pilotes français jouaient les premiers rôles en F1. Si Prost est bien évidemment le plus connu d’entre eux, on peut rajouter des noms à la pelle: Cevert, Arnoux, Depailler, Tambay, Laffite, Pironi… Et pourtant aucun pilote français n’a gagné de Grand Prix depuis désormais 23 ans !

Maurice Trintignant reste le premier pilote Français à gagner en F1. Il s’impose lors du Grand Prix de Monaco 1955 sur sa Ferrari 625, course que l’on retient aussi pour être la dernière d’Alberto Ascari. Après un plongeon dans le port au 80ème tour, il se tue quatre jours plus tard à Monza en pilotant la Ferrari 750. « Pétoulet » comme il était surnommé renouvellera son exploit trois ans plus tard, cette fois sur une Cooper-Climax. Toutefois, seuls Behra et lui représentent la France à cette époque. Et ce, avant que Behra ne trouve la mort lors d’une course F2 sur l’AVUS en Allemagne en 1959. Trintignant score pour la dernière fois en terminant 5ème lors du Grand Prix d’Allemagne 1964 mais la France manque alors de représentants dans la discipline reine.

Les débuts français dans la discipline reine

L’Auvergnat Guy Ligier termine 6ème du Grand Prix d’Allemagne 1967 et est le premier français à marquer des points depuis 3 ans. Mais il saura revenir au premier plan quelques années plus tard, tandis que Matra débarque en F1 en 1968 et marque le début de l’âge d’or de la F1. L’écurie française engage Johnny Servoz-Gavin ainsi que Jean-Pierre Beltoise et Jackie Stewart. Et si l’Anglais termine vice-champion du monde, Beltoise et Servoz-Gavin accrochent chacun un podium, les premiers d’un Français depuis Trintignant au Grand Prix d’Argentine 1960.

1969 voit la consécration de Matra International avec Stewart, tandis que Beltoise ramasse les miettes et signe malgré tout trois podiums. Henri Pescarolo le rejoint l’année suivante. Il faut attendre 1971 pour voir un Français pouvoir prétendre à un bel avenir avec François Cevert. Il gagne cette année à Watkins Glen, la première victoire française depuis 13 ans ! Il ne gagne cependant pas l’année suivante, tandis que Beltoise monte sur la première marche à Monaco, à la surprise générale, sous la pluie. Mais à Watkins Glen, un drame terrible frappe la F1. Cevert, le successeur désigné de Stewart, se tue lors des essais et finit même décapité, poussant Stewart à ne pas courir.

De nouveaux casques bleu-blanc-rouges en F1

1974 voit cependant l’arrivée de deux nouveaux visages, en la présence de Jean-Pierre Jarier et de Patrick Depailler. Jacques Laffite marque ses premiers points l’année suivante (second en Allemagne). En 1976 Guy Ligier est de retour aux affaires en tant que chef d’écurie. Laffite réalise plusieurs podiums pour le compte de l’ancien rugbyman, tandis que Depailler enchaîne les podiums au volant de sa Tyrrell P34. C’est le réel début de la « French Connection ».

Entre 1977 et 1986, ce ne sont pas moins de huit pilotes français qui vont se retrouver à jouer les avant-postes.

Il gagne six Grands Prix pour Ligier et contribue en grande partie au succès de l’écurie auvergnate. Il termine notamment trois fois 4ème du championnat du monde entre 1980 et 1982. Participant à 176 Grands Prix, sa carrière se termine brutalement à Brands Hatch en 1986, où il se casse les deux jambes dans un accident au départ.

Alias « Godasse de plomb » sera lui, plus malchanceux. Malgré quelques podiums glanés par-ci par-là, il ne pourra profiter de la chance de sa vie offerte par Lotus fin 1978, puisqu’il abandonne par deux fois sur casse mécanique alors qu’il joue la victoire à chaque fois.

L’’Auvergnat de cette « French Connection » gagnera deux courses lui aussi, une pour Tyrrell et une autre pour Ligier. Victime d’un accident de deltaplane lors de la saison 1979. Il se tue un an plus tard en essais privés à Hockenheim.

Il reste le pilote de la première victoire turbo en 1979 à Dijon. Il a un palmarès assez atypique, puisqu’il ne marque que 21 points en F1, mais gagne deux Grands Prix.

Il fut tout d’abord reconnu pour sa bataille homérique face à Gilles Villeneuve à Dijon en 1979 pour le gain de la seconde place derrière Jabouille. Il fait ensuite les beaux jours de Ferrari pendant deux saisons avant de terminer sa carrière chez Ligier, non sans gagner sept courses.

Il se met en évidence dès ses débuts chez Theodore, mais devra attendre 1982 et son recrutement chez Ferrari pour faire montre de tout son talent. Il termine sa carrière fin 1986 chez Beatrice-Lola, avec notamment 2 victoires.

Il aurait dû être le premier champion du monde français. Hélas, sa trajectoire se retrouve brisée à l’occasion du Grand Prix d’Allemagne 1982, où il se brise les deux jambes dans un accident terrifiant et doit mettre un terme à sa carrière F1. Il termine néanmoins vice-champion du monde.

Il est bien évidemment le plus connu de tous, quadruple champion du monde et clairement le plus grand pilote français qu’ait connu la F1, si bien qu’on ne présente plus le « Professeur ».

Début 1987, la F1 française affiche un nouveau visage, avec Prost en chef de file alors que derrière, la situation est plus complexe. Streiff représente alors l’avenir de la F1 française, auteur de belles performances chez Tyrrell et Ligier, tandis qu’Arnoux n’est plus que l’ombre de lui-même. Alliot, quant à lui, n’est pas beaucoup plus performant. Un certain Yannick Dalmas termine cependant 5ème en Australie, sans cependant marquer de points car aligné sur une voiture non régulièrement engagée en championnat.

Mais deux ans plus tard, Streiff est victime d’un terrible accident qui le laisse tétraplégique. Et si Prost devient champion du monde, la situation est désespérée côté français: Alliot, Grouillard et Arnoux ne peuvent clairement lutter pour aller chercher des podiums. Le seul espoir devient alors Jean Alesi, qui a fait ses débuts au Castellet chez Tyrrell avec une superbe quatrième place. Il confirme la saison suivante avec deux podiums. Notamment un Grand Prix des Etats-Unis qui restera dans les annales, puisqu’il mène près de 40 tours devant Ayrton Senna. Cette même année, Eric Bernard arrive chez Larousse et signe aussi quelques belles performances. Il se fait remarquer à Monaco pour un dépassement musclé sur Foitek en fin de course, laissant le Suisse sur le carreau.

Une nouvelle génération ?

La nouvelle génération arrive alors derrière Prost, avec des Alesi, Bernard, Panis, Bouillon, mais aucun d’entre eux ne saura égaler Prost. Bernard se brise les deux jambes aux essais au Japon en 1991 et passe ainsi deux ans loin de la F1. Comas est lui sauvé par Senna à Spa en 1992, mais ne pourra jamais aller jouer devant faute d’un matériel performant.

Fin 1993, Prost met un terme à sa carrière, et les Français en F1 ne réussiront pas à rééditer ses performances. Alesi ne gagnera qu’une fois (Canada 1995), tout comme Panis (Monaco 1996). Ce dernier, promis à un bel avenir, se brise les deux jambes lors du Grand Prix du Canada 1997, alors qu’il restait sur deux podiums. Il n’en resignera plus jamais. Alesi signera son dernier podium dans le carnage de Spa 1998, derrière les deux Jordan. Et ensuite ? Alesi quitte la F1 fin 2001, Panis fin 2004, et les Français se raréfient sur la grille, et même disparaissent pendant un temps. Franck Montagny court quelques Grands Prix pour Super Aguri en 2006, mais loin des points.

Il faut attendre 2008 pour revoir un Français sur la grille en la personne de Sébastien Bourdais, qui sera poursuivi par un chat noir: entre casse moteur en Australie (4ème à 2 tours du but), dernier tour cauchemardesque en Belgique (chute de 3ème à 7ème), problème du système anti-calage en Italie (4ème sur la grille, pouvait jouer le podium), et disqualification au Japon (il avait terminé 6ème). Il est finalement licencié en cours de saison 2009, saison qui voit Romain Grosjean faire ses débuts en remplacement de Nelson Piquet. Hélas, la Renault est atroce, et Romain ne fait alors que de la figuration.

La France moderne en F1

2012 marque le retour de trois français sur la grille: Romain Grosjean chez Lotus, Jean-Eric Vergne chez Toro Rosso et Charles Pic chez Marussia. À Bahreïn, Romain termine troisième, signant le retour d’un Français sur un podium pour la première fois depuis 14 ans ! Il en signera deux autres durant la saison ainsi que la suivante, sans pour autant concurrencer son coéquipier Kimi Räikkonën. Jean-Eric fera trois saisons chez Toro Rosso avant d’être viré fin 2014. De son côté, Charles Pic fera une seconde saison chez Catheram en 2013 avant de quitter le monde de la F1. 

Jules Bianchi fait ses débuts chez Marussia en 2013. Le jeune Français est promis à un avenir radieux tant il éblouit tout le monde de son talent. Il termine ainsi 9ème à Monaco en 2014, confirmant ses ambitions de courir chez Ferrari. Hélas, il est victime d’un terrible accident au Grand Prix du Japon cette même année, son casque percutant une grue transportant la Sauber d’Adrian Sutil. Il meurt 9 mois plus tard de ses blessures.

Aujourd’hui, on compte deux Français en F1: Romain Grosjean en est à sa 8ème saison complète et Pierre Gasly, actuellement pilote titulaire chez Red Bull. Ce dernier éprouve cependant des difficultés à rivaliser avec son coéquipier Max Verstappen, déjà victorieux à plusieurs reprises. Gasly ne compte qu’une saison complète à son actif avec Toro Rosso en 2018 (4ème à Barheïn), ainsi que quelques Grands Prix fin 2017. N’oublions pas non plus Esteban Ocon, pilote Manor en 2016 puis Force India en 2017 et 2018 avant de devoir céder son baquet à Lance Stroll, qui est toujours en lice pour récupérer un baquet la saison suivante. Reste désormais à voir qui succèdera à Olivier Panis, voire à Alain Prost dans les années à venir.

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Né avec le rêve de rejoindre Schumacher, Senna ou encore Prost au firmament de la Formule 1, aujourd'hui j'essaie de raconter leur histoire, ainsi que celle de tous les pilotes et de toutes les écuries qui ont fait, font et feront la légende d'un des plus beaux sports du monde.

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