Le coin des découvertes,  Pause café

Pierre Christophe : « J’ai toujours baigné dans le sport automobile »

Le monde du sport automobile a, comme beaucoup d’autres, une multitude de petites histoires qui ensemble composent une grande épopée. Les voitures au fil des années en sont des témoins privilégiés et il est tout un ensemble de petites mains passionnées qui permettent à ces machines de garder leur lustre d’antan et ainsi, de préserver leur mémoire. Rencontre avec Pierre Christophe, employé du Musée du Circuit de Spa-Francorchamps, l’un de ces nombreux passionnés à préserver une partie de l’histoire du sport.

Quand on parle circuits de légende, celui de Spa-Francorchamps y occupe une belle place, entre tracé mythique et courses d’anthologie. Bien souvent, ces circuits se parent d’un musée retraçant leur histoire, entre pilotes et machines ayant écrit leur histoire. C’est ainsi que dans l’Abbaye de Stavelot, à quelques kilomètres du circuit, on retrouve le Musée du Circuit de Spa-Francorchamps, qui fête cette année, ses 35 ans. On y découvre ainsi pêle-mêle motos et voitures de légende. Dans les allées, vous pourrez y rencontrer Pierre Christophe. Il est l’unique employé du musée, le seul chanceux à pouvoir briquer les voitures et les contempler à sa guise.

Tombé dans la soupe étant petit

Comme Obélix avec la potion magique, Pierre explique être tombé dans le sport automobile étant tout petit. Ma mère étant la secrétaire de l’EBRT (East Belgian Racing Team) de Malmedy. Par conséquent, j’allais sur les circuits avec ma mère étant enfant, et ma passion vient en grande partie de cela.” Malgré cette chance de pouvoir côtoyer le monde du sport automobile de si près, son choix de carrière est plus réaliste, électricien de formation passant par un travail en usine puis dans la vente. Il attend 2010 pour pouvoir être employé au musée du circuit, et se retrouve affecté à l’entretien esthétique des voitures ainsi qu’à la réparation de tout pépin.

Nous commençons la visite, et force est de constater que la passion qui coule dans ses veines est son moteur depuis toujours, à suivre de nombreux pilotes, en particulier en F1.
“J
e suivais Jacky Ickx vu qu’il était le meilleur pilote belge au niveau mondial, puis en grandissant mes préférences ont changé. J’aimais bien Alain Prost puis Ayrton Senna, à partir de son incroyable course à Monaco en 1984, celle qui l’a révélé aux yeux du grand public.”

Cependant, la mort de Senna a cassé quelque chose en lui. “J’avais l’impression d’avoir perdu un ami, qui lui ne me connaissait pas, mais pour moi il était un dieu, tout simplement.” C’est une rupture avec le monde de la Formule 1, qui le réoriente vers les courses de tourisme et les 24 Heures de Spa-Francorchamps.

Il s’arrête alors devant ses deux voitures préférées du musée, la Ferrari F40, qui reste pour lui “l’une des plus belles réalisations de la marque, d’autant plus qu’elle a été conçue d’une manière bien spécifique. Il s’agit d’une voiture conventionnelle construite comme une voiture de course, donc de manière assez rudimentaire, dépouillée à l’extrême.” Mais la Benetton B188 ex-Boutsen juste en face prend la deuxième place sans mal pour “l’époque qu’elle rappelle”, ou quand il représentait avec succès la Belgique dans le monde de la F1.

Alors que nous passons devant les voitures de tourisme, ses yeux brillent lorsqu’il évoque ses rêves d’enfant. Je voulais devenir pilote de Nascar. J’ai toujours adoré la vitesse et je déteste les chicanes, au point parfois de créer de petits conflits sur Facebook avec notamment des nostalgiques de la chicane de l’Arrêt de bus.” Ces dernières sont de réelles hérésies, cassant ce qui fait tout le sel de la course mécanique, la vitesse, là où en Nascar, “ils tournent en rond sur un ovale, ne doivent pas céder à la monotonie et roulent à plus de 300 km/h !” Le rallye n’est clairement pas sa compétition automobile favorite. Je préfère la Nascar que voir des voitures passer à faible allure ou tirer le frein à main dans une épingle comme en rallye, je le fais moi-même en hiver avec ma voiture.”

Le musée regorge de pépites et d'anecdotes

Mais comme souvent dans de tels musées, certaines personnalités du monde du sport automobile viennent y faire un tour, et la qualité prime sur la quantité. Pierre raconte avoir rencontré Eric Van de Poele, Philippe Streiff, Marc Duez, mais s’attarde sur une figure connue des aficionados de la Porsche 917, le metteur au point Willi Kauhsen (qui, pour l’anecdote, fut pilote pendant une dizaine d’années, mena les Alfa Romeo 33TT12 à la victoire sept fois sur neuf possibles en 1975, et tenta même sans succès l’aventure F1). Pierre se remémore leur rencontre: Il m’a donné énormément d’informations sur la création sur la Porsche 917, avec notamment les plans d’époque.”  Il désigne alors une feuille couverte de dessins techniques de la 917, un véritable trésor dans ce musée qui en regorge.

“C’est lui qui m’a expliqué que quand il mettait la 917 au point, Ferdinand Porsche les a sommés de se débrouiller avec leur projet et de gagner les 24 Heures du Mans, d’après ce que j’ai entendu. Il ne faut pas oublier que cette voiture était faite par Ferdinand Piëch dans le dos de son oncle, justement Ferry Porsche.”

Fort d’une rencontre qui a été riche, il livre une autre anecdote. Le récit d’un gladiateur jouant sur le fil de la mort à chaque fois qu’il prenait le volant, et qui en a triomphé.

M.Kauhsen me disait que pour préparer le Mans, il fallait une ligne droite semblable aux Hunaudières. Or, comme ils n’avaient pas ça en Allemagne, ils fermaient une portion d’autoroute. Tous les matins, lui et sa femme se regardaient parce qu’ils ne savaient pas s’ils rentreraient le soir, vu la dangerosité de la tâche. Il m’a raconté qu’un jour, la suspension arrière de la voiture a cassé alors qu’il roulait à près de 400 km/h. Il avait alors dû contrôler une embardée spectaculaire sur plusieurs centaines de mètres pour arrêter la voiture, et il s’en était finalement tiré avec une belle frousse.

Nous achevons cette visite sur sa vision de la course, où il dénonce le manque de spectacle dans lequel la F1 s’embourbe au nom de la sécurité.

“Il suffit de regarder le duel Arnoux-Villeneuve à Dijon en 1979 pour comprendre ce qu’on veut voir aujourd’hui ! Pour dire, la dernière fois que j’ai vu une telle bataille, c’était à Spa en World Series By Renault, lors de la Clio Cup. Les deux premiers ont fait toute la course côte à côte. J’ai rarement vu ça dans de petites courses, tout le monde était debout en tribunes et les applaudissait, ils se touchaient, se passaient et se repassaient… Je n’avais rien vu de pareil depuis des années, et c’était absolument grandiose!”

Un puriste comme il en reste de moins en moins, amoureux de vitesse, de belles bagarres, en bref du spectacle offert par le sport automobile.

Avatar

Né avec le rêve de rejoindre Schumacher, Senna ou encore Prost au firmament de la Formule 1, aujourd'hui j'essaie de raconter leur histoire, ainsi que celle de tous les pilotes et de toutes les écuries qui ont fait, font et feront la légende d'un des plus beaux sports du monde.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :