Formule 1

GP de Sakhir : Mercedes, du rêve au cauchemar

16ème manche de la saison, le Grand Prix de Sakhir voyait Bahreïn accueillir le petit monde de la Formule 1 pour la deuxième fois en une semaine. Mais là où Zeltweg et Silverstone organisaient deux courses sur le même tracé, Sakhir a organisé la deuxième course sur un circuit sensiblement plus court. Utilisant la partie supérieure de la piste et court-circuitant une bonne partie du tracé habituel, il est désormais à l’origine de plusieurs records… mais le grand battu du jour se nomme George Russell.

Alors que le monde de la Formule 1 se remet petit à petit du terrifiant accident de Romain Grosjean lors du Grand Prix de Bahreïn, c’est un autre événement qui surprend tout le monde. Lewis Hamilton est en effet testé positif au Covid-19, et par conséquent ne pourra pas courir à Sakhir. C’est la première fois de sa carrière qu’il ne prendra pas le départ d’un Grand Prix, et fige le record de départs consécutifs à 265. Pendant ce temps, Haas trouve un remplaçant à Grosjean pour ce week-end en la présence de Pietro Fittipaldi. Il est ainsi le cinquième membre de la famille à courir en Formule 1, succédant à :

Il ne sera cependant pas dans les plans de Gunther Steiner pour 2021. Haas annonce ainsi que Nikita Mazepin et Mick Schumacher seront ses deux pilotes pour la saison prochaine. Si Magnussen trouve refuge chez Chip Ganassi en IMSA pour 2021, Romain Grosjean lui n’a pas encore de plan pour l’année qui arrive. Pendant ce temps, c’est la foire d’empoignes pour savoir qui remplacera Hamilton chez Mercedes pour au moins cette course. Le baquet échoit finalement à George Russell, qui tient là une chance unique d’aller chercher ses premiers points… voire peut-être une première victoire ?

Jack Aitken récupère le baquet Williams laissé vacant par Russell. Il y a donc deux rookies et Russell en capacité de réaliser le casse du siècle, et tout commence bien avec deux meilleurs temps lors des deux premières séances d’essais. En qualifications, il surprend tout le monde et ne manque la pole face à Bottas que pour 26 millièmes de seconde ! Pour la première fois de sa carrière, il échoue à battre son coéquipier en qualifications, alors qu’il restait sur un 36-0 face à Kubica et Latifi. Verstappen complète le top 3 à moins de six centièmes, devant un Leclerc étincelant et Pérez.

Sûrement frustré d’avoir été battu de si peu, Russell se rattrape le lendemain et signe un départ magnifique pour prendre la tête. Derrière, Bottas manque de peu de perdre sa Mercedes et voit Pérez, Leclerc et Verstappen essayer de le passer. Hélas, le Monégasque se rate dans le virage 4, percute Pérez et termine sa course dans le gravier, suspension pliée. Verstappen lui n’est pas touché mais à vouloir éviter l’accrochage, il finit lui aussi dans les graviers et sa course s’arrête là. Seul Pérez repart en dernière position et change ses gommes, profitant de la safety car entrée en piste.

La meute est relâchée dans le huitième tour, et Russell confirme tout son potentiel en distançant Bottas. Derrière le classement évolue peu, exception faite de Pérez qui trace sa route et remonte dans le classement. En symbiose avec sa voiture, son objectif est désormais d’aller marquer des points pour préserver sa place de « best of the rest » derrière Verstappen et les Mercedes. Sans son abandon sur casse moteur la semaine dernière, il occuperait cette place en toute tranquillité… Il est par conséquent sur une stratégie décalée, tout comme Ocon et Stroll, qui impressionne en gardant ses pneus soft pendant plus de la moitié de la course ! Le Canadien voit toutefois le Français lui faire l’undercut à la mi-course et lui passer devant. Ce dépassement aura toute son importance plus tard dans la course… Rien à signaler par ailleurs, si ce n’est que le record du tour est détenu par Kvyat. Le Russe a ainsi réussi son undercut pour doubler Ricciardo et prendre la sixième place.

Dans le 50ème tour, Pérez s’est arrêté et est retombé au neuvième rang derrière Stroll et Ocon. Devant, Russell mène toujours la danse devant Bottas et Sainz, et il a réussi son undercut sur le Finlandais en doublant son avance. Deux tours plus tard, Latifi est à l’arrêt sur problème mécanique. La Virtual Safety Car est déployée et commence à changer le scénario de la course, avec les arrêts de Sainz et de Ricciardo. Ocon est désormais troisième mais a les deux Racing Point collées à ses basques.

Le 58ème tour est un autre tournant de la course, puisque Pérez double Stroll puis Ocon pour prendre la troisième place de la course. Il reste alors 29 tours et rien ne semble perturber la marche impériale des Mercedes… ou presque. Trois tours plus tard, c’est au tour de Jack Aitken de se faire remarquer bien malgré lui. Il part à la faute dans le dernier virage et percute le mur, mais heureusement pour lui il y laisse juste son aileron et peut rejoindre les stands. Cet aileron en pleine piste occasionne la sortie de la Safety Car… et va totalement bouleverser le déroulement de la course.

Mercedes décide de faire comme à l’accoutumée un double arrêt, mais rien ne se passe comme prévu. Russell arrive logiquement en premier, mais son arrêt prend du temps et il repart au bout de cinq secondes. Pire, Bottas voit ses mécaniciens totalement en panique et doit attendre plus de 27 secondes à son emplacement ! On est bien loin des 50 secondes d’Hamilton en Allemagne l’an dernier, mais le Finlandais perd gros en repartant seulement cinquième… Mais l’écurie à l’étoile n’est pas au bout de ses peines : Russell est reparti avec des pneus de composés différents ! Il doit donc s’arrêter de nouveau pour remettre des gommes jaunes et repart derrière Bottas…

Pérez se retrouve alors en tête, alors qu’il était 18ème et bon dernier après quatre virages ! Derrière lui se trouvent Ocon et Stroll, grands bénéficiaires de leur stratégie à un seul arrêt, puis les Mercedes de Bottas et de Russell. La meute est de nouveau relâchée dans le 69ème tour, et Pérez part sur une stratégie similaire à celle de Gasly en Italie : creuser l’écart en tête grâce aux « bouchons » créés derrière lui. Revanchard, Russell part en chasse du Mexicain et dépose Bottas, Stroll puis Ocon pour le rattraper. Bottas quant à lui n’en finit plus de sombrer : incapable de doubler Stroll, il se fait vertement critiquer par Sainz, qui demande à son stand ce qu’il fabrique à être aussi lent ! Les pneus de la Mercedes ont en réalité plus de 20 tours et ne peuvent donc donner leur maximum…

Mais alors que Russell aligne les records du tour et que Bottas reste bloqué derrière Stroll, la bérézina s’abat sur Mercedes une bonne fois pour toutes. A dix tours de la fin, les pneus du Finlandais s’effondrent, et il chute de la cinquième à la neuvième place du classement ! Totalement indigne d’un pilote Mercedes… Mais c’est un tour plus tard que survient le crève-cœur ultime : Russell est victime d’une crevaison lente et doit repasser une quatrième fois par les stands. Jusque-là auteur d’une course irréprochable au contraire de son coéquipier, le voici contraint de se démener pour espérer ramener ne serait-ce qu’un point…

C’est ainsi que Sergio Pérez se voit offrir une voie royale vers sa première victoire en Formule 1. 18ème après quatre virages, il ne s’attendait clairement pas à triompher de la sorte, réalisant sa plus belle course dans la discipline. Deuxième, Esteban Ocon a parfaitement exploité sa stratégie à un seul arrêt pour aller chercher son premier podium en carrière et le meilleur résultat de Renault cette saison. Même constat pour Lance Stroll, qui termine troisième avec la même stratégie que le Français. Sainz termine à une belle quatrième place, devant Ricciardo, Albon, Kvyat, Bottas, Russell (qui signe le meilleur tour en course) et Norris qui complète le top 10.

La déception de la semaine dernière semble très loin pour Racing Point. Ce double podium garantit quasiment la troisième place du championnat constructeur à l’écurie, tandis que Pérez s’assure de la quatrième place au championnat pilotes. Ce dernier n’a pu retenir ses larmes dans sa voiture, tout comme Ocon, chacun savourant le meilleur résultat de leur carrière.

Toutefois, il est un autre pilote en larmes mais pour une autre raison : George Russell. Impressionnant tout le week-end, il aurait dû gagner ce Grand Prix mais des arrêts aux stands désastreux et une crevaison lente ont réduit à néant ses chances de victoire. Il a toutefois été logiquement félicité par toute l’équipe Mercedes au complet, prouvant à tous qu’elle avait misé sur le bon numéro. Comme l’a dit Toto Wolff : « Ce n’est pas la dernière fois que George essaiera de gagner une course, mais seulement le début d’un conte de fées qui n’a pas fonctionné aujourd’hui et j’aimerais dire qu’une star est née. » Un compliment à la hauteur de la superbe course du Britannique.

Que dire de Bottas par contre ? S’il continue sur cette pente, Lewis Hamilton sera champion du monde 2021 si aucune autre écurie ne peut concurrencer Mercedes. S’il a fait illusion en qualifications en arrachant la pole, il n’a pu concurrencer Russell à aucun moment de la course. Le départ a donné le ton avec un Anglais en pleine confiance et le Finlandais qui a manqué de peu de perdre sa voiture avant même le double abandon Leclerc-Verstappen. Complètement en perdition en fin de course à se faire doubler par tout le peloton, il continue d’afficher d’alarmants signes de faiblesse. Vivement que 2020 se termine pour lui, mais il est à n’en pas douter sur la sellette pour 2022…

Quant à Mercedes, il faut croire que ses démons du Grand Prix d’Allemagne 2019 sont revenus de plus belle. L’arrêt de Bottas sous voiture de sécurité était un lointain descendant de celui d’Hamilton, et a fini de plomber le Finlandais qui n’a pas pu faire mieux que huitième. Et que dire de celui de Russell, où les mécaniciens l’ont fait repartir avec des gommes de composés différents… Dommage : Netflix n’était pas dans le garage Mercedes ce week-end ! Il y a fort à parier que ses rivaux vont demander au géant du streaming de venir plus souvent… Et pour finir, nombre de statistiques sur ce Grand Prix :

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Pilotes ont gagné un Grand Prix F1

Sergio Pérez devient officiellement le 110ème pilote à gagner un Grand Prix de F1 (en réalité le 100ème si l’on enlève les 500 Miles d’Indianapolis​

Sergio Pérez pulvérise le record de courses disputées avant une première victoire avec 190 Grands Prix d’attente ! Le précédent record était détenu par Mark Webber depuis 2009 avec 130 Grands Prix

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Grands Prix avant la victoire
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Pilotes sont montés sur un podium F1

Esteban Ocon devient le 214ème pilote à monter sur un podium de F1 (le 189ème hors Indianapolis)

George Russell devient le 343ème pilote à marquer des points et le 135ème à signer un meilleur tour en course (308ème et 128ème hors Indianapolis)

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Pilotes ont marqué des points
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Pilotes sur le podium cette saison

Esteban Ocon est le 13ème pilote à monter sur le podium cette saison, égalant le record de 2012.

Né avec le rêve de rejoindre Schumacher, Senna ou encore Prost au firmament de la Formule 1, aujourd'hui j'essaie de raconter leur histoire, ainsi que celle de tous les pilotes et de toutes les écuries qui ont fait, font et feront la légende d'un des plus beaux sports du monde.

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