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Les coups de Schumacher : Australie 1994, le titre ou rien !

Le récent accident entre Lewis Hamilton et Max Verstappen a provoqué tout un déluge de critiques sur les réseaux sociaux. La guerre fut farouche entre partisans du Britannique et du Hollandais, notamment sur Twitter. Certains n’ont même pas hésité à qualifier ce Grand Prix de « victoire à la Schumacher ». Le Britannique a en effet bénéficié de circonstances de course favorables ainsi que de la prétendue mansuétude de la direction de course pour triompher. C’est pour nous l’occasion de revenir sur divers faits de courses montrant le septuple champion du monde allemand sous un angle peu glorieux, bien moins que ce fait de course ayant impliqué les deux prétendants au titre 2021. Retour sur le Grand Prix d’Australie 1994 à Adélaïde, finale d’un championnat ô combien dramatique et controversé…

Les aides au pilotage sont devenues des normes dans la Formule 1 du début des années 1990. De plus en plus d’équipes bardent leurs monoplaces d’électronique en tout genre pour faciliter le pilotage tout en rendant les voitures les plus rapides. Ainsi, la Williams FW15C dispose d’une suspension active, d’un système d’antiblocage des freins, d’un contrôle de traction, d’une direction assistée, d’une boîte semi-automatique… Alain Prost la qualifiait de « petit Airbus », bien loin de la lente Ferrari 643 qu’il pilotait deux ans auparavant…

Mais le problème est que ces aides au pilotage ont un prix et que les petites écuries comme Minardi ou la Scuderia Italia ne peuvent tout simplement pas se les procurer. Face à la hausse des coûts engendrée par cette course effrénée à la technologie, la FIA décide de suivre les petits et frappe fort pour la saison 1994. Seules la télémétrie, les boîtes semi-automatiques et la direction assistée seront autorisées désormais, pour permettre aux petites écuries de rattraper leur retard sur le peloton de tête. Mais pour certains, c’est aussi une façon de remettre Ferrari en selle après une F92 et une F93A ratées…

Le problème est que cette réduction des aides au pilotage n’est pas suivie d’une réduction des performances, et nombreux sont les pilotes à violemment s’accidenter en essais privés ou officiels, voire en course. Le pic de cette saison reste hélas le week-end noir d’Imola avec les morts de Ratzenberger et de Senna. La perte de ce dernier est d’autant plus dramatique pour Ecclestone qu’un seul pilote joue en tête pour cette saison : Michael Schumacher.

Après deux saisons passées dans le rôle d’un solide outsider, collectionnant les podiums et gagnant deux Grands Prix, le voici propulsé dans la course au titre 1994 au volant d’une Benetton-Ford B194 largement au-dessus de la concurrence… entre ses mains. Gravement accidenté en essais privés, Lehto est totalement incapable de suivre le prodige allemand, qui remporte ni plus ni moins que six des sept premières épreuves de la saison ! Il concède sa seule défaite en Espagne, mais non sans panache puisqu’il termine second après avoir conduit avec une boîte bloquée en cinquième !

Après sept manches, Schumacher compte 66 points sur 70 possibles et rejette Damon Hill à… 37 points ! Autant dire que l’Allemand est bien parti pour décrocher le titre… mais de plus en plus de soupçons planent sur l’écurie de Flavio Briatore. Benetton est en effet accusée d’utiliser un anti-patinage illégal, notamment au vu des départs canons que réalise Schumacher. Ni une ni deux, la FIA se met immédiatement en charge du dossier, consciente qu’elle tient quelque part une chance de sauver le suspense pour la course au titre.

L’Allemand se voit ainsi sévèrement puni après le Grand Prix de Grande-Bretagne, où il a dépassé Damon Hill à deux reprises pendant le tour de formation et a refusé de respecter un drapeau noir sur ordre de son écurie. La sentence est sans appel : Michael Schumacher est disqualifié du Grand Prix de Grande-Bretagne (et perd donc son podium), et se voit purement et simplement banni pour deux courses ! Qui plus est, l’enquête contre l’histoire de l’anti-patinage avance et se voit couronnée de succès : il existe bien un programme destiné à gérer automatiquement le départ de la voiture ! Ce dernier agit sur la boîte de vitesses, l’embrayage et le moteur en suivant un programme implémenté au préalable. Si personne ne peut formellement prouver qu’il a été utilisé en course, il n’en reste pas moins que les soupçons de tricherie restent fort présents…

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Briatore et Schumacher font cependant appel de la décision et le pilote Benetton peut ainsi courir en Allemagne : sa suspension prendra effet en Italie et au Portugal. De mauvais augure pour l’écurie italienne qui ne dispose d’aucun pilote capable de jouer à l’avant à la régulière. Lehto ne se remet pas de son accident et Verstappen commet encore bien trop d’erreurs… Et à six courses de la fin, Schumacher possède 31 points d’avance sur Hill. Mais la FIA s’acharne sur lui : vainqueur à Spa devant Hill, le voici disqualifié pour avoir trop ébréché la patin sous sa voiture ! Patin qui a été endommagé au préalable sur un vibreur…

Schumacher revient en Europe en tête du championnat du monde, mais son avance a fondu comme neige au soleil. Hill a enchaîné trois victoires en Belgique, en Italie et au Portugal et n’est plus qu’à un point de l’Allemand. Ce dernier gagne devant le Britannique à Jerez avant que les positions ne s’échangent au Japon. Voici donc arriver le Grand Prix d’Australie à Adélaïde, qui sera une finale sous haute tension.

Comme avant le Grand Prix d’Europe, un seul point sépare les deux prétendants à la couronne, grâce au travail de sape de la FIA qui a réussi à replacer le pilote Williams. Nul ne sait vraiment si Benetton a ouvertement triché ou pas, mais quoi qu’il en soit aucun des deux titres n’est joué. Le titre constructeurs devrait vraisemblablement revenir à l’écurie de Grove, Coulthard et Mansell ayant marqué plus de points (17) que Lehto et Verstappen (11), d’autant plus que le champion du monde 1992 est en grande forme : il a signé la pole devant Schumacher et Hill. L’Allemand est donc en bonne position pour remporter la couronne, étant donné qu’il lui suffit que Hill finisse hors des points ou abandonne. Il a cependant détruit sa voiture en qualifications… Cinq scénarios de titre s’offrent alors au pilote Williams :

Mais Hill se voit affublé d’un soutien inattendu mais bienvenu : celui de Nigel Mansell. « Il Leone » se plie en quatre pour rassurer Hill et le rebooster avant cette course ô combien décisive. Sa pole position lui offre un rôle d’arbitre pour l’attribution du titre, dans lequel il est comme un poisson dans l’eau. Mais il rate complètement son départ et se retrouve englué dans le peloton tandis que Schumacher et Hill se sont envolés en tête de course. Personne ne peut les suivre, tant ils roulent à la limite sur un autre rythme. L’action se trouve plutôt dans le peloton avec la remontée de Mansell et les prouesses d’Alesi qui s’offre le scalp de Barrichello et d’Häkkinen en un virage ! Devant Schumacher est toujours en tête devant Hill, et leurs ravitaillements du 17ème tour n’ont rien changé au classement. Il faut attendre le 36ème tour pour voir LE tournant de la course.

Alors en tête avec un écart sur Hill variant au fil de leur rencontre avec les attardés, Michael Schumacher heurte le mur dans le gauche avant Flinders Street et casse sa suspension avant-droite. Damon Hill y voit alors l’opportunité rêvée de prendre la tête et le titre, mais il se précipite trop et veut passer dès le virage suivant… Vicieux, Schumacher coupe la route de Hill et le percute à l’avant-gauche. La Benetton décolle et finit sa course dans le mur, et Schumacher pense avoir perdu le titre. Mais sa manœuvre n’a pas été vaine : Hill rentre aux stands au ralenti, avec un pneu crevé et une suspension pliée. L’Anglais ne peut se résoudre qu’à abandonner et offrir le titre 1994 à Schumacher.

En piste, Mansell profite d’une erreur de Berger en fin de course pour gagner son 32ème Grand Prix devant l’Autrichien et Brundle, et consacrer Williams chez les constructeurs. Cependant, nombreux sont ceux qui tirent à boulets rouges sur Schumacher après cette saison 1994. Au volant d’une voiture possiblement illégale, il n’a laissé aucune chance à la concurrence quand il était en piste et termine sa saison en accrochant son adversaire. La FIA ne pouvait pas risquer la moindre sanction envers le pilote Benetton après ses deux disqualifications et ses deux courses de suspension…

Champion du monde après l’une des pires saisons de l’histoire de la discipline au niveau politique et humain, Michael Schumacher avait déjà révélé certaines de ses parts d’ombre. Pilote exceptionnel promis à de nombreux autres exploits en Formule 1, son aversion de la défaite l’a purement et simplement poussé à accrocher son adversaire pour sauver sa couronne. Entre cette affaire et celles des aides au pilotage illicites, nombreux sont ceux qui lui ont préféré le vaillant et tenace Damon Hill, qui a su reprendre bon an mal an le flambeau de Williams après le mort de Senna. Si seulement l’Anglais avait su être plus patient pour dépasser son rival allemand…

Né avec le rêve de rejoindre Schumacher, Senna ou encore Prost au firmament de la Formule 1, aujourd'hui j'essaie de raconter leur histoire, ainsi que celle de tous les pilotes et de toutes les écuries qui ont fait, font et feront la légende d'un des plus beaux sports du monde.

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