Dans les allées du Paddock

Grand Prix d’Allemagne : une sélectivité dramatique

Depuis son introduction en 1951 au championnat du monde, l’épreuve a connu de nombreux accidents dramatiques, et ce, dès 1954. Hockenheim, et surtout la Nordscheleife, auront fait bien des dégâts jusque dans les années 80. Retour sur les accidents les plus graves ayant impliqué des pilotes F1.

1954 : Onofre Marimón, le premier d’une longue liste

Avec des représentants tels que Fangio et Froilan Gonzalez, il est difficile pour les pilotes argentins de se faire une place au soleil. Onofre Marimón était de ceux-là, mais son talent n’était pas passé inaperçu aux yeux de Fangio, qui en fit alors son protégé. Auteur de deux podiums en carrière, dont un en Grande-Bretagne en 1954 alors qu’il partait 28ème sur la grille, le jeune Argentin sort de la piste dans la descente d’Adenau. Il rate un virage, et sa Maserati passe par-dessus une haie avant de s’écraser dans un talus. Tué sur le coup, Marimón reste le premier pilote à se tuer dans le cadre d’un week-end de F1 (Cameron Earl et Charles de Tornaco s’étaient tués en essais privés).

1958 : Peter Collins, le succès puis la mort

Auparavant au volant de voitures modestes en F1, Peter Collins se met en évidence en 1955, lorsqu’il remporte la Targa Florio aux côtés de Stirling Moss, alors considéré comme le second meilleur pilote du monde. Il signe chez Ferrari pour 1956. Il dispose alors de la meilleure voiture du plateau et il gagne deux courses. Il se présente en Italie avec de réelles chances de coiffer Fangio au poteau. Son attitude exemplaire (il cède sa voiture à Fangio après que l’Argentin ait cassé la sienne) en fait l’un des pilotes les plus aimés du public. Après une saison 1957 en demi-teinte, il se refait la cerise en 1958 et gagne à Silverstone. Cependant, 15 jours plus tard, il sort de la piste à Pflanzgarten. Éjecté, alors que sa voiture se retourne, il percute un arbre à pleine vitesse, ce qui lui provoque un traumatisme crânien qui lui sera fatal.

1959 : Jean Behra, la mort au tournant

Pilote phare de l’écurie Maserati dans les années 50, Behra a signé de nombreuses belles performances et plusieurs podiums, mais aucune victoire à contrario de Maurice Trintignant, double vainqueur à Monaco. Alors qu’il dispute une course de F2 en lever de rideau de la F1, il perd le contrôle de sa Porsche 718 sur une piste humide et vient percuter de plein fouet un pilier en béton. Le choc est si violent que le pilote niçois est tué sur le coup. Il reste l’un des meilleurs pilotes français de cette époque.

1963 : Willy Mairesse, et la mort de Guenther Schneider

Mairesse est, avec Gendebien, l’un des meilleurs pilotes belges de cette époque. Pilote éclectique courant notamment en voitures de sport avec un certain succès, il n’eut cependant pas une grande carrière en F1 avec un seul podium (3ème en Italie en 1960). Alors qu’il dispute le Grand Prix d’Allemagne 1963, il part à la faute dans le premier tour à Adenau et en sort grièvement brûlé mais vivant, alors que le jeune Guenther Schneider n’a pas cette chance. Percuté par une roue arrachée de la Ferrari, il succombe rapidement à ses blessures. Cela restera comme le dernier Grand Prix de Willy, qui se suicide le 2 septembre 1969 à Ostende des suites de son accident aux 24 Heures du Mans 1968. Mal attaché au départ, il s’accidente dans le premier tour et sa portière s’ouvre, lui occasionnant deux semaines de coma pour des blessures à la tête.

1964 : Carel Godin de Beaufort, le premier Néerlandais à scorer en F1

Aristocrate passionné de vitesse et véritable gentleman-driver, Carel se lance réellement dans le sport automobile en 1956 en disputant les 24 Heures du Mans. Il se lance réellement en F1 en 1961, après avoir disputé quelques courses ci et là avec des Porsche en grande majorité. Il s’aligne au volant de sa propre Porsche 718 sous sa propre bannière, l’écurie Maarsbergen (son village d’origine). Il marque ainsi quatre points en championnat du monde (quatre sixièmes places) et trouve la mort lors du Grand Prix d’Allemagne 1964. Il sort de la piste dans le village de Bergwerk et est éjecté de sa voiture. Relevé avec de sérieuses blessures à la tête, à la cage thoracique et aux jambes, il est hospitalisé à Düsseldorf où il décède des suites de l’accident.

1966 : John Taylor, mort d’un sans-grade.

Il est loin d’être le plus connu des pilotes morts en piste. John Taylor n’a en effet marqué qu’un point au volant d’une Brabham privée. Ce Grand Prix d’Allemagne est son cinquième et dernier. Qualifié 25ème, il réalise un superbe départ mais percute Jacky Ickx, qui partait 16ème. La Brabham du Britannique finit sa course dans le rail et s’embrase, brûlant grièvement son pilote qui décède quelques semaines plus tard de ses brûlures.

1968 : Jim Clark, ou quand la F1 perd une de ses étoiles

On ne présente plus Jim Clark tant ce pilote fut immense, talentueux et avec un palmarès long comme le bras. Indissociable de Lotus quelles que soient les voitures (les révolutionnaires 25 et 49, ou la 43 ratée), il devient une légende de ce sport. Il est le premier pilote à gagner 25 courses, la dernière en Afrique du Sud en 1968. Quelques mois plus tard, alors qu’il court en F2 à Hockenheim, il déjante à haute vitesse et sa Lotus 48 se fracasse dans les arbres qui bordent le circuit. L’Ecossais meurt de cet accident, provoquant une vive émotion parmi tous les autres pilotes.

1969 : Gerhard Mitter, mort d’un spécialiste de la montagne.

Ce pilote allemand s’est tout d’abord fait un nom en terminant quatrième du Grand Prix d’Allemagne 1963 au volant d’une Porsche 718 engagée par Carel Godin de Beaufort, une voiture vieille de trois ans ! Lotus l’embauche pour deux courses en 1964 et 1965, mais il ne marque pas de points et se reconvertit dans les courses de côte. Au volant de la Porsche 910 Coupé puis Bergspyder, il gagne de nombreuses courses en Europe et gagne également en Sport-Prototypes, avec en point d’orgue son triomphe aux 24 Heures de Daytona en 1968. Il se présente au volant d’une BMW 269 de F2 pour le Grand Prix d’Allemagne 1969, les F2 complétant alors la grille sans pour autant avoir la moindre chance de jouer devant. En essais, alors qu’il tente de signer un bon temps. Il perd le contrôle de sa voiture dans le virage de Schwedenkreuz, qui termine sa course écrasée dans une clôture, le tout apparemment à la suite de la perte d’une roue. L’infortuné est retrouvé mort, la base de son casque ayant brisé sa nuque. Choqués par l’accident, ses coéquipiers Quester et Hahne ainsi qu’Herrmann ne prennent pas le départ.

1976 : Niki Lauda, revenu d’entre les morts

En cette année 1976, la Nordscheleife est en passe d’être abandonnée, un choix logique quand on regarde le circuit. Vétuste et bien trop dangereux, il accueille pour la dernière fois le Grand Prix d’Allemagne. Lors d’une réunion à Long Beach, Lauda, alors le seul pilote sous les 7 minutes sur le Ring demande que le Grand Prix ne soit pas couru car la piste est trop dangereuse, tandis que Hunt préfère que la course soit maintenue, arguant que les pilotes sont capables de gérer leur course sur un tel tracé. Avant la course, un débat est lancé pour savoir quels pneus prendre en raison de la pluie. Dans le deuxième tour, Lauda qui a rechaussé les slicks, perd le contrôle de sa voiture peu après Bergwerk. La Ferrari 312 T2 pulvérise le rail avant de revenir en piste devant un groupe composé de Brett Lunger, qui percute la Ferrari, Guy Edwards et Harald Ertl, qui s’accroche avec Lunger. Les trois pilotes tentent alors de porter secours à l’Autrichien, conscient mais prisonnier du brasier. Et alors que la voiture continue de brûler, Arturo Merzario, qui déteste Lauda, met cette inimitié de côté pour plonger dans les flammes, arracher le harnais et sortir l’Autrichien de sa prison à plusieurs centaines de degrés. Ce geste magnifique sauve Lauda, qui six semaines plus tard revient sur les Grand Prix, non sans avoir frôlé la mort au point qu’un prêtre lui administre les derniers sacrements ! Hélas, il perdra son duel face à Hunt au Japon, abandonnant sous la pluie, là où l’Anglais sauvera la troisième place dans les derniers tours après une crevaison.

1980 : Patrick Depailler, le dernier de la liste allemande à ce jour

Pur produit de la filière Elf, l’Auvergnat natif de Clermont-Ferrand a ainsi débuté sa carrière en 1974 chez Tyrrell, équipe à laquelle il reste fidèle pendant cinq ans, pilotant ainsi la fameuse P34, et il enchaîne les podiums sans gagner avant Monaco en 1978, sa première victoire après 69 courses ! Il gagne de nouveau avec la Ligier en Espagne en 1979 (victoire d’un pilote auvergnat sur une voiture auvergnate, Guy Ligier étant originaire de Vichy), avant d’être victime d’un terrible accident de deltaplane qui brise son élan et met un terme à sa saison 1979. Il revient l’année suivante chez Alfa Romeo, mais ne termine pas la moindre course, la faute à une voiture peu fiable. Et le 1er août 1980, alors qu’il est en tests pour l’écurie italienne avec Bruno Giacomelli, le pire se produit.A 11h35, l’Alfa Romeo 179 sort de la piste dans l’Ostkurve à 260 km/h, se fracasse dans le rail avant de se retourner. Le choc est tel qu’il ne laisse aucune chance à Depailler, qui est sorti de l’épave dans un état critique, avec les jambes presque arrachées, le crâne et le bras droit fracturé, le tout avec d’importantes pertes de sang. A 13 heures, il est déclaré mort, et il est à ce jour le dernier pilote à s’être tué en Allemagne sur une F1.

1982 : Didier Pironi, et le titre s’envole pour toujours…

Dans une saison 1982 marquée par des conflits et des accidents mortels (Villeneuve puis Paletti), Didier Pironi mène le championnat du monde avec 39 points, 9 de plus que Watson et 14 de plus que Prost. Avec une Ferrari 126 C2 au-dessus du lot, il peut légitimement postuler au titre de champion du monde. Dans ce cas, il deviendrait le premier pilote français à accomplir un tel exploit. Mais en qualifications, il ne voit pas Prost sous la pluie battante et la Ferrari décolle sur la Renault du futur quadruple champion du monde à plus de 280 km/h. Si Pironi est vivant, sa jambe droite est en morceaux, si bien qu’il manque de peu d’être amputé sur place. Transporté à l’hôpital, il parvient à sauver sa jambe, mais ne reviendra jamais réellement en F1. S’il effectue des tests pour AGS, Ligier et Larrousse en 1986, il se tourne finalement vers la course de hors-bords avec son Colibri. Ce dernier se retournera un an plus tard lors d’une course, le tuant ainsi que ses copilotes : le journaliste Bernard Giroux, vainqueur du dernier Dakar avec Vatanen et Jean-Claude Guénard.

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Né avec le rêve de rejoindre Schumacher, Senna ou encore Prost au firmament de la Formule 1, aujourd'hui j'essaie de raconter leur histoire, ainsi que celle de tous les pilotes et de toutes les écuries qui ont fait, font et feront la légende d'un des plus beaux sports du monde.

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