Dans les allées du Paddock,  Formule 1

Grand Prix d’Italie : Monza, temple de la vitesse

Une semaine après la Belgique, c’est en Italie que la F1 conclut sa tournée européenne sur le circuit de Monza. Véritable pilier du championnat du monde, il accueille pour la 69ème fois de son histoire la F1. Retour sur l’histoire d’un circuit ultra-rapide, qui a accueilli tous les Grands Prix d’Italie sauf un depuis 1950.

Quand on associe vitesse et Formule 1, on en vient assez facilement à un circuit : l’Autodromo Nazoniale di Monza. Construit entre mai et août 1922, il est inauguré le 3 septembre et accueille sa première course le 10 septembre de la même année. Il s’agit du second Grand Prix d’Italie gagné à plus de 140 km/h de vitesse moyenne, un chiffre impressionnant pour l’époque. Il faut alors savoir que le circuit se compose d’un tracé routier de 5,5 km et d’un ovale de 4,5 kilomètres, ovale qui sera abandonné six ans plus tard.

Lors du Grand Prix d’Italie 1928, Emilio Materassi est victime d’un accrochage dans la ligne droite des stands et perd la vie dans l’accident ainsi que 23 autres spectateurs, dans ce qui reste l’accident le plus meurtrier du sport automobile italien. Cinq ans plus tard, trois autres pilotes se tuent lors du Grand Prix de Monza, et le tracé est modifié à de nombreuses reprise. Un tracé proche de l’actuel est finalement choisi en 1939, qui ne compte ni chicanes ni Parabolica.

La F1 utilisera ce tracé entre 1950 et 1954 (avec des victoires de Farina, Ascari et Fangio), mais en 1955, un ovale est reconstruit dans l’esprit de celui présent avant-guerre, et sera utilisé à 4 reprises (1955-56-60-61) par la Formule 1. Il sera finalement abandonné pour des raisons de sécurité, non sans avoir accueilli « Monzanapolis », une épreuve assez particulière mettant aux prises les Européens et les Américains. Cette épreuve eut lieu en 1957 et 1958, et fut à chaque fois dominée par les pilotes du pays de l’Oncle Sam, notamment Jim Rathmann.

Le tracé sans chicanes est gardé jusqu’au début des années 70, où l’augmentation des performances des F1 oblige la CSI à installer des chicanes sur le circuit. C’est la naissance de la Variante del Rettifilo (la chicane dans la ligne droite des stands) et de la Variante Ascari. En effet, le top 5 de l’édition 1971 finit la course a plus de 242 km/h de moyenne, et Amon claque la pole à plus de 250 km/h de moyenne ! L’effet est immédiat, Ickx signe la pole à « seulement » 215 km/h de moyenne, et Fittipaldi gagne à près de 212 km/h, soit une chute de 30 km/h !

La Variante Ascari est redessinée en 1974, arborant toujours le même tracé 45 ans plus tard, plus rapide que celui choisi deux ans plus tôt. En 1976, la Curva della Roggia, qui amène vers les virages de Lesmo devient une chicane, et la Variante del Rettifilo est également repensée. On a désormais droit à une double chicane très lente, surnommée « goulot d’étranglement » car les voitures ont du mal à y passer en peloton. De nombreux accidents y auront lieu lors des départs, notamment en 1978 où Peterson perd la vie.

Grosse surprise pour 1980 : le Grand Prix d’Italie se déroule à Imola et non à Monza ! En effet, de gros travaux sont menés sur ce tracé à la suite de l’accident de Peterson, et la F1 se retrouve obligée de délocaliser en Emilie-Romagne. Le tracé d’Imola sera ensuite le théâtre du Grand Prix de Saint-Marin, sorte de second Grand Prix d’Italie entre 1981 et 2006.

Les virages de Lesmo sont légèrement modifés en 1995 afin de répondre aux critères de sécurité de la FIA imposés depuis les accidents de Senna et Ratzenberger à Imola l’année d’avant. La Curva Biassomo, qui emmène jusqu’à la Variante della Roggia, est également retouchée. Enfin, 2000 voit la double chicane disparaître au profit d’une seule, occasionnant moins d’embouteillages que par le passé.

En 70 ans de F1, Monza est devenu parmi les circuits l’équivalent de Ferrari chez les constructeurs. Il est aujourd’hui difficilement envisageable d’imaginer un championnat du monde sans le fief des tifosi, les plus ardents supporters de leur Scuderia Ferrari élevée au rang de déesse. Théâtre de 23 des 25 Grands Prix les plus rapides de l’histoire (les deux autres étant les GP de Belgique 1968 et 1970 sur l’ancien tracé), il voit des records de vitesse tomber assez régulièrement, ainsi que des courses qui peuvent être processionnelles comme incroyablement serrées.

Peter Collins réalise l’un des plus grands gestes de fair-play de l’histoire de la discipline. En course pour devenir champion du monde, il rentre aux stands et donne sa voiture à Fangio, qui vient d’abandonner, afin que l’Argentin puisse défendre sa couronne. Ce faisant, il abandonne ses chances de titre qui serait revenu à Fangio quoi qu’il arrive.

Phil Hill et Wolfgang Graf Berghe Von Trips sont à la fois coéquipiers chez Ferrari et en lutte pour le titre de champion du monde, mais ce titre va se décider de la pire des façons. Dans le deuxième tour, Von Trips s’accroche avec Clark, ce qui a pour effet d’envoyer la Ferrari dans la foule. Celle-ci escalade le talus, s’écrase contre les protections avant de tournoyer sur elle-même et d’atterrir à nouveau sur la piste, tuant 12 personnes sur le coup dont l’infortuné pilote allemand. Quatre autres personnes succomberont plus tard, tandis que Phil Hill remporte la course et le titre.

Jochen Rindt, grâce à la révolutionnaire Lotus 72 conçue par Colin Chapman arrive en large leader du championnat du monde. Cependant, les Ferrari dominent la manche italienne et Chapman décide d’enlever les ailerons des Lotus malgré les avertissements de John Miles. Lors des qualifications, Rindt perd soudainement sa voiture dans la Parabolique et s’encastre dans les rails de sécurité à plus de 200 km/h. Tué sur le coup, il sera consacré champion du monde à titre posthume et reste l’unique pilote dans un tel cas de figure.

Ce Grand Prix reste comme l’un des plus serrés de l’histoire, digne d’une course de Moto3. Au prix d’une manœuvre aussi insensée qu’osée, Peter Gethin grille la politesse à Ronnie Peterson et François Cevert pour aller gagner son premier Grand Prix. Il ne devance Peterson que de 0,01 seconde, l’écart le plus faible de l’histoire de ce sport ! Cevert et Hailwood sont à moins de 3 dixièmes, et Ganley termine 5ème à 6 dixièmes ! A noter également la curieuse mésaventure de Chris Amon, 6ème… après avoir perdu sa visière en pleine ligne droite !

À la suite d’une erreur du starter, qui lance le départ trop tôt, un embouteillage se forme dans le goulot d’étranglement et cause un accident monstrueux, où dix voitures sont impliquées. Les plus touchés sont Vittorio Brambilla, qui a pris une roue folle sur la tête, et Ronnie Peterson. Le Suédois, au volant d’une vieille Lotus 78, a été le plus durement touché et sa voiture également. Extrait de ce qui est devenu une boule de feu à l’avant broyé par Hunt, qui l’a percuté en voulant éviter Patrese et Regazzoni, il est conscient, mais ses jambes sont dans un état catastrophique. Les deux pilotes sont emmenés à l’hôpital dans ce qui fut une pagaille sans nom, et si Brambilla se réveille sans séquelles après plusieurs jours de coma, Peterson décède au petit matin le lendemain. Une opération trop précoce des médecins italiens a provoqué une embolie pulmonaire, et beaucoup pensent que le Suédois aurait survécu s’il avait été entre de meilleures mains.

C’est LA saison McLaren, avec une MP4/4 littéralement invincible. Prost et Senna se sont partagé les victoires jusqu’en Italie, et comme à l’accoutumée les deux monoplace de l’écurie de Ron Dennis caracolent en tête. Alain Prost casse son moteur aux deux tiers de course, laissant Senna seul face aux Ferrari mais toujours leader. A deux tours de la fin, Senna tente de prendre un tour à Jean-Louis Schlesser, qui remplace Mansell et court ici son unique Grand Prix. Hélas, le Brésilien se précipite… et s’accroche avec le Français, ce qui l’envoie dans le décor et le force à abandonner ! Gerhard Berger s’impose devant Michele Alboreto sous les vivats des tifosi, un doublé Ferrari qui rend un superbe hommage à son fondateur, décédé un mois plus tôt. McLaren sera passée à deux tours du Grand Chelem, gagnant 15 courses sur 16.

À sept tours du but, la Ferrari d’Alesi en tête depuis un moment voit son fond plat racler la piste de l’autodrome italien. L’Avignonnais rentre aux stands et se retrouve contraint à l’abandon, alors que la victoire lui tendait les bras sur un problème de train arrière. Un coup de malchance supplémentaire, qui le laisse inconsolable.

Dans le premier tour, à l’approche de la Variante della Roggia, Heinz-Harald Frentzen rate son freinage et sa Jordan provoque un carambolage qui implique sept voitures, notamment Barrichello, Coulthard et de la Rosa. Une roue de l’Arrows de ce dernier percute un commissaire de 33 ans, qui sévèrement blessé décède plus tard dans la soirée. Il est la seule victime de ce spectaculaire carambolage, qui 15-20 ans plus tôt aurait pu faire davantage de dégâts.

Sebastian Vettel est déjà vu comme un futur grand de la discipline, et ce Grand Prix d’Italie va le consacrer. Parti de la pole avec sa Toro Rosso grâce à une météo capricieuse au possible, il réalise la course de sa vie pour garder son avantage et gagner à la surprise générale. « Baby Schumi » fait ainsi triompher Toro Rosso avant Red Bull et joue aussi de beaucoup de chance. Son coéquipier Sébastien Bourdais cale sur la grille et termine 17ème à deux tours, alors qu’il pouvait prétendre au podium.

Kimi Räikkonën réalise sa première pole position depuis Monaco l’an dernier, à 263,6 km/h de vitesse moyenne ! Il bat le record de la piste de près d’une seconde et signe le tour le plus rapide de l’histoire, alors que Marcus Ericsson est victime d’une spectaculaire cabriole en essais dont il sort indemne. En course, Vettel part à la faute en voulant dépasser Hamilton à tout prix, et ce dernier gagne la course devant Räikkonën, isolé après l’erreur de son coéquipier et Bottas.

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Né avec le rêve de rejoindre Schumacher, Senna ou encore Prost au firmament de la Formule 1, aujourd'hui j'essaie de raconter leur histoire, ainsi que celle de tous les pilotes et de toutes les écuries qui ont fait, font et feront la légende d'un des plus beaux sports du monde.

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